Haine en ligne : une frontière de plus en plus mince entre réseaux sociaux et réalité
Sur 250 millions de commentaires écrits modérés par an, environ 20% sont rejetés soit par les chartes automatiques soit par les modérateurs de la société car jugés haineux.
26 mars 2021. Thierry Henry annonce via un tweet qu’il quitte les réseaux sociaux. Le champion du monde de football 1998 veut dénoncer le laxisme des plateformes comme Facebook, Twitter et Instagram face au déferlement de haine en ligne.
Au-delà du monde du sport, les réseaux sociaux sont un espace propice aux commentaires haineux, qu’ils soient racistes, xénophobes, homophobes etc. « Les volumes à modérer sur les pages Facebook sont en constante augmentation », déclare Hervé Rigault, patron de Netino by webhelp, société de modération de contenu en ligne.
Sur 250 millions de commentaires écrits modérés, environ 20% sont rejetés soit par les chartes automatiques soit par les modérateurs de la société car jugés haineux.
« C’est très lié à l’actualité », observe le PDG de Netino, citant en exemple l’assassinat du professeur Samuel Paty, le 16 octobre 2020, où « les insultes racistes ont explosé pendant quinze jours » avant de revenir à des « taux même inférieurs à avant l’attentat ».
« Les médias sociaux sont le réceptacle de la parole. Les gens réagissent à l’actualité. Jusque récemment, il y avait une certaine porosité entre les réseaux sociaux et la vraie vie, maintenant il y en a de moins en moins », ajoute-t-il.
Pour la génération Y, les réseaux sociaux se multiplient. Pour Hervé Rigault, « il n’y a plus de distinction. Les réseaux sociaux c’est la vraie vie. C’est l’extension de notre main ».
Avec l’association Respect Zone, Netino a publié un baromètre de la haine en ligne, afin d’étudier les évolutions du discours haineux. En 2020, 12,12% des propos publiés en ligne, sur un échantillon de 67 751 commentaires, sous les publications de médias Français, étaient des messages à caractère haineux.
On apprend également que le mois de mars 2020 a été le mois le plus haineux de l’année, en cause la crise de la COVID-19 et les élections municipales avec un taux de haine de 14,29%, ou que 22% des discours haineux peuvent être catégorisés comme des attaques contre une personnalité politique. Un constat qui fait craindre pour 2022, année des présidentielles en France.
Parmi les messages à caractère haineux, environ 10% d’entre eux sont racistes. « La parole raciste s’exprime surtout sur des sites politiques ou des médias qui vont parler de politique », analyse M. Rigault.
Le rapport de Respect Zone et Netino conclut par une mise en garde pour 2021 : « L’année 2021 risque d’être marquée par des tensions sociales autour des problématiques d’inégalités de moyens face à la maladie et ses effets en termes d’emploi, de rémunérations, de protection sociale ».
Autant de raisons qui peuvent pousser à exprimer de la colère sur les réseaux, faisant craindre une augmentation des propos haineux en ligne.