Guerre d'influence autour des colonies israéliennes

Également dans l'édition de lundi : sanctions contre la Russie, financement pour la reconstruction de Gaza, élargissement, interdiction des réseaux sociaux

/ EURACTIV.com

PAS ENCORE D’ACCORD SUR LES SANCTIONS CONTRE LA RUSSIE : C’est un grand jour pour l’Ukraine, alors qu’Emmanuel Macron reçoit Volodymyr Zelenskyy et l’ensemble de la Coalition des volontaires à Paris afin de renforcer encore davantage la sécurité du pays.

L’élan est plus faible à Bruxelles, où les ambassadeurs de l’UE ne sont pas parvenus à s’entendre sur le dernier paquet de sanctions contre la Russie lors d’une réunion extraordinaire du Coreper dimanche. Les désaccords qui subsistent portent sur le transit du GNL russe vers des pays tiers et sur une solution juridique que l’Autriche cherche à mettre en place au niveau européen concernant les activités de la Raiffeisen Bank en Russie. La Grèce s’est opposée à un report de 18 mois de l’interdiction du transit du GNL russe.

Les ministres des Affaires étrangères tenteront aujourd’hui de régler les derniers points en suspens, et les diplomates se montrent optimistes quant à la conclusion d’un accord lors de la prochaine réunion du Coreper. Si l’UE ne parvient pas à s’accorder sur ce paquet d’ici mercredi, la Russie pourrait en bénéficier par inadvertance. Le plafond fixé par l’UE pour le prix du pétrole fera un bond le 15 juillet, à moins que ce paquet, qui comprend un gel temporaire, ne soit adopté.

Vous lisez Rapporteur ce lundi 13 juillet. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.

À retenir :

🟢 L’UE va débloquer 900 millions d’euros pour Gaza alors que le débat sur les colonies fait rage

🟢 La Commission se prépare à des réformes internes

🟢 L’Italie s’oppose aux nouvelles garanties en matière d’élargissement


L’Europe, vue de Bruxelles


Une querelle de longue date va éclater au grand jour aujourd’hui à Bruxelles, alors que les ministres des Affaires étrangères examinent les options visant à interdire les échanges commerciaux avec les colonies israéliennes illégales.

Depuis des mois, la Commission européenne d’Ursula von der Leyen est aux prises avec le Service européen pour l’action extérieure dirigé par Kaja Kallas, ce qui reflète un conflit plus large sur la question de savoir qui doit contrôler la politique étrangère.

La France, l’Espagne, la Belgique, la Suède, l’Irlande et les Pays-Bas font partie des pays qui plaident en faveur d’une interdiction commerciale à l’échelle de l’UE, arguant qu’il est impératif de mettre l’Union en conformité avec le droit international. L’Allemagne, la Bulgarie et la Tchéquie comptent parmi les pays les plus sceptiques.

Kallas, sous la pression d’au moins 11 ministres des Affaires étrangères, a à son tour fait pression sur ses collègues de la Commission et les a accusés, plus tôt cette année, de faire obstruction aux travaux relatifs à un examen juridique qu’elle a demandé en avril.

Le débat n’est pas de savoir si les colonies sont illégales – elles le sont –, mais si la Commission doit exiger l’unanimité ou une majorité qualifiée pour interdire les échanges commerciaux avec celles-ci. Ce débat atteindra son paroxysme cet après-midi lorsque la commissaire chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, présentera les options juridiques aux ministres.

Toutefois, la Commission a déjà gagné du temps. Le Conseil des affaires étrangères ne devrait pas prendre de nouvelle décision avant octobre, soit potentiellement quelques semaines seulement avant les élections en Israël, un moment délicat où Bruxelles risque d’être encore plus réticente à poursuivre ce qu’elle qualifie de mesure ouvertement politique.

Lisez notre article complet.

Annonce de la « Team Gaza »

L’UE va dévoiler aujourd’hui un financement de près de 900 millions d’euros destiné aux efforts de reconstruction de Gaza, alors que le Groupe des donateurs pour la Palestine de la Commission se transforme discrètement en une alternative au Conseil de la paix de Donald Trump.

L’initiative Team Gaza soutiendra « les premières mesures de reconstruction à Gaza », a déclaré la commissaire chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, à Rapporteur. Elle a précisé que la priorité est de créer les conditions nécessaires à l’acheminement des fonds, notamment en garantissant un « accès sûr » à Gaza, et a présenté cette initiative comme un moyen de coordonner les dons internationaux et d’« éviter les doublons ».

Šuica a souligné que ce projet vient en complément du Conseil de la paix et a invité son haut représentant, Nickolay Mladenov, à la réunion d’aujourd’hui à Bruxelles. Mais il offre également une voie diplomatique alternative, dotée d’une structure de gouvernance différente.

La majeure partie du financement provient jusqu’à présent de l’UE et des pays européens, bien que Bruxelles espère que les pays du Golfe et d’autres pays apporteront également leur contribution.

