Hongrie : vaste potentiel géothermique inexploité

La Hongrie est située sur un immense bassin géothermique et dispose déjà d’une infrastructure de chauffage urbain permettant de fournir une énergie propre aux citoyens. Pourtant, malgré cela, le gouvernement ne fait aucun effort pour exploiter ce potentiel, estiment les experts.

/ EURACTIV.com
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L’énergie géothermique est une technologie locale et renouvelable qui utilise la chaleur souterraine pour fournir du chauffage, de la climatisation ou de l’électricité à la zone environnante. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/thermal-bath-egerhungary-162605747" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock/Julia Gaevskaya</a>]

La Hongrie est située sur un immense bassin géothermique et dispose déjà d’une infrastructure de chauffage urbain permettant de fournir une énergie propre aux citoyens. Pourtant, malgré cela, le gouvernement ne fait aucun effort pour exploiter ce potentiel, estiment les experts.

L’énergie géothermique est une technologie locale et renouvelable qui utilise la chaleur souterraine pour fournir du chauffage, de la climatisation ou de l’électricité à la zone environnante.

Pour des pays comme la Hongrie, qui se trouve sur le bassin pannonien riche en énergie géothermique et qui dispose déjà de réseaux de chauffage urbain datant de l’ère soviétique, l’énergie géothermique est une alternative propre et potentiellement peu coûteuse aux combustibles fossiles pour le chauffage.

« En raison de sa situation géologique particulière, la Hongrie possède des conditions naturelles très favorables à la production d’énergie géothermique », a déclaré Sandor Ronai, eurodéputé hongrois du parti de la Coalition démocratique (Demokratikus Koalícíó), parti d’opposition fédéraliste de gauche en Hongrie.

« Toutefois, la géothermie joue encore un rôle excessivement faible sur le marché énergétique hongrois », a-t-il ajouté.

Aujourd’hui, plus de 650 000 foyers hongrois sont reliés à des réseaux de chauffage urbain, a indiqué le député. « Ces foyers pourraient tous être chauffés par l’énergie géothermique », a-t-il fait remarquer.

Faire d’une pierre quatre coups

Le développement de la capacité géothermique de la Hongrie permettrait d’atteindre quatre objectifs à la fois : l’élimination progressive des combustibles fossiles russes, la création d’une ressource énergétique stable et locale, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et la baisse des prix de l’énergie pour les consommateurs.

La Hongrie est particulièrement dépendante des approvisionnements énergétiques étrangers. Elle dépend de la Russie pour 85 % de sa consommation de gaz.

De plus, le pays est enclavée, ce qui rend difficile l’importation d’approvisionnements alternatifs comme le gaz naturel liquéfié (GNL).

« À notre avis, l’énergie géothermique pourrait certainement aider la Hongrie à se détacher de la Russie si c’était un objectif de notre gouvernement. En particulier si l’on considère qu’en Hongrie, de très nombreux foyers se chauffent au gaz naturel, alors si nous passons au chauffage géothermique, nous aurons besoin de moins de gaz », a déclaré M. Ronai.

Aujourd’hui, l’énergie géothermique représente à peine 2 % des besoins en chauffage de la Hongrie et seules une trentaine de municipalités hongroises l’utilisent pour cela.

Manque de volonté politique

Le principal obstacle est le manque de volonté politique, ce qui, selon M. Ronai, est un problème plus général du gouvernement hongrois actuel en matière d’énergies renouvelables.

Pour le moment, Budapest se concentre davantage sur l’augmentation de l’approvisionnement en gaz fossile et en énergie nucléaire, avec la construction en cours du réacteur nucléaire Paks 2 construit par la Russie, a expliqué M. Ronai à EURACTIV.

« Ceux-ci ne font que renforcer notre dépendance à l’égard de la Russie, ce qui est malheureusement d’une importance évidente pour l’actuel gouvernement pro-russe » de Budapest, a-t-il indiqué.

Ces préoccupations sont reprises par Mihály Kurunczi, de l’association hongroise de l’énergie thermique MTT (Magyar Termálenergia Társaság). Il estime que les intérêts particuliers du pays en matière de gaz fossile constituent le principal obstacle à l’expansion de la capacité d’énergie géothermique de la Hongrie.

