Gazprom va doubler sa capacité de stockage du gaz dans l'UE
Tirant les leçons de la vague de froid de cet hiver, Gazprom, l'entreprise qui jouit du monopole pour les exportations de gaz russe, a annoncé qu'elle doublerait sa capacité souterraine de stockage de gaz en Europe. Certains affirment que l'entreprise tente ainsi de tirer parti de sa position de force.
Tirant les leçons de la vague de froid de cet hiver, Gazprom, l'entreprise qui jouit du monopole pour les exportations de gaz russe, a annoncé qu'elle doublerait sa capacité souterraine de stockage de gaz en Europe. Certains affirment que l'entreprise tente ainsi de tirer parti de sa position de force.
La Russie est parvenue à assurer un approvisionnement stable pour les consommateurs européens, et ce malgré « des conditions météorologiques anormalement froides en Russie et en Europe », a déclaré Alexandre Medvedev, le vice-président du comité de direction de Gazprom et directeur général de Gazprom Export. Ceci est surtout dû à de nouvelles infrastructures souterraines de stockage du gaz (ISSG), a-t-il ajouté.
Lorsque la demande a grimpé en flèche, Gazprom a extrait du gaz naturel de ses réserves situées en Europe, et ce à un rendement maximum (soit plus de 38 millions de mètres cubes par jour).
En Autriche, le gaz russe est stocké dans les ISSG de Haidach, où la seconde phase récemment terminée a doublé sa capacité. En Allemagne, Gazprom compte sur les infrastructures souterraines de Rehden et de Katharina, cette dernière n'étant opérationnelle que depuis cet hiver. En Serbie, l'ISSG de Banatski Dvor a également commencé à fonctionner cet hiver et a déjà atteint une production de plus de 4 millions de mètres cubes par jour. [voir la carte]
Afin de garantir les exportations de gaz russe en Europe, Gazprom prévoit d'accroître sa capacité de stockage souterrain pour le gaz de 5 milliards de mètres cubes d'ici 2015, ce qui reviendrait quasiment à doubler ses capacités, a déclaré M. Medvedev.
La stratégie de Gazprom vise à créer un réseau d'entrepôts proches des consommateurs finals et des principales voies d'exportation. Cette stratégie s'est révélée « efficace et intelligente », a affirmé M. Medvedev.
« Nous aimons à penser que les régulateurs européens prendront cette logique en compte. »
« Un élément important, mais pas le seul »
Lorsqu'il lui a été demandé de commenter la nouvelle, la Commission européenne a reconnu que les réserves souterraines de gaz avaient joué un rôle clé dans la sécurité de l'approvisionnement en Europe lors de la vague de froid qui a duré plus de deux semaines et a causé la mort de quelque 600 personnes en Europe.
La Commission a toutefois ajouté que d'autres mesures s'étaient révélées tout aussi importantes, citant les terminaux de gaz liquéfié, la grande flexibilité des contrats commerciaux, la capacité à inverser les flux de gaz dans les gazoducs, ainsi que les encouragements de l'Europe en faveur de la diversification des sources d'importations gazières.
« L'une des leçons que nous avons tirées de la dernière période caractérisée par une demande en gaz extrêmement importante est que la libre circulation du gaz entre les Etats membres et l'élimination de la congestion contractuelle et physique est la base de la sécurité de l'approvisionnement. Par conséquent, les [infrastructures] de stockage sont un élément important, mais ce n'est pas le seul lorsqu'il s'agit de fournir du gaz aux consommateurs », a expliqué un porte-parole de la Commission.
Selon l'exécutif européen, les capacités de stockage construites ces dernières années indiquent clairement l'intérêt des acteurs du marché dans ce domaine.
Eviter les abus monopolistiques
La Commission a toutefois expliqué que le stockage du gaz pouvait provoquer des distorsions sérieuses sur le marché. Afin de s'assurer que les capacités de stockage sont utilisées efficacement et n'entraînent pas des coûts déraisonnables pour les consommateurs, toutes les clauses du droit européen doivent être respectées, notamment en ce qui concerne l'accès de tierces parties aux infrastructures de stockage du gaz.
Il est de la responsabilité de l'Etat membre où la production est située de s'assurer que l'utilisation des capacités de stockage pour les opérations de production ne fait pas l'objet d'abus de la part des producteurs, grâce à la mise en place de systèmes d'accès prioritaire aux réserves, peut-on lire dans un document de la Commission qui n'est pas juridiquement contraignant.
Il n'existe aucune loi contraignante sur le stockage du gaz dans l'UE. Les « normes d'approvisionnement » définies dans le Règlement SoS (réglementation sur la sécurité de l'approvisionnement en gaz) obligent les fournisseurs à pouvoir fournir du gaz pour protéger les consommateurs dans certaines conditions pendant 30 jours, dans le cas de perturbations sur la plus grande infrastructure gazière si les conditions météorologiques l'exigent.
Cette réglementation ne précise toutefois pas comment ils sont censés répondre à cette obligation. Ils peuvent avoir recours à des capacités de stockage souterraines, à du GNL ou à d'autres mesures.