Les projets porteront principalement sur la gestion de l’eau et des déchets solides (sous-entendu : le déblaiement des décombres), a déclaré un responsable aux journalistes. Le récent déplacement de Šuica en Israël, où elle a rencontré le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar, a contribué à obtenir l’approbation des projets et a créé une « dynamique différente », selon un responsable de l’UE.

L’UE a eu du mal à persuader les pays du Golfe et les nations arabes de financer ses initiatives en faveur de la Palestine – et le Conseil de la paix s’est heurté à des difficultés similaires. Le responsable a indiqué que les engagements pris par les pays du Golfe lors de la réunion du Conseil de la paix en février ne se sont pas encore concrétisés.

Repenser la Commission

Quelque 32 000 fonctionnaires de la Commission attendent avec impatience les résultats d’un exercice de réflexion de neuf mois qui pourrait bouleverser l’institution, de l’utilisation de l’IA à la structure même de ses directions générales.

Piotr Serafin, commissaire chargé de l’administration, annoncera les résultats de ce projet interne lors d’une réunion de l’ensemble du personnel cet après-midi. Serafin a l’intention de remettre à von der Leyen, d’ici la fin de l’année, un rapport contenant des recommandations sur la manière de repenser la Commission, et ce projet – auquel participent 150 fonctionnaires répartis sur 15 thèmes – y contribuera.

« L’examen à grande échelle de la Commission franchit une étape importante, alors que les groupes de travail présentent les recommandations qu’ils transmettront au commissaire Serafin après plusieurs mois de discussions constructives, de consultation et de collaboration », indique l’invitation adressée au personnel.

Les scientifiques s’expriment sur l’interdiction des réseaux sociaux

Le groupe d’experts de von der Leyen sur la sécurité des enfants en ligne présentera ce matin des recommandations très attendues, qui devraient ouvrir la voie à des restrictions à l’échelle de l’UE concernant l’accès des enfants aux réseaux sociaux. Mais il ne faut pas s’attendre à ce que les experts précisent comment un éventuel système de contrôle d’âge s’intégrerait dans le cadre réglementaire numérique plus large de l’Union.

Un haut fonctionnaire de la Commission a déclaré vendredi qu’ils ne donneraient aucun « détail » sur la manière dont ces restrictions s’articuleraient avec le règlement sur l’équité numérique (DFA) ou l’application du règlement sur les services numériques (DSA), m’a confié ma collègue Anupriya Datta.

Un autre fonctionnaire de la Commission, qui a pu consulter certaines de ces recommandations en avant-première, a indiqué que les experts évaluent les risques pour chaque tranche d’âge, des tout-petits aux jeunes de 18 ans, en proposant une perspective neurologique fondée sur la science quant à la manière dont l’exposition en ligne peut affecter le développement cérébral.

Le cadre juridique de toute restriction à l’échelle de l’UE concernant les réseaux sociaux sera défini après lundi, une annonce étant attendue lors du discours sur l’état de l’Union de von der Leyen, le 16 septembre, comme Euractiv l’a rapporté en premier.

L’Italie s’oppose aux garanties relatives à l’élargissement

L’Italie s’est opposée aux propositions contenues dans un document informel sur l’élargissement, rédigé par la France, l’Allemagne et le Benelux, suggérant qu’il faudrait faire preuve d’une plus grande prudence quant à l’introduction de nouvelles garanties juridiques dans les traités d’adhésion des futurs membres.

Toute garantie devrait être « proportionnée, limitée dans le temps et liée à des besoins objectivement identifiés », tout en s’appliquant à tous les pays candidats dans un cadre commun, précise le document informel. Le ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déclaré vendredi à l’issue d’une réunion à Rome qu’il a l’intention de présenter ce document à Bruxelles.

Ce document s’oppose aux propositions visant à suspendre les droits de vote dans des domaines politiques sensibles ou à accorder un statut de membre associé (une idée que l’Allemagne a avancée pour l’Ukraine). Il soutient également que toute clause de non-régression destinée à renforcer l’État de droit ne doit pas créer un « régime parallèle » pour les nouveaux membres. « Les futurs traités d’adhésion devraient renforcer l’Union sans la fragmenter », indique le document.

Ce document intervient dans un contexte de multiplication des propositions à l’approche du Conseil européen d’octobre, lors duquel les dirigeants devraient discuter de l’approche de l’Union en matière d’élargissement.

L’Autriche, la Croatie, la Tchéquie, la Grèce, la Slovaquie et la Slovénie – collectivement connues sous le nom des Amis des Balkans occidentaux – ont signé ce document. La Hongrie s’est jointe à ce groupe pour la première fois, la vice-Première ministre Anita Orbán ayant assisté à la réunion de Rome.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


LA SÉLECTION LITTÉRAIRE DE KALLAS : Kaja Kallas a dévoilé la liste des plus de 20 ouvrages – principalement des essais – qu’elle a dévorés au cours des six derniers mois. L’histoire et la géopolitique occupent une place prépondérante dans cette sélection, depuis To End a War de Richard Holbrooke, qui retrace les négociations de paix de Dayton, jusqu’à Defiance, les mémoires d’une militante syrienne, en passant par le dernier ouvrage de Yuval Noah Harari, Nexus.

