Grèce : Nouvelle démocratie remporte les élections mais la crise n’est pas finie

En Grèce, le parti de centre-droit pro-renflouement Nouvelle démocratie a commencé à former un gouvernement après sa victoire d'hier (17 juin) face au parti de la gauche radicale Syriza, considéré par beaucoup comme le défenseur de la dignité nationale. La Grèce subit des pressions extérieures pour former un gouvernement aussi rapidement que possible.

EURACTIV.com / Reuters
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En Grèce, le parti de centre-droit pro-renflouement Nouvelle démocratie a commencé à former un gouvernement après sa victoire d'hier (17 juin) face au parti de la gauche radicale Syriza, considéré par beaucoup comme le défenseur de la dignité nationale. La Grèce subit des pressions extérieures pour former un gouvernement aussi rapidement que possible.

Nouvelle démocratie a remporté 29,7 % des suffrages, devant Syriza avec 27 % (99 % des votes ayant été comptabilisés). Pour former un gouvernement, le dirigeant de Nouvelle démocratie, Antonis Samaras, aura besoin des socialistes du PASOK, le plus grand parti du pays depuis des décennies aujourd'hui dans la ligne de mire des électeurs en rogne.

Ce résultat est un soulagement pour l'UE et le FMI, les bailleurs de fonds de la Grèce, et pour les autres pays de la zone euro qui craignaient qu'une victoire de Syriza ne mène à un effondrement de l'union monétaire.

Le bonus de 50 sièges accordé automatiquement au parti qui arrive en tête du scrutin permettra à Nouvelle démocratie de disposer de 129 sièges au parlement qui en compte 300. Syriza comptera 71 députés, suivi du PASOK avec 33 députés, d’ANEL ou les Grecs indépendants (droite, anti-austérité) avec 20 députés, du parti de l'Aube dorée (extrême droite) avec 18 députés, du DIMAR ou la gauche démocratique (pro-Européens) avec 17 députés et du Parti communiste KKE et ses 12 députés.

Suite à l'annonce des résultats, M. Samaras a réclamé le soutien des citoyens qui avaient voté pour le parti Syriza qui voulait annuler l'accord conclu en mars pour éviter la faillite et ainsi défier les bailleurs de fonds du pays.

« Il n'y a pas de temps à perdre », a-t-il affirmé à la presse à Athènes devant une foule de partisans brandissant les drapeaux bleus du parti. « Un gouvernement de salut national devra remettre la Grèce sur le chemin de la croissance et rassurer la population quant au fait que le pire est derrière nous. »

Relayé à la troisième place lors des élections du 6 mai dernier (voir « Contexte »), le PASOK souhaite aujourd'hui former une large coalition qui comprendrait Syriza, mais le parti a rappelé que l'objectif serait avant tout de former un gouvernement et de mettre un terme à l'incertitude politique.

Les résultats du scrutin ont également réjoui Syriza. Le parti de la gauche radicale est de fait parvenu à surfer sur la vague du mécontentement de la population face à l'austérité et à la corruption. Rafler la seconde place est une victoire pour un parti longtemps resté en marge de la scène politique grecque.

Le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, a annoncé qu'il représentait aujourd'hui le principal parti de l'opposition, affirmant qu'il se battrait contre le renflouement et arriverait au pouvoir tôt ou tard.

« La gauche sera très bientôt au pouvoir », a déclaré cet ancien communiste et leader de manifestations étudiantes devant ses militants à Athènes après la défaite. « La lutte reprendra dès demain. »

Soutien

La communauté internationale a mis la Grèce sous pression et l'a exhortée à former un gouvernement dès que possible, dans la mesure où elle pourrait être à court de liquidités et ne pas pouvoir payer ses employés dès juillet. Certains analystes estiment le coût d'une sortie de la Grèce de la zone euro pour l'économie européenne à 1000 milliards d'euros.

Le gouvernement grec intérimaire affirme que l'Etat dispose de suffisamment de liquidités pour tenir quelques semaines et Athènes a promis de réduire ses dépenses de 11,7 milliards d'euros supplémentaires au mois de juin pour justifier le versement de la prochaine tranche d'aide.

Le nouveau gouvernement pourrait bénéficier de l'aide de ses partenaires de la zone euro, quand on sait que le ministre allemand des affaires étrangères a laissé entendre qu'Athènes pourrait avoir besoin de plus de temps pour opérer les coupes budgétaires qui lui sont demandées.

La plupart des économistes pensent toutefois que même une main tendue ne permettrait pas à la Grèce, depuis cinq ans en récession, de respecter ses engagements.

Ce vote a révélé une société profondément divisée entre le désir de rester dans la zone euro et la colère face aux réductions des salaires, des retraites et à la montée du chômage qui ont frappé les plus pauvres et épargné une élite politique et économique souvent considérée comme corrompue.

Les électeurs ont d'ailleurs accordé 18 sièges au parti d'extrême droite de l'Aube dorée. Ce parti a répété ses exploits du 6 mai dernier, malgré un incident très remarqué lors duquel son porte-parole a jeté de l'eau au visage d'une militante de gauche et giflé une autre lors d'un débat télévisé.

Selon les experts, une coalition pro-renflouement ne fera pas long feu, dans la mesure où elle n'a récolté qu'à peine plus de 40 % des voix et qu'elle est sous pression pour opérer de nouvelles coupes budgétaires.

Plus de deux années de réductions budgétaires ont fait grimper le taux de chômage à plus de 22 %. Les entreprises ferment leurs portent et les sans-abris se multiplient dans les rues d'Athènes.

Renégocier

Nouvelle démocratie et le PASOK ont toutefois affirmé vouloir renégocier les conditions du renflouement pour étaler ce fardeau sur une plus longue période et prendre des mesures de croissance.

Les partenaires européens de la Grèce et le Fonds monétaire international ont salué la victoire des partis pro-renflouement et ont annoncé qu'ils étaient prêts à travailler avec le nouveau gouvernement. Les fonctionnaires européens campent néanmoins sur leurs positions et martèlent que la Grèce devra tenir ses promesses pour recevoir plus de fonds avec une certaine marge de manœuvre tout de même.

« Les accords ne pourront pas être modifiés de manière substantielle, mais je peux imaginer que nous reparlions des dates butoirs, étant donné le blocage de la situation politique en Grèce suite aux élections dont les citoyens ne devraient pas avoir à souffrir », a déclaré le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle.