Guerre Israël-Hamas : les ministres des Affaires étrangères de l’UE explorent des possibilités de réponse

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE discutent d’actions à entreprendre en réponse à la guerre entre Israël et le Hamas, notamment de mesures visant à réduire les finances du Hamas et d’interdictions de voyager pour les colons israéliens auteurs d’actes de violence en Cisjordanie.

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EU Foreign Affairs Council
Le document du SEAE s’inspire largement d’une proposition que le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a esquissée comme feuille de route pour l’après-guerre lors d’une précédente réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Alors que les combats se poursuivent à Gaza, les ministres des Affaires étrangères de l’UE discutent ce lundi (11 décembre) d’éventuelles actions à entreprendre en réponse à la guerre entre Israël et le Hamas, notamment de mesures visant à réduire les finances du groupe terroriste et d’interdictions de voyager pour les colons israéliens auteurs d’actes de violence en Cisjordanie.

La crise au Proche-Orient a mis en lumière les profondes divisions qui existent entre les États membres de l’UE sur le conflit israélo-palestinien au sens large, entre les membres plus pro-palestiniens, tels que l’Irlande et l’Espagne, et les partisans inconditionnels d’Israël, tels que l’Allemagne et l’Autriche.

Un document, rédigé par le service européen pour l’action extérieure (SEAE) et envoyé aux États membres la semaine dernière, décrit un large éventail de mesures qui pourraient être prises en réponse à la guerre et tente de « rassembler toutes les options dans un seul texte » pour que les États membres puissent en discuter, ont expliqué à Euractiv des personnes au fait de la question.

« Nous sommes à la recherche d’une ligne directrice de la part des États membres », ont-ils déclaré.

« Certaines formulations [dans le document] sur le droit humanitaire international et la Cour pénale internationale (CPI) seront excessives pour certains », a reconnu un représentant de l’UE, tout en déclarant qu’il espérait que les États membres pourraient se mettre d’accord sur une ligne directrice pour un travail plus approfondi.

Le document du SEAE s’inspire largement d’une proposition que le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a esquissée comme feuille de route pour l’après-guerre lors d’une précédente réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union en novembre.

Finances du Hamas, interdictions de voyager

Parmi les éléments à discuter figurent le respect du droit international, d’éventuelles contributions supplémentaires de l’Union européenne à l’aide à la stabilisation de Gaza, un effort diplomatique plus important en faveur d’une solution à deux États et la « revitalisation » de l’Autorité palestinienne.

En outre, alors que le Hamas figure déjà sur la liste des organisations terroristes de l’UE, ce qui signifie que tous les fonds ou actifs dont dispose le groupe dans l’UE doivent être gelés, le document suggère que Bruxelles pourrait aller plus loin en s’attaquant aux finances et à la désinformation du Hamas.

L’UE a annoncé vendredi dernier (8 décembre) qu’elle avait ajouté Mohammed Deif, commandant général des brigades al Qassam, la branche militaire du Hamas, et son adjoint, Marwan Issa, à sa liste de sanctions pour terrorisme. Ces deux noms venaient s’ajouter à ceux de 13 autres personnes ainsi qu’à 21 entités, dont les fonds et les actifs financiers dans l’UE ont été gelés.

Par ailleurs, de hauts fonctionnaires européens, tels que le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, ont également exprimé leur inquiétude face à la montée de la violence des colons israéliens à l’encontre des Palestiniens en Cisjordanie occupée.

L’UE a noté que la violence des colons en Cisjordanie s’est intensifiée par rapport à un niveau déjà élevé, et que les actions de l’armée israélienne sont de plus en plus fréquentes, avec 219 Palestiniens tués dans cette région depuis le 7 octobre.

Selon les données du ministère de la Santé dirigé par le Hamas, le nombre de morts en Palestine depuis la récente escalade du conflit a dépassé les 18 000, et plus de 49 000 personnes ont été blessées, principalement des femmes et des enfants.

