Gaz de schiste : Les entreprises américaines restent en Pologne
EXCLUSIF / Deux géants américains de l’énergie n’envisageraient pas de mettre fin à leurs activités de forage ciblant le gaz de schiste en Pologne. La rumeur est fausse.
EXCLUSIF / Deux géants américains de l’énergie n’envisageraient pas de mettre fin à leurs activités de forage ciblant le gaz de schiste en Pologne. La rumeur est fausse.
Marathon Oil et Talisman ont récemment annoncé qu'ils quitteraient la Pologne, comme ExxonMobil l'année dernière. Ils douteraient du véritable potentiel des gisements de gaz de schiste en Pologne.
Piotr Wo?niak, le vice-ministre polonais de l'environnement, a cependant indiqué que Marathon et Exxon étaient toujours en activité en Pologne.
« Vous avez entendu [les] rumeurs selon lesquelles Marathon quittait la Pologne ? », a-t-il demandé à EURACTIV. « Je les ai entendues aussi. En tant qu'office des licences, si nous ne recevons pas de demandes d’une entreprise, nous ne considérons pas qu'elle quitte la concession. »
« Marathon possède 11 concessions et ne nous a rien déposé », a-t-il souligné.
Aucun représentant de Marathon n'a pu être contacté. La compagnie pétrolière a toutefois publié un communiqué en mai et indiqué qu'elle quitterait la Pologne l'année prochaine, car les niveaux d’hydrocarbures sont insuffisants pour leur commercialisation.
L'Agence américaine pour l'information sur l'énergie a revu à la baisse ses estimations des réserves de gaz de schiste en Pologne. Elles passent de 187 à 148 mille milliards de mètres cubes.
Mais Varsovie conteste le rapport de l'agence. « Nous ne tenons pas compte des estimations étrangères », a déclaré M. Wo?niak, ancien ministre de l'économie. « Nous avons les nôtres. Elles sont réalisées par l'Institut géologique polonais et nous nous y tenons, tout comme les investisseurs, sauf s'ils ne le veulent pas. »
M. Wo?niak a indiqué qu'ExxonMobil ne s'était pas complètement débarrassé de ses concessions de gaz de schiste en Pologne. « Exxon détenait six permis. Il possède actuellement une concession au sud-est de la Pologne, avec Total. Ils font leur travail. »
Le géant américain avait acheté six concessions « d'occasion » et trois d'entre elles n'étaient « probablement pas productives », selon le vice-ministre.
Même si Talisman a renoncé à ses permis, « tant que les [autres] concessions et engagements sont remplis, nous faisons des affaires », a-t-il ajouté.
Réglementation environnementale
Au moins une entreprise américaine dans le domaine de l'énergie fossile, Chevron, devrait exploiter six puits en Pologne d'ici la fin de l'année. Des manifestations locales ont toutefois mis à mal les projets de Chevron. Des habitants ont occupé un terrain clôturé pour les besoins d'un site de forage dans le village de ?urawlów le mois dernier.
L'industrie polonaise du gaz de schiste est confrontée à de plus en plus d'obstacles. Elle craint que d'autres entreprises quittent le pays si les impôts ne diminuent pas et si les lois sur le forage ne sont pas atténuées.
Varsovie a déjà dilué ses réglementations environnementales et reporté une collecte de l'impôt afin d'attirer des investisseurs potentiels.
La Pologne tente de renforcer son secteur de l'énergie pour réduire sa dépendance vis-à-vis du gaz russe. Elle s'est fortement opposée aux réglementations européennes sur l'exploration et l'exploitation de gisements de gaz de schiste.
« Tout dépend de deux facteurs », a déclaré Przemys?aw Ruchlicki, un expert dans le domaine juridique et économique à la Chambre polonaise du commerce. « Avons-nous du gaz de schiste, et si oui en quelles quantités ? Et quelle sera [la] législation de l'UE sur le forage ciblant le gaz de schiste ? »
Questions environnementales
Le gaz de schiste promet une indépendance énergétique et a contribué à la renaissance du secteur manufacturier aux États-Unis.
Alors que la Pologne dépend énormément du charbon pour l'électricité, le gaz de schiste lui permettrait de réduire ses émissions de dioxyde de carbone et d'atteindre les objectifs définis à l'échelle européenne.
Les risques pour l'environnement semblent cependant aussi importants que le potentiel économique.
Selon des scientifiques de la DG Environnement, l'exploration et l'exploitation de gisements de gaz de schiste représentent un « risque élevé » pour la santé humaine et l'environnement en raison de la pollution des eaux souterraines ; de la dégradation de la biodiversité, des terres, de la qualité de l'air ; et des conditions sismiques.
La Commission européenne doit encore décider de la voie législative à suivre.
Antoine Simon, porte-parole des Amis de la Terre, a déclaré à EURACTIV : « Nous attendons que la Commission européenne assigne la Pologne en justice à propos de la directive-cadre sur l'eau, constamment violée. De graves cas de contamination de l'eau potable en raison de l'exploitation de gaz de schiste pourraient être [enregistrés]. »