Guerre Israël-Hamas : l’UE esquisse une feuille de route pour une sortie de crise
Alors que les forces israéliennes avancent au cœur de la bande de Gaza, quelque deux semaines après le début d’une opération terrestre dans la bande qui a déjà fait plus de 10 000 morts, en grande majorité des civils, l'UE a tenté lundi de réfléchir à une potentielle sortie de crise.
Alors que les forces israéliennes avancent au cœur de la bande de Gaza, quelque deux semaines après le début d’une opération terrestre dans la bande qui a déjà fait plus de 10 000 morts, en grande majorité des civils, les ministres des Affaires étrangères européens ont tenté lundi (13 novembre) de réfléchir à une potentielle sortie de crise.
« Nous devons nous concentrer sur une solution à moyen et à long terme, sur un scénario post-conflit qui garantisse une stabilité durable permettant de construire la paix entre Palestiniens et Israéliens et dans toute la région », a déclaré à la presse Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, à l’issue des discussions.
Le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, a déclaré que 11 240 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza ces dernières semaines. Le 7 octobre, l’attaque terroriste du Hamas faisant 1 200 morts du côté israélien, selon les chiffres du gouvernement.
M. Borrell a présenté un « dispositif », dont les premiers éléments ont été examinés lundi par les ministres. Selon lui, il y a urgence à élaborer une solution pour « le jour d’après » pour la bande de Gaza.
« Nous devons y travailler immédiatement, en collaboration avec les États-Unis et les pays arabes », a-t-il déclaré.
Les États-Unis ont déclaré que les Palestiniens devraient gouverner la bande de Gaza après la guerre, mais la question de savoir comment cela fonctionnerait en pratique reste ouverte.
Feuille de route
Selon M. Borrell, le projet de feuille de route discuté par l’UE comprendrait « trois oui et trois non » pour la bande de Gaza après le conflit.
Les conditions négatives incluraient : pas de déplacement forcé des Palestiniens dans Gaza (alors que plus d’un million et demi de gazaouis sont des « déplacés internes », selon l’ONU) ; aucune réduction du territoire de Gaza par rapport au territoire de 2023 ; pas d’occupation israélienne ou du maintien du Hamas au pouvoir. En outre, la question de Gaza ne doit pas être dissociée de la question palestinienne dans sa globalité, souligne le document.
Les conditions positives, quant à elle, consisteraient à trouver des acteurs reconnus par le Conseil de sécurité de l’ONU comme capables de contribuer à la mise en place d’institutions pérennes et légitimes. L’implication des pays arabes dans la recherche de solutions doit être encouragée, ainsi que celle de l’UE dans la définition d’une solution à deux États.
« Nous avons été beaucoup trop absents, nous avons délégué cette solution aux États-Unis, mais l’UE doit maintenant s’impliquer davantage, car si nous ne trouvons pas de solution, nous connaîtrons un cycle perpétuel de violence de génération en génération et d’enterrement en enterrement », a déclaré M. Borrell.
Israël a juré de détruire le groupe terroriste palestinien du Hamas, qui gouverne la bande de Gaza, après son attaque terroriste du 7 octobre.
Dimanche (12 novembre), le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a émis de nouveaux doutes quant à l’avenir de la bande de Gaza, déclarant que l’Autorité palestinienne – qui est à la tête de la Cisjordanie – n’est pas apte à prendre en charge l’enclave.
Le roi Abdallah de Jordanie a en outre rejeté tout projet d’Israël visant à occuper des parties de Gaza ou à créer des zones de sécurité à l’intérieur de l’enclave, ont déclaré les médias d’État lundi (13 novembre).
Le roi aurait déclaré qu’il ne pouvait y avoir « aucune solution militaire ou sécuritaire » au conflit entre Israël et la Palestine.
Il a ajouté que l’enclave de Gaza, ravagée par la guerre, ne devrait pas être séparée des autres territoires palestiniens, en premier lieu la Cisjordanie. Dans sa configuration actuelle, le territoire israélien empêche les deux territoires de se rejoindre.
S’adressant aux journalistes à Bruxelles, M. Borrell a fait allusion aux réflexions des États membres sur la question de savoir qui gouvernerait la bande de Gaza après le conflit, indiquant que l’Autorité palestinienne pourrait faire partie d’une solution politique plus large avec un État palestinien indépendant.
« Nous pensons qu’il faut dire “oui” à une Autorité palestinienne, une seule Autorité palestinienne, c’est-à-dire une autorité palestinienne dont la légitimité doit être définie et décidée par le Conseil de sécurité [des Nations unies] », a déclaré M. Borrell.
« Il est compréhensible que l’Autorité palestinienne ne veuille pas entrer dans la bande de Gaza sur un char israélien », a-t-il ajouté.
Aide humanitaire
M. Borrell doit se rendre en Israël et dans les territoires palestiniens, ainsi que dans plusieurs pays arabes, dans le cadre d’un effort plus large visant à discuter de l’aide humanitaire à Gaza et des enjeux politiques avec les dirigeants de la région.
« Les Nations unies soulignent le manque de nourriture et de médicaments, ainsi que l’absence inquiétante d’hôpitaux, dont beaucoup se sont effondrés ou sont sur le point de l’être », a déclaré M. Borrell.
« Nous devons faire passer les camions humanitaires. Nous parlons actuellement de 40 camions par jour au point de passage de Rafah [à la frontière avec l’Égypte], ce qui est très peu comparé aux 500 camions quotidiens qui passaient avant la guerre », a-t-il ajouté.
Les ministres des Affaires étrangères examinent également une proposition chypriote visant à ouvrir un corridor maritime pour l’aide humanitaire urgente destinée à Gaza, a déclaré M. Borrell, bien que l’un des problèmes structurels soit l’absence de ports dans le territoire.
Israël contrôle étroitement les eaux au large de la bande de Gaza dans le cadre de ses opérations de sécurité de routine, les pêcheurs étant limités à trois milles nautiques au large.
[Édité par Théo Bourgery-Gonse]