Günther Oettinger : européaniser l’énergie
Le commissaire à l’énergie, Günther Oettinger, a appelé les dirigeants nationaux à se rassembler afin de définir une politique énergétique à Bruxelles pour après 2014, dans un discours spontané aux décideurs politiques européens hier (31 janvier).
Le commissaire à l’énergie, Günther Oettinger, a appelé les dirigeants nationaux à se rassembler afin de définir une politique énergétique à Bruxelles pour après 2014, dans un discours spontané aux décideurs politiques européens hier (31 janvier).
M. Oettinger a déclaré que certains membres de l'UE ne s'engageaient pas en faveur d'un « réel marché unique de l'énergie ». Ce marché unique devrait être mis en place d'ici 2014, mais les Etats traînent les pieds. Il a dès lors demandé à Bruxelles de faire le point sur ce qui n'avait pas encore été fait, dans la mesure où le « droit primaire n'est pas suffisant ».
« Au final, je souhaite une compétence totale, y compris sur le bouquet énergétique et sur les décisions relatives au traitement de l'énergie », a-t-il expliqué lors d'une conférence du Comité économique et social européen.
« Pour le moment, ce sont les Etats membres qui s'en occupent, mais je pense que le Parlement et le Conseil devraient prendre le relais. »
M. Oettinger a expliqué qu'il se devait de travailler dans le cadre des compétences actuelles de la Commission européenne, mais qu'« il serait peut-être temps en 2014 de renforcer officiellement les compétences primaires ».
Energie et adhésion de la Turquie
M. Oettinger a parlé s'en détour de son souhait d'ouvrir le chapitre énergétique dans les négociations d'adhésion avec la Turquie. Il souhaiterait également élargir la communauté énergétique européenne à l'Albanie, la Géorgie, le Maghreb, la Moldavie, le Monténégro, la Norvège, la Serbie, la Suisse et l'Ukraine.
« L'énergie ne s'arrête pas aux frontières de l'UE », a-t-il affirmé.
Certaines sources du secteur des énergies renouvelables n'ont pas été impressionnées par le discours de M. Oettinger. « L'Europe a besoin d'accomplir des progrès de toute urgence en faveur d'un marché unique de l'électricité et la Commission devrait se concentrer sur des moyens réalistes d'accélérer le processus », a confié l'une d'entre elles à EURACTIV.
« Les Etats membres ne vont pas abandonner leur pouvoir de décision sur le bouquet énergétique », a-t-elle ajouté. « Ce n'est qu'une diversion. »
Traité de Lisbonne
Conformément à l'article 194 du traité de Lisbonne, les Etats membres de l'UE sont compétents sur le choix, l'utilisation et la structuration des ressources énergétiques.
Ces éléments sont depuis longtemps considérés comme des questions de sécurité nationale et parfois comme un moyen de manipuler les prix en fonction des cycles électoraux, selon M. Oettinger.
Plusieurs Etats membres n'ont pas encore transposé ou terminé de transposer le troisième paquet énergétique de l'UE (visant une harmonisation des marchés européens) dans leur droit national. Cette mosaïque énergétique serait responsable d'une politique énergétique fragmentée.
Alors que des Etats comme la France dépendent du nucléaire pour 90 % de leur électricité, la Pologne tire 90 % de son énergie du charbon, tandis que l'Allemagne tente d'atteindre l'objectif de 100 % d'énergies renouvelables.
« Des arguments solides plaident en faveur d'une compétence renforcée [pour la Commission] », a déclaré M. Oettinger. « Au cours de la prochaine décennie, les énergies renouvelables auront plus de valeur dans le bouquet énergétique [de l'UE] »
Problèmes du XXIe siècle
Martin Schulz, le président du Parlement européen, a déclaré qu'il soutenait M. Oettinger dans son appel à une européanisation de l'énergie, dans la mesure où seule une intégration accrue pourra permettre d'assurer la sécurité et l'autonomie énergétiques de l'UE.
« Tous ceux qui nous disent que la solution devra être trouvée au niveau national se trompent », a-t-il affirmé. « L'intégration en plus de ce qui se fait au niveau national est la seule manière de résoudre les problèmes du XXIe siècle. »
Il a cependant précisé qu'aucune modification de l'article 194 du traité de Lisbonne n'était prévue à court terme.
« Le choix [énergétique] est aux mains des Etats membres, ils ont le droit de choisir et on ne peut pas faire autrement », a-t-il expliqué. « Mais le droit du choix du bouquet énergétique est un problème et nous devrons l'aborder. »