Hollywood et l’industrie cinématographique européenne ensemble contre Google
La Motion Picture Association, représentant les plus grands producteurs américains, a déclaré à EURACTIV qu’elle joignait l’industrie cinématographique européenne afin de faire pression sur Google quant au piratage.
La Motion Picture Association, représentant les plus grands producteurs américains, a déclaré à EURACTIV qu’elle joignait l’industrie cinématographique européenne afin de faire pression sur Google quant au piratage.
Cette intervention survient à la suite d'un conflit en cours entre le géant de la recherche et des organisations de presse en Allemagne, en France et en Italie, qui tentent d'imposer des droits voisins à Google étant donné que l'entreprise utilise leur contenu dans ses recherches.
Ces questions s'ajoutent aux conflits actuels entre Google et la Commission européenne sur la protection des données et la prédominance de l'entreprise sur le marché de la recherche sur l'Internet (voir « Contexte »).
Christopher Marcich, le président de la Motion Picture Association en Europe, a intensifié la pression sur Google cette semaine. Il a indiqué à EURACTIV qu’une alliance entre des producteurs de films américains et européens était prête à affronter le géant de la recherche sur la question des droits d'auteur.
M. Marcich a mis l'accent sur l'étude d'Ipsos MORI publiée l'année dernière à propos du Royaume-Uni. Selon cette étude, le piratage représentait une perte de 511 millions de livres (638 millions d'euros) pour l'industrie de la télévision et du cinéma en 2011.
Il a expliqué que les sites de piratage soutenus par le moteur de recherche étaient à l'origine de cette perte parce qu'ils encourageaient la diffusion illégale de films récents.
Tout reconnaissant que Google n'est pas le seul moteur de recherche auquel l'industrie demande réparation, il a indiqué que la taille de Google plaçait l'entreprise dans une catégorie à part.
Liberté d'expression
« Ils ont joué un rôle décisif dans le débat sur SOPA (Stop Online Piracy Act) et ils ont vigoureusement soutenu que toute tentative de régulation de l'Internet menace la liberté d'expression. Par la suite, ils ont toutefois menacé de boycotter la presse française, qui ne semble guère correspondre aux notions de liberté d'expression », a déclaré M. Marcich. Il a fait allusion à la bataille en cours entre Google et l'industrie française de la presse écrite. Google a en effet menacé de ne plus indexer les sites d'informations français s'il était contraint de payer une « taxe Google ».
Cette attaque suit une marche arrière de Google en août. L'entreprise avait alors accepté de prendre en compte le nombre de notifications valides de retrait de droits d'auteur qu'elle recevait pour chaque site apparaissant dans des résultats de recherche.
Cette décision survient après que les industries de la musique et des films ont longtemps fait pression dans les coulisses pour que Google rétrograde la position de recherche de sites qui, selon elles, enfreignent leurs droits d'auteur, comme the Pirate Bay.
M. Marcich a laissé entendre qu’étant donné que Google ait accepté de modifier son algorithme, il n'est pas aussi neutre qu'il le prétend.
« Le moteur de recherche doit prendre ses responsabilités. Il affirme que son algorithme dispose de fonction de pointage neutre, mais ce n'est pas vrai. Il a récemment reconnu qu'il pouvait changer son algorithme. » Il a ajouté : « Google ne devrait pas pouvoir gouverner l'Internet lui-même ».
Selon lui, la Commission européenne pourrait encourager les parties prenantes à trouver des solutions. Il a également affirmé qu'Hollywood avait rejoint l'industrie européenne dans cette cause commune contre le géant de la recherche.
Surmonter d'anciennes animosités
« Ce débat a permis de surmonter d'anciennes animosités [avec les titulaires de droits européens] et nous a rapprochés des industries allemandes, britanniques, espagnoles, françaises, italiennes et russes », a déclaré M. Marcich.
La Motion Picture Association regroupe des sociétés cinématographiques telles qu'Universal, Sony, 20th Century Fox, Columbia, Disney, Time Warner, Viacom et Paramount.
Un porte-parole de Google en Europe a déclaré que l'entreprise avait déjà fait des efforts en vue de répondre aux préoccupations de l'industrie concernant le piratage.
Outre le changement d'algorithme, Google a développé un système de transparence dévoilé au mois de mai. Ce système permet de divulguer le nombre de demandes reçues de la part des propriétaires de droits d'auteur afin de retirer certains résultats de Google Search parce qu'ils renverraient vers un contenu illégal.
Le porte-parole a fait référence à un rapport récent commandé par Google. Ce rapport laisse entendre qu'au lieu d'imposer des blocages de certains sites Internet, les gouvernements devraient former des coalitions avec des réseaux publicitaires réputés, des acquéreurs et des titulaires de droits.
« Afin de résoudre le problème, il faut arrêter les sources de financement des sites qui violent les droits d'auteur », a-t-il ajouté.
« Il semblerait que Google ait gagné du temps et qu'il n'en fera pas plus qu'il ne doit », a déclaré M. Marcich.
« La pression publique sera de plus en plus forte [sur Google]; [l'entreprise] est déjà confrontée à un nombre croissant d'actions en justice, principalement sur des questions liées à la concurrence et au piratage », a-t-il ajouté.