L’ORACLE DE LA RUE DE LA LOI : Péter Magyar a déclaré avoir reçu les meilleurs conseils pour devenir Premier ministre de Hongrie de la part du Polonais Donald Tusk et du Belge Bart De Wever. Il a fait part de ces remarques lors d’une session « Ask Me Anything » sur Reddit ce week-end.


Les capitales


BERLIN 🇩🇪

Un incendie criminel présumé a perturbé samedi une ligne ferroviaire majeure entre Cologne et Düsseldorf. Un groupe d’extrême gauche a revendiqué cette perturbation dans le Land le plus peuplé d’Allemagne. Cet incident est survenu au lendemain du retrait de la candidature à sa réélection du maire conservateur de Berlin, Kai Wegner, suite à des critiques concernant de prétendues fausses déclarations sur ses actions lors de la panne d’électricité provoquée par un incendie criminel en janvier, qui avait privé d’électricité des dizaines de milliers de personnes.

– Victoria Becker

PARIS 🇫🇷

Pour son dernier défilé du 14 juillet en tant que président, Emmanuel Macron cherche à mettre en avant l’unité européenne et la puissance militaire, selon l’Élysée. Avant le défilé de mardi, il recevra lundi Volodymyr Zelenskyy et les dirigeants d’environ 37 pays de la Coalition des volontaires, dont les nouveaux venus que sont la Moldavie et la Macédoine du Nord, afin de réaffirmer son soutien à l’Ukraine. Ce défilé élargi mettra en avant la dynamique de réarmement de l’Europe et l’ambition de la France de mener la réponse sécuritaire du continent.

– Elisa Braun

MADRID 🇪🇸

La Cour de justice de l’Union européenne doit se prononcer jeudi sur la conformité avec le droit européen de l’amnistie controversée accordée en 2024 par l’Espagne aux séparatistes catalans, une décision qui pourrait déterminer l’avenir juridique de l’ancien président catalan Carles Puigdemont. L’affaire porte sur des questions préjudicielles visant à déterminer si les infractions liées au référendum sur l’indépendance de 2017, notamment des faits présumés de détournement de fonds et certaines accusations de terrorisme, peuvent être couvertes par l’amnistie au regard du droit européen. Lisez l’article complet.

– Inés Fernández-Pontes

KIEV 🇺🇦

Zelenskyy a annoncé dimanche un remaniement gouvernemental, indiquant qu’il s’attend à ce que le Parlement approuve des changements visant à remplacer la Première ministre Yuliia Svyrydenko et à nommer de nouveaux dirigeants à la tête de plusieurs agences chargées de l’application de la loi. Il a déclaré que cette refonte est nécessaire pour mettre en œuvre une « stratégie politique actualisée », dans le cadre de laquelle des responsables expérimentés prendraient en charge les portefeuilles clés de la politique étrangère et les priorités nationales.

– Sofia Sánchez Manzanaro

TALLINN 🇪🇪

Le chef des renseignements militaires estoniens a démenti les informations selon lesquelles la Russie se préparerait à attaquer les États baltes ou d’autres membres de l’OTAN dans la région. Le colonel Ants Kiviselg, directeur du Centre de renseignement de la défense, a déclaré ne constater « aucune préparation militaire » en vue d’une telle opération à court terme. Il a qualifié les récents reportages médiatiques de campagne d’information russe visant à influencer l’opinion publique occidentale.

– David Mac Dougall

TIRANA 🇦🇱

L’Albanie devrait clôturer provisoirement mardi ses premiers chapitres d’adhésion à l’UE – science et recherche, éducation et culture, et relations extérieures –, marquant ainsi sa transition de l’ouverture des chapitres de négociation à leur clôture provisoire.

– Bronwyn Jones

SARAJEVO 🇧🇦

Mardi est la date limite fixée au Conseil de mise en œuvre de la paix pour se mettre d’accord sur la nomination d’un nouveau Haut Représentant pour la Bosnie-Herzégovine. Le Haut Représentant par intérim, Louis J. Crishock, ancien haut représentant adjoint principal américain, assure l’intérim depuis la démission de son prédécesseur. Les États-Unis soutiennent le diplomate italien Antonio Zanardi Landi, tandis que la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la plupart des États membres de l’Union européenne soutiennent le Français René Troccaz, faisant de cette nomination un test transatlantique.

– Bronwyn Jones


Editrices.teur : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara

Contributrices.teur : Anupriya Datta, Thomas Moller-Nielsen, Sofia Sanchez Manzanaro, Alice Tidey

Traductrice : Clara Vassent