Génocide arménien : la Turquie fait pression sur la France

Alors que le sénat français s’empresse d’examiner un projet de loi visant à pénaliser la négation du massacre de plus d’un million d’Arméniens perpétré par l’Empire ottoman, la Turquie fait pression pour bloquer le processus en menaçant la France de conséquences économiques.

EURACTIV.com
Sénat français

Alors que le sénat français s’empresse d’examiner un projet de loi visant à pénaliser la négation du massacre de plus d’un million d’Arméniens perpétré par l’Empire ottoman, la Turquie fait pression pour bloquer le processus en menaçant la France de conséquences économiques.

Le sénat devrait voter fin janvier un projet de loi qui rendrait illégale la négation du génocide arménien de 1915 par les Turcs de l'Empire ottoman, ont rapporté les médias turcs et français hier (4 janvier), citant des sources parlementaires et gouvernementales.

Le mois dernier, l'Assemblée nationale française a voté en faveur d'un projet de loi qui pénaliserait la négation du massacre arménien par une peine d'un an de prison maximum et 45 000 euros d'amende. Ces sanctions seraient similaires à celles appliquées pour la négation de l'Holocauste.

En réponse à cette initiative, Ankara a annulé des réunions économiques, politiques et militaires avec Paris et a rappelé ses ambassadeurs. Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdo?an, a riposté en dénonçant la mort de 45 000 Algériens en 1945 lorsque le pays était sous le joug français, ainsi que le rôle supposé de la France dans le massacre de 800 000 personnes au Rwanda en 1994.

La Turquie refuse d'accepter que ces meurtres soient qualifiés de « génocide » et qu'ils tombent dans la même catégorie que l'Holocauste juif. Ankara a également déclaré que la République turque, fondée en 1922, ne pouvait pas être tenue responsable des actions des dirigeants ottomans. La Turquie insiste sur le fait que cette question devrait être laissée aux historiens.

Les partisans du projet de loi souhaitent qu'il soit approuvé avant l'ajournement du parlement fin février en amont des élections présidentielles d'avril et mai prochains. 

Dernières séances

Dans le même temps, la Turquie a indiqué qu'elle tirerait profit du temps qu'il lui reste pour contrer cette loi, a rapporté le quotidien Zaman. L'ambassadeur turc auprès de la France devrait revenir à Paris très bientôt pour participer aux séances du Sénat sur le projet de loi.

Des juristes et des fonctionnaires turcs, ainsi que des représentants et l'ambassadeur arméniens devraient également y participer.

Malgré la colère et les appels à un boycott des produits français en Turquie, le ministre des finances, Mehmet ?im?ek, a déclaré qu'Ankara ne lancerait pas une campagne de pression.

De nombreux Turcs auraient cependant déclaré qu'ils n'achèteraient plus de produits français et un homme d'affaires aurait établi un fonds d'un million d'euros pour payer les éventuelles amendes pour négation du génocide.

Des économistes turcs estiment qu'une loi sur le génocide pourrait se révéler néfaste pour les intérêts économiques français en Turquie, surtout en ce qui concerne les contrats publics. L'adoption par la Turquie des politiques environnementales de l'UE représente en effet d'immenses opportunités pour les entreprises françaises.

L'ensemble des opportunités dans les secteurs de l'énergie, des transports, de la défense et de l'aviation représente un marché de 100 milliards d'euros qui devient difficile d'accès pour les entreprises françaises en raison de l'image et de la crédibilité de la France en Turquie, a expliqué un expert turc à EURACTIV.