Guerre des mots sur les progrès en matière d’économies d’énergie pour 2020

La Commission européenne et des défenseurs d’économies d’énergie se sont agressés verbalement hier (28 mai) sur les probabilités que l’UE atteigne son objectif de réduction de sa consommation d’énergie de 20 % d’ici 2020. Les deux camps déchiffrent différemment les prévisions en matière d’énergie présentées par les États membres le mois dernier.

EURACTIV.com
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La Commission européenne et des défenseurs d’économies d’énergie se sont agressés verbalement hier (28 mai) sur les probabilités que l’UE atteigne son objectif de réduction de sa consommation d’énergie de 20 % d’ici 2020. Les deux camps déchiffrent différemment les prévisions en matière d’énergie présentées par les États membres le mois dernier.

L’efficacité énergétique est perçue comme la manière la plus rentable de réduire les émissions de CO2. D’ici la fin de la décennie, l’UE espère réduire l'utilisation de l'énergie de 20 % par rapport aux prévisions du modèle PRIMES pour 2015.

L’Union est seulement sur la voie des 17 %, malgré diverses mesures, dont des directives sur l’efficacité énergétique, la performance énergétique des bâtiments, l’écoconception et les exigences en matière d'étiquetage, ainsi que des normes de rendement énergétique.

Selon Philip Lowe, le directeur général de la DG Énergie à la Commission européenne, les dernières données reçues de 12 États membres qui représentent 68 % de l'économie d'énergie de l’Union l’ont « surpris de manière relativement positive ».

Si les projets des 15 autres États membres étaient tout aussi ambitieux, le chiffre de 17 % devrait être revu à la hausse, a-t-il déclaré à EURACTIV.

« Nous n’avons pas encore reçu tous les projets, mais si vous extrapolez les promesses des douze États membres, on se rapproche plus de l’objectif de 20 % que de notre prévision initiale de 17 % », a-t-il indiqué.

Mais, selon Stefan Scheuer, porte-parole de la Coalition for Energy Savings, qui a publié ses propres données hier, les plans d’action « montrent que les États membres ne sont pas capables de fixer volontairement des objectifs qu'ils peuvent atteindre ».

À quelques exceptions près, la coalition révèle que les États membres de l’UE étaient « réticents à intensifier leurs ambitions nationales » au-delà du minimum requis par l’UE. Elle a ajouté que l’objectif de l’Union pour 2020 tomberait en dessous des 62 millions de tonnes d’équivalent pétrole, pratiquement la consommation d’énergie annuelle des Pays-Bas.

Beaucoup dépendra des projets pour le moment inconnus des autres États membres. « Nous n’avons peut-être pas encore reçu les “pires” », a déclaré M. Lowe.

Le bon, la brute et le truand

Les chiffres de la coalition se fondent sur les plans d’actions des États membres de l’UE et des renseignements de contacts nationaux citant 18 pays. La coalition a classé ces pays en trois catégories, « le bon, la brute et le truand », en fonction de leur utilisation de l'énergie.

L’Estonie, la Finlande, Malte, la Roumanie et le Portugal sont les cinq pays classés dans la catégorie « truand ». Aucun d’entre eux ne verse une part importante au PIB de l’UE.

L'Estonie, actuellement en pole position pour atteindre l'objectif de l'UE en matière d’énergies renouvelables, est également le dernier État membre dans le domaine des économies d'énergie. Sa consommation pour 2020 devrait être 30 % supérieure aux objectifs, une hausse dans l’inefficacité énergétique.

Les pays dans la catégorie « brute » tels que l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et dans une certaine mesure, l'Espagne, « ont fixé des objectifs minimums qui seront atteints de toute façon », indique la coalition.

De manière surprenante, les États qui connaissent des problèmes économiques sont les meilleurs en matière d'économies d’énergie. Il s'agit de la Belgique, de la Grèce, de l'Irlande, de l'Italie et de la Slovaquie.

Règles de dette publique

La Commission européenne s'est toutefois fait l'écho des appels émis lors du Conseil informel de l’énergie à Dublin en avril en faveur d’un réexamen des règles de l'UE sur la dette publique pour les investissements dans l'efficacité énergétique.

« Nous y serions favorables », a déclaré Philip Lowe.   « La Commission s'engage à envisager des solutions à ce problème et fera tout ce qu'elle peut pour faciliter les investissements dans l'efficacité énergétique. »

Les renseignements récoltés par la Coalition for Energy Savings laissent penser que, même avec des contraintes financières, les États membres prenaient la directive sur les économies d'énergie « assez sérieusement », selon Jan te Bos, le directeur général d'Eurima, l'association des fabricants européens de matériaux d'isolation. « Mais pas dans le sens où il s'agit d’une occasion opportune. »

Leur engagement est alimenté par la crainte d'objectifs contraignants et par une « perception erronée qu’il s'agissait d’un coût pour les budgets publics », a-t-il indiqué.

Objectifs contraignants

Selon le directeur de la DG Énergie, « il ne fait aucun doute » que l'efficacité énergétique représente le meilleur moyen d'atteindre ce qu'il appelle un « défi énergétique ». Il a ajouté que la Commission n'avait « jamais caché son point de vue » selon lequel ce thème devait être en tête de l’ordre du jour.

« Un objectif contraignant à l'échelle nationale enverrait bien évidemment le meilleur signal pour les investissements, mais il doit être soutenu par des mesures contraignantes », a-t-il expliqué, en citant la directive sur l'efficacité énergétique comme exemple.

Les États membres se sont opposés aux objectifs ambitieux pour la rénovation des bâtiments publics proposés dans la directive de l'UE, selon Philip Lowe. « On aurait tort de penser qu’un simple objectif contraignant résoudrait le problème. »

L'une des « failles » préconisées par le Royaume-Uni et d’autres États membres constitue l’un des résultats des longues négociations souvent houleuses sur la directive. Cette faille permet de prendre en compte des « actions précoces », c’est-à-dire prises jusqu’à quatre ans avant l’horizon temporel de la directive, dans le calcul de l'obligation de 1,5 % d'économies d'énergie par an.

Le retour du « tour de passe-passe comptable »

Cette disposition débattue lors du dernier cycle de négociations à Strasbourg a révolté l'Allemagne, l'Autriche et la Finlande. Ces trois pays l'ont qualifiée de « tour de passe-passe comptable » absurde et injustifié qui pourrait faire perdre son sens à la directive .

Une note d'interprétation des services juridiques de la Commission, consultée par EURACTIV, exclurait la proposition d'« actions précoces ».

Mais le Royaume-Uni considère toujours cette proposition comme la dernière pièce nécessaire du puzzle, qui lui permettrait d'adopter la directive sur l'efficacité énergétique.

Sans le vote britannique, il n'y aurait peut-être pas eu de majorité au sein de l'UE en faveur de la directive, car certains pays, dont la Finlande, s'y seraient opposés, car elle aurait pu nuire à leur « avantage de précurseur » dans l'efficacité énergétique.  

Des représentants craignent que la réouverture de ce dossier ne crée à présent des divisions.  Aucune décision sur la question n'est attendue à Bruxelles avant quelques semaines.