« Ici en Hongrie, le gouvernement lui-même est dans le commerce du gaz », a expliqué M. Kurunczi à EURACTIV. « Il y a 21 sociétés de négoce de gaz dans ce petit pays, et l’État a des intérêts commerciaux dans la moitié d’entre elles », a-t-il souligné.

Pour maintenir les prix bas pendant la crise du gaz, M. Kurunczi a déclaré que le gouvernement avait consacré « énormément de capital politique » au plafonnement des prix de l’énergie pour les ménages, ce qui, selon les experts, pourrait coûter jusqu’à 3,45 milliards d’euros en contributions des contribuables cette année.

« De ce point de vue, il n’est peut-être pas toujours dans l’intérêt de la politique de remplacer le gaz naturel par une énergie produite localement », a déclaré M. Kurunczi. « Il est donc évident que si les consommateurs prennent leur destin en main, ils ne seront plus aussi dépendants du gaz naturel, et ils penseront peut-être aussi différemment », a-t-il ajouté.

Le grand potentiel géothermique de la Hongrie

Actuellement, la Hongrie utilise à peu près la même quantité d’eau extraite dans ses 260 stations thermales à des fins thérapeutiques que pour l’énergie thermique.

Les experts estiment qu’environ 80 à 90 millions de mètres cubes d’eau thermale d’une température supérieure à 30 °C sont extraits chaque année en Hongrie à des profondeurs comprises entre 300 et 2 500 mètres.

Environ un tiers de cette eau est refroidie et utilisée comme eau potable, un autre tiers est utilisé dans les 260 stations thermales célèbres dans le pays et le reste est utilisé pour son potentiel énergétique.

Cela représente un peu moins de 0,4 % de la demande annuelle totale d’énergie primaire du pays, soit environ 1,5 % de ses besoins en énergie de chauffage.

Parallèlement, la modélisation entreprise par MTT suggère que la Hongrie pourrait mobiliser environ 380 à 400 millions de mètres cubes d’eau thermale par an.

Associée à l’utilisation de pompes à chaleur, la part de la géothermie pourrait atteindre 10 % de l’approvisionnement énergétique de la Hongrie et un quart de ses besoins en chauffage, estime l’association.

Les investissements sont possibles

Le niveau d’investissement requis pour atteindre les avantages d’une plus grande utilisation de l’énergie géothermique serait réalisable, selon une proposition de 2019 de l’Association des organisations d’énergie renouvelable (MESZSZ).

« L’investissement public est clairement nécessaire pour la conversion au chauffage urbain, mais même pour les maisons équipées de systèmes de chauffage individuels, un soutien public important est nécessaire en raison des coûts d’investissement élevés », a déclaré M. Ronai.

« Bien que moins coûteux sur le long terme, sans subventions et incitations publiques, les coûts d’investissement sont si élevés que la plupart des ménages ne peuvent se permettre de passer au chauffage géothermique », a-t-il ajouté.

Selon leurs calculs, avec un investissement annuel d’environ 61,3 millions d’euros (24,75 milliards de HUF), la Hongrie pourrait atteindre 53 pétajoules par an (PJ/an) d’énergie thermique provenant de sources géothermiques en quarante ans. Cela représente un investissement total d’environ 2,45 milliards d’euros sur quatre décennies, à en croire les estimations des experts.

Pourtant, dans la dernière version publique du plan de relance post-Covid Hongrois, qui pourrait permettre à Budapest de recevoir 7,2 milliards d’euros de subventions et 9,6 milliards d’euros d’aides remboursables, la géothermie n’est mentionnée que trois fois.

Le plan de relance de la Hongrie est actuellement bloqué par la Commission européenne pour des raisons de respect de l’État de droit dans le pays, et rien n’indique que cette impasse sera bientôt surmontée.

« L’État hongrois doit fixer des objectifs plus ambitieux tant pour les énergies renouvelables que pour l’efficacité énergétique. Sans les bonnes incitations et le soutien financier adéquat, l’énergie géothermique ne pourra pas se développer », a déclaré M. Ronai.

EURACTIV a contacté à de multiples reprises les ministères concernés, mais n’a toujours pas reçu de réponse quant aux raisons pour lesquelles l’énergie géothermique ne bénéficie pas de niveaux d’investissement plus élevés.