Guerre en Ukraine : la réticence de Berlin à renoncer à l’énergie russe sous le feu des critiques

L’Allemagne est devenue le point central d’un débat sur la question de savoir si l’Europe devait continuer à financer les opérations militaires russes en achetant de l’énergie à Moscou.

EURACTIV.com
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Le gouvernement allemand continue de défendre sa position contre un embargo sur les exportations d’énergie en provenance de Russie, une position qui a été fortement critiquée par certains experts allemands. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Alors que la guerre menée par la Russie en Ukraine entre dans sa quatrième semaine consécutive, l’Allemagne est devenue le point central d’un débat sur la question de savoir si l’Europe devait continuer à financer les opérations militaires russes en achetant de l’énergie à Moscou.

L’Allemagne est le pays européen qui importe le plus d’énergie de Russie. Au moins 50 millions d’euros transitent quotidiennement de l’Allemagne vers la Russie en échange de gaz, de pétrole et de charbon. Comme les prix de l’énergie continuent d’augmenter, les experts ont estimé à 1 milliard d’euros par jour les dépenses totales de l’Europe en Russie.

Toutefois, se passer de l’énergie russe signifie une « perte de 3 à 5 % du PIB », ce qui se traduit par le fait que « certaines personnes ne gagnent plus du tout d’argent. Et ces quelques personnes sont très, très nombreuses », a expliqué le vice-chancelier allemand Robert Habeck à la radio publique DLF le 19 mars.

« Si certains secteurs, comme l’industrie chimique ou les aciéries, ne peuvent plus produire, des chaînes d’approvisionnement entières s’effondrent. Non seulement ces secteurs sont touchés, mais l’ensemble du processus de production est interrompu en de nombreux endroits », a-t-il ajouté lors de l’interview, des propos qui ont suscité de vives réactions de la part de certains experts allemands.

L’argument selon lequel certains travailleurs se retrouveraient sans emploi est comparable à ce qui s’est passé durant la pandémie de Covid-19, a commenté l’influent économiste Ruediger Bachmann. À l’époque, le gouvernement allemand avait fait porter le fardeau de la crise au plus grand nombre grâce à des politiques efficaces comme le programme de chômage partiel, a-t-il ajouté.

« POURQUOI CELA NE S’APPLIQUE-T-IL PAS MAINTENANT ? » a demandé M. Bachmann dans une publication sur Twitter. « Au final, savoir qui souffre économiquement d’un embargo sur l’énergie est une question politique », a-t-il ajouté.

« Pourquoi un gouvernement de centre-gauche, entre tous, ne voit-il pas cela ? » a-t-il demandé.

Ses propos ont été appuyés par Veronika Grimm, l’une des cinq membres du Conseil allemand des experts économiques et l’une des économistes les plus influentes du pays.

« 100 % d’accord. Remarques importantes et correctes de Ruediger Bachmann », a écrit sur Twitter Mme Grimm, qui a récemment été reconduite dans ses fonctions au ministère de l’Économie et de la Protection du climat de M. Habeck.

« Nous devrons de toute façon accepter de perdre de la prospérité à moyen terme si nous voulons devenir indépendants de la Russie », avait-elle auparavant indiqué.

Une autre personnalité publique soutenant le même argument est le cofondateur des Verts allemands, Ralf Fuecks, qui a comparé l’effort qui serait requis dans le « pire des cas » aux mesures qui ont été prises pour « amortir l’impact économique et social de la crise du coronavirus ».

« [Est-ce qu’il s’agit là d’un] prix trop élevé à payer pour empêcher une catastrophe humanitaire en Ukraine et pour arrêter Poutine ? », a-t-il demandé.

Si l’on en croit un sondage réalisé le 18 mars par la société infratest dimap, 73 % des électeurs des Verts seraient favorables à un arrêt des importations de gaz et de pétrole russes. 51 % des électeurs de la CDU/CSU y seraient également favorables, de même que 50 % de ceux du SPD et 33 % de ceux du FDP.

L’institut de recherche gouvernemental allemand Leopoldina avait estimé que se passer du gaz russe serait possible à court terme.

« Le document conclut que même un arrêt de l’approvisionnement en gaz russe à court terme serait supportable pour l’économie allemande », indique le communiqué de presse.

M. Bachmann est lui-même co-auteur d’une étude qui évalue à 3 % du PIB les conséquences économiques d’un arrêt immédiat des importations d’énergie russe.

Pour le gouvernement allemand, une priorité essentielle est de garantir un approvisionnement énergétique suffisant pour passer l’hiver prochain sans gaz, pétrole et charbon provenant de Russie, a expliqué M. Habeck lors d’un voyage au Qatar le 19 mars.

Durant cette visite au Qatar, le chancelier allemand espérait obtenir un accord pour des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) à destination de l’Allemagne.