Hollande pose les jalons de son plan pour l’Europe, Merkel tempère les attentes

Les propositions françaises, dévoilées par Le Monde, sont en grande partie déjà connues. Paris reste évasif sur l’intégration politique. Au même moment, l’Allemagne rappelle que ses forces ont des limites.

EURACTIV.fr
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Les propositions françaises, dévoilées par Le Monde, sont en grande partie déjà connues. Paris reste évasif sur l’intégration politique. Au même moment, l’Allemagne rappelle que ses forces ont des limites.

Deux semaines avant la rencontre des dirigeants européens à Bruxelles, la France précise sa position sur la croissance en Europe. Jeudi 14 juin, jour de la visite du Président français à Rome, Le Monde a révélé les axes de ce que le gouvernement appelle le « plan de croissance pour l’Europe ». 

Mesures consensuelles

Réorientation des fonds structurels, augmentation des fonds propres de la Banque européenne d’investissement et « project bonds »… La plupart des propositions sont déjà sur la table. 

Il n’y a « rien de surprenant », commente le directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwigsbourg Henrik Uterwedde. Ces mesures seront probablement endossées à la prochaine rencontre des chefs d’État et de gouvernement les 28 et 29 juin à Bruxelles.

Le plan français comprend aussi une feuille de route pour l’introduction des eurobonds. Selon les informations du Monde, elle est « calée sur dix ans ».

Fonds de rédemption

La proposition de mutualiser la dette des États européens à travers les euro-obligations n’est soutenue ni par le gouvernement allemand, ni par l’opposition de gauche (SPD) reçue par François Hollande à Paris mercredi 13 juin, et a ainsi peu de chances d’aboutir.

Mais un autre modèle développé par le Conseil allemand des experts économiques figure dans le plan du Président Hollande : le recours à un fonds de rédemption, ou fond d’amortissement de la dette.

>>> Lire Eurobonds, fonds de rédemption, eurobills : comment mutualiser la dette?

Cet instrument, qui prévoit une mutualisation de la dette jugée excessive pendant une période allant de 25 à 30 ans, a plus de chances d’être soutenu par les responsables politiques outre-Rhin. Les sociaux-démocrates allemands se sont prononcés en faveur de ce modèle lors de leur dernier Congrès fédéral à Berlin en novembre 2011.

Le gouvernement d’Angela Merkel n’a, quant à lui, pas encore pris position de manière définitive. Il est en train d’examiner cette option de plus près. Certains responsables politiques du parti chrétien-démocrate ont émis des doutes sur la compatibilité du fonds de rédemption avec la constitution allemande et les traités de l’Union européenne.

La proposition de renforcer la supervision des banques au niveau européen, qui figure également dans le plan français, est susceptible de trouver un écho positif auprès du gouvernement allemand. Pour Berlin, un contrôle centralisé est un préalable à la création d’un fond de sauvetage européen pour le secteur bancaire.

Licence bancaire pour le MES

Une autre proposition, toutefois, risque de faire des ravages côté allemand. Toujours selon les informations du Monde, le plan français pour la croissance prévoit de doter le Mécanisme européen de stabilité (MES), prochainement le principal fond de sauvetage de l’Europe, d’une licence bancaire. Cette dernière permettra aux gouvernements de recourir à la planche à billets pour financer la dette des États, et – indirectement – des banques.

Craignant l’inflation et les effets néfastes sur la discipline budgétaire des États, l’Allemagne y est farouchement opposée. « C’est une ligne rouge pour les Allemands », explique M. Uterwedde. Pour Berlin, très attachée à la culture de la stabilité incarnée par la Bundesbank, la politique de « l’argent facile » constituerait un « changement de paradigme » que le chercheur juge très peu probable dans les années à venir.

Il rappelle également que, même si la Banque centrale européenne est loin de ressembler à la FED (la banque centrale des États-Unis), le gardien de l’euro a fait tout son possible pour soutenir l’activité économique et contribuer à la stabilité financière dans la zone euro.

>>> Lire La BCE peut-elle devenir la FED?

Tempérer les attentes

Le jour même de ces révélations sur le « plan de croissance pour l’Europe », la chancelière allemande a tenté de tempérer les attentes. Dans un discours de politique générale en vue de la réunion du G20, Angela Merkel a mis en garde « ceux qui attendent un grand coup et les solutions de l’Allemagne ».

« A tout ceux qui voudront convaincre l’Allemagne des eurobonds, des fonds de stabilité, des fonds de garantie de dépôt, de [dépenser] plus de milliards, je dis : Oui l’Allemagne est forte. (…) Mais nous savons aussi : la force de l’Allemagne n’est pas infinie, les forces de l’Allemagne ont aussi des limites. »

« C’est pourquoi nous avons la responsabilité en tant que plus grande économie de l’Europe d’estimer nos forces de manière réaliste, pour que nous puissions nous en servir de la manière la plus efficace pour l’Allemagne et l’Europe », a poursuivi Mme Merkel.

« Tous les moyens, toutes les mesures, tous les paquets [législatifs] partiront en fumée s’ils dépassent les forces de l’Allemagne (…) et perdront immédiatement leur efficacité », a affirme la chancelière.

« C’est pourquoi ces idées sur la mutualisation, simples en apparence, sont complètement contreproductives. Elles définiraient la médiocrité comme mesure pour l’Europe. »

Le premier ministe Jean-Marc Ayrault a réagi, jeudi 14 juin, aux propos de la chancelière et l’a invité à ne pas « se laisser aller à des formules simplistes ».

Saut fédéral?

La chancelière allemande a également réitéré son appel à une plus forte intégration politique de l’Europe. Sur ce point, le plan français pour la croissance se limite à prôner des « institutions politiques adaptées ».    

« C’est le maillon faible des Français », commente M. Uterwedde qui ne croît pas en la volonté politique de la France de céder davantage de compétences à Bruxelles, comme le souhaite l’Allemagne.