Le document suggère que la réponse au conflit de l’UE pourrait inclure des interdictions de voyager dans l’Union pour les responsables de ces actes de violence en Cisjordanie ainsi que d’autres sanctions en cas de violation des droits humains.

La France avait déjà soutenu la prise de mesures similaires, déclarant le mois dernier que l’UE devrait envisager de telles options, tandis que la Belgique a déclaré la semaine dernière dans un communiqué qu’elle interdirait aux « colons extrémistes qui commettent des violences » d’entrer dans le pays.

Toutefois, les diplomates européens doutent qu’il soit possible de parvenir à l’unanimité nécessaire pour imposer des interdictions à l’échelle de l’Union, d’autant plus que des États membres tels que l’Autriche, la République tchèque et la Hongrie ne sont pas favorables à celles-ci.

Certains ont toutefois suggéré que la décision prise la semaine dernière par les États-Unis, principal soutien d’Israël, d’imposer des interdictions de visa aux personnes impliquées dans des actes de violence en Cisjordanie, également envisagée par le Royaume-Uni, pourrait encourager les États membres de l’UE à prendre des mesures similaires.

Une autre mission de l’UE ?

L’UE a déployé deux missions civiles dans la région, la mission d’assistance au poste-frontière de Rafah (EUBAM Rafah) et la mission de soutien à la police dans les territoires palestiniens (EUPOL COPPS). Mais ces missions n’ont qu’un champ d’action très limité.

Selon le document, les États membres de l’UE pourraient également envisager à un stade ultérieur de charger le SEAE « d’évaluer comment [ces missions] pourraient contribuer davantage à la stabilisation des territoires palestiniens occupés et de réexaminer leurs mandats en conséquence ».

Cela pourrait également impliquer d’examiner comment « une éventuelle mission conduite au titre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) pourrait être déployée dans le cadre d’une contribution internationale à la sécurité à Gaza après la fin des hostilités actuelles ».

Nécessité d’un ralliement régional

Pour que l’UE maintienne le dialogue avec les deux parties, le document suggère également d’« inviter séparément le ministre des Affaires étrangères israélien et le ministre des Affaires étrangères palestinien aux futures réunions du Conseil des affaires étrangères afin de maintenir le dialogue avec les deux parties ».

La discussion de lundi intervient deux semaines après que les États arabes et les Européens sont parvenus à une solution à deux États devrait être la réponse au conflit israélo-palestinien réunion de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Pour rappel, Israël avait boycotté la réunion.

« Nous comprenons qu’Israël veuille combattre le Hamas et souhaite qu’il disparaisse », avait déclaré Sven Koopmans, représentant spécial de l’Union européenne pour le processus de paix au Proche-Orient, à Euractiv après les discussions.

« Mais nous déclarons également que la prochaine phase doit être une phase de paix et de stabilité — ne pas résoudre les conflits contribue à prolonger l’insécurité », avait-il ajouté.

Alors que la priorité de l’UE est d’aider l’Ukraine à lutter contre l’invasion russe, la guerre entre Israël et le Hamas a contraint l’Union à porter une partie de son attention sur le Moyen-Orient.

Mais les accusations de partialité pro-israélienne et de « deux poids, deux mesures » concernant la guerre à Gaza ont fait craindre que ces tensions ne nuisent à la position de l’Union dans les pays du Sud et à sa capacité à faire pression en faveur de clauses relatives aux droits humains dans les accords internationaux.

« La meilleure chose à faire est de montrer qu’il n’y a pas deux poids deux mesures, c’est-à-dire que pour l’UE, le droit international s’applique partout », a déclaré M. Koopmans.

Lorsqu’il s’agit, par exemple, de couper l’eau, l’énergie et la nourriture à la population de Gaza, la situation est désastreuse et « c’est tout simplement inacceptable », a-t-il affirmé.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]