Hollande déjà contraint de revoir sa copie budgétaire

Le déficit de la France devrait atteindre 4,2% en 2013 au lieu des 3% prévus. Le président de la commission des Finances de l’assemblée nationale, Jérôme Cahuzac, déclare que des efforts "supplémentaires mais justes" seront demandés aux Français.

EURACTIV.fr
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Le déficit de la France devrait atteindre 4,2% en 2013 au lieu des 3% prévus. Le président de la commission des Finances de l’assemblée nationale, Jérôme Cahuzac, déclare que des efforts « supplémentaires mais justes » seront demandés aux Français.

Cinq jours après l’élection de François Hollande, le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn a définitivement éloigné tout état de grâce pour les socialistes français. Si rien ne change, les comptes publics du pays seront déficitaires à hauteur de 4,2% en 2013, au lieu des 3% auxquels s’est engagé le précédent gouvernement, a annoncé la Commission vendredi 11 mai.

Hollande fragilisé

La croissance devrait être de 0,5% en 2012, en adéquation avec le programme du Parti socialiste. Pour 2013 en revanche, l’exécutif européen l’estime à 1,3% contre 1,7% prévu par l’équipe du candidat vainqueur. L’endettement de la France pourrait atteindre 92,5% du PIB en 2013. 

De plus, la zone euro devrait être légère récession en 2012 (- 0,3%), avant une modeste reprise en 2013 (+ 1%).

Cette situation va fragiliser la capacité de négociation de François Hollande avec la chancelière allemande. Cette dernière semble prête à concéder un accord sur la croissance au nouveau locataire de l’Elysée, mais fondé sur des réformes structurelles et pas sur une relance keynésienne. Les deux dirigeants se rencontreront pour la première fois le 15 mai. 

Réalité budgétaire 

Depuis Tulle où il s’est rendu dans la journée pour officialiser son départ du Conseil général, François Hollande a réitéré son intention de coller aux 3% pour 2013. Difficile de maintenir cette position sans passer par un troisième plan d’austérité, ce à quoi s’était refusé Nicolas Sarkozy avant les élections.

Un pas que pourrait d’ailleurs franchir le futur gouvernement. Dans un communiqué de presse diffusé dans l’après-midi, le député Jérôme Cahuzac, président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale précise qu’il « faudra mettre en œuvre le projet de François Hollande, c’est-à-dire d’abord faire adopter la réforme fiscale puis demander un effort, supplémentaire mais juste, aux Français. Il se confirme enfin que ces efforts supplémentaires d’ici à 2013, hélas nécessaires pour tenir les engagements que la France a déjà pris, seront bien de l’ordre indiqué par François Hollande pendant sa campagne, soit 1,5 point de PIB. »

François Hollande a rappelé qu’il attendait un rapport de la Cour des comptes sur la « réalité budgétaire» du pays.  

« Je savais déjà depuis plusieurs semaines qu’il y avait une dégradation plus grande que le gouvernement sortant ne le disait de nos comptes publics, a-t-il affirmé. J’attends le rapport de la Cour des comptes pour ensuite prendre les décisions qui s’imposeront ».

De son côté Olli Rehn, a déclaré que la Commission attend que la France « spécifie les mesures budgétaires envisagées pour 2013 ».    

Dans son analyse, la Commission n’est pas tendre avec le gouvernement sortant. Elle estime que le grand emprunt initié par Nicolas Sarkozy n’a eu que des effets « marginaux » sur l’économie française. 

Experts à Paris

Il est probable que le prochain gouvernement ait à se lancer dans l’élaboration d’un nouveau Programme national de Réforme (PNR) pour 2011-2014. Ce dernier a été envoyé par le gouvernement de François Fillon à la Commission européenne le 27 avril, avant la défaite de Nicolas Sarkozy.

Ce document, fourni par chaque État dans le cadre du « semestre européen », précise les réformes prévues par chaque États pour répondre aux objectifs de croissance et d’équilibre budgétaire. 

Au début du mois de mars, un groupe d’expert de la Commission européenne s’est déplacé à Paris, (ainsi que dans onze autres capitales) pour examiner les déséquilibres macro-économiques de la France, en particulier les problèmes liés au déficit de la balance commerciale. Leurs conclusions, attendues à l’origine fin avril, seront rendues publiques le 30 mai. Elles déboucheront sur l’envoi de recommandations aux gouvernements concernés.