Groupe de Visegrad : qui pour s’occuper des réfugiés roms d’Ukraine ?

De nombreux réfugiés roms d’Ukraine possédant la double nationalité hongroise et ukrainienne se retrouvent ballotés entre les capitales des États membres du groupe de Visegrad.

/ EURACTIV République tchèque / EURACTIV.com
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La République tchèque connaît un afflux de Roms ayant la double nationalité hongroise et ukrainienne et pourtant le ministère tchèque de l’Intérieur a déclaré que ces personnes n’ont pas droit à une aide financière car elles ne fuiraient pas la guerre. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/chisinau-moldova-march-4-2022-ukrainian-2132392807" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock/Sid0601</a>]

De nombreux réfugiés roms d’Ukraine possédant la double nationalité hongroise et ukrainienne se retrouvent ballotés entre les capitales des États membres du groupe de Visegrad, les différents gouvernements refusant de leur accorder la même aide qu’aux autres Ukrainiens possédant une seule nationalité.

La République tchèque connaît un afflux de Roms ayant la double nationalité hongroise et ukrainienne et pourtant le ministère tchèque de l’Intérieur a déclaré que ces personnes n’ont pas droit à une aide financière car elles ne fuiraient pas la guerre selon lui.

Parallèlement, de nombreuses familles roms qui se rendent dans le pays sont bloquées dans la gare centrale de Prague, car personne ne cherche à leur proposer un hébergement décent.

« Voir des petits enfants dormir à même le sol est totalement inacceptable », a déclaré Jaroslav Miko, fondateur de l’ONG Czechs Help (Češi pomáhají) au quotidien Právo. « Nous transportons donc à nos frais de nombreux Roms vers d’autres États européens. Personne là-bas ne s’occupe de savoir s’ils ont la double nationalité », explique M. Miko. Le plus souvent, l’organisation transporte ces personnes jusqu’en Allemagne, en Norvège ou en Irlande.

Béla Rácz, un militant rom de l’initiative « 1 Hungary », a prévenu que de nombreux Roms s’étaient vu accorder la nationalité hongroise pour pouvoir voter aux élections hongroises. À cause de cela, ils ne peuvent désormais plus recevoir d’aide, même s’ils fuient la guerre en Ukraine.

En 2011, le Fidesz a introduit une nouvelle procédure simplifiée pour obtenir la citoyenneté hongroise pour les Hongrois de souche vivant en dehors du pays, ce qui a permis à de nombreux Roms hongrois vivant en Ukraine de se voir accorder plus facilement leur deuxième nationalité.

Le ministre tchèque de l’Intérieur, Vít Rakušan, a déjà averti ses homologues hongrois et ukrainiens du problème et leur a demandé de l’aide. M. Rakušan a affirmé que le crime organisé pourrait être à l’origine de l’afflux de Roms de l’Est vers l’Ouest, sans toutefois apporter la moindre preuve.

« J’ai demandé au ministre ukrainien si la police ukrainienne pouvait examiner les suspicions de crime organisé dans la région de Transcarpathie [région de l’ouest de l’Ukraine bordant la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie], d’où des personnes pourraient être envoyées de manière organisée de l’autre côté de la frontière de l’UE, pour obtenir des avantages auxquels elles n’ont pas droit en République tchèque », a ajouté le ministre de l’Intérieur. Selon lui, le ministre ukrainien a pris cet avertissement au sérieux et a promis que la police se pencherait sur ce problème.

Les trains internationaux de la ligne Varsovie-Prague-Bratislava-Budapest transportent depuis des semaines de nombreuses familles roms d’Ukraine dans toutes les directions, a rapporté mercredi (18 mai) le service hongrois de Radio Free Europe (RFE).

Selon la station de radio, à Bratislava, toute personne arrivant d’Ukraine peut recevoir de la nourriture pour une journée et bénéficier d’un toit à la gare, même sans passeport. Après un jour d’attente, la procédure d’enregistrement commence, et ces personnes sont hébergées dans des logements. Des bénévoles ont confié à RFE que les familles roms voyageant en train s’arrêtent souvent pour une journée mais évitent de se rendre dans les logements où elles ne sont souvent pas les bienvenues.

Selon les militants, la même tendance, bien que pas à la même échelle, peut être observée à Varsovie.

Certains critiques affirment que les citoyens de l’Union européenne (dans ce cas, les citoyens roms à la double nationalité) n’ont pas droit à la protection temporaire dont bénéficient les réfugiés ukrainiens.

Dans le même temps, les contre-arguments qui apparaissent dans les médias hongrois suggèrent que le pays de leur passeport, la Hongrie, est censé leur offrir le même filet de sécurité que les autres citoyens. Pourtant, selon les sources de RFE, le gouvernement hongrois ne fait rien de tel, des informations précédemment confirmées par des activistes roms.

Pendant ce temps, le ministère de l’Intérieur hongrois a déclaré que « la protection des intérêts des citoyens hongrois […] est assurée par le service consulaire », mais a souligné que ce n’était pas la même chose que « la protection résultant du statut de réfugié ou d’asile ».

Selon une interprétation juridique, reflétée dans les commentaires du ministère hongrois de l’Intérieur, l’État n’a pas plus d’obligations envers ces familles roms à double nationalité qu’envers les touristes de leur pays à l’étranger.

À la question de savoir si la Hongrie acceptera les réfugiés hongrois d’Ukraine et leur fournira une assistance, le ministère de l’Intérieur du pays a répondu vendredi (13 mai) qu’il ne pouvait pas répondre à cette question, car « les citoyens hongrois ont le droit de circuler et de séjourner librement dans l’Union européenne, [droit qui est] accordé aux citoyens [du bloc] ».

« La société hongroise fait déjà preuve de méfiance et de mépris à l’égard de divers groupes minoritaires et des pauvres. Par conséquent, les Roms qui ont fui l’Ukraine — dont la langue maternelle est souvent le hongrois et qui possèdent même la citoyenneté hongroise — ont plus de mal à obtenir de l’aide que les Ukrainiens », a expliqué Zádori Zsolt, du service de presse du Helsinki Committee hongrois, à EURACTIV.

Selon l’organisme de surveillance des droits de l’homme, les réfugiés ayant la citoyenneté hongroise s’impatientent et sont de plus en plus déçus par la situation.

Entre-temps, RFE a reçu des informations selon lesquelles les autorités hongroises tentent de persuader les Roms de se rendre dans d’autres pays, des informations que le ministère de l’Intérieur a démenties.

La directive européenne sur la protection temporaire de 2001 stipule que les États membres de l’Union sont tenus de reprendre les personnes auxquelles ils ont accordé une protection mais qui ont tenté de se rendre dans un autre État membre.

Toutefois, la décision d’exécution du Conseil de mars 2022, qui définit les conditions de la protection temporaire des réfugiés ukrainiens, « a supprimé cette disposition du texte. Je ne serais pas surpris que cela ait été fait sous la pression de la Hongrie et de la Pologne », a rapporté le média citant le professeur Boldizsár Nagy de l’Université d’Europe centrale.

En 2015, le gouvernement hongrois aurait déjà transporté des milliers de réfugiés à la frontière autrichienne sans enregistrement ni collecte de données, afin de ne pas avoir à les reprendre plus tard.

La décision d’empêcher les États membres de l’UE de renvoyer les réfugiés ukrainiens dans l’État membre dont ils sont originaires pourrait également permettre d’éviter de faire peser une charge disproportionnée sur les pays de la ligne de front dans cette vague de réfugiés fuyant l’Ukraine.