Immigration : le gouvernement italien dit oui à la « main-d’œuvre », mais non au « remplacement ethnique »

L’arrivée de « main-d’œuvre » en provenance d’autres pays est justifiée face à une faible demande intérieure, mais l’Italie ne peut céder à l’idée d’un remplacement ethnique, a déclaré le ministre de l’Agriculture Francesco Lollobrigida (FdI/CRE).

EURACTIV Italie
Italy approve ban on the production and marketing of synthetic food and feed
Le ministre italien de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Francesco Lollobrigida, lors d'une conférence de presse à Rome, Italie, le 28 mars 2023. Le Conseil des ministres italien a approuvé le projet de loi visant à interdire la production et la commercialisation de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux synthétiques, y compris l'importation de denrées alimentaires synthétiques en Italie. [EPA-EFE/FABIO FRUSTACI]

L’arrivée de « main-d’œuvre » en provenance d’autres pays est justifiée face à une faible demande intérieure, mais l’Italie ne peut «  pas céder à l’idée d’un remplacement ethnique  », a déclaré le ministre de l’Agriculture Francesco Lollobrigida (FdI/CRE) lors du congrès de la confédération de syndicats CISAL.

« Nous ne pouvons pas céder à l’idée d’un remplacement ethnique », a déclaré le ministre, qui est également le beau-frère de la Première ministre Giorgia Meloni, et l’un de ses plus fidèles conseillers.

« Les Italiens font moins d’enfants, alors nous les remplaçons par quelqu’un d’autre. Ce n’est pas la bonne solution », a-t-il ajouté, soulignant que nous devons « construire une protection sociale qui permette aux gens de travailler et de fonder une famille, soutenir les jeunes couples pour qu’ils trouvent un emploi ».

Malgré ces propos, parfaitement en phase avec le modèle de gouvernement hongrois de Viktor Orbán, Francesco Lollobrigida a souligné que l’immigration peut « devenir une opportunité pour la croissance d’une nation », en dépit de ce que Frères d’Italie a toujours soutenu par le passé, lorsque le parti s’opposait à des gouvernements de gauche.

« Je considère l’immigration comme un fait naturel et physiologique. Je suis le petit-fils d’un émigré, je me garde donc de penser que l’émigration et donc l’immigration sont un problème », a expliqué le ministre.

Les opportunités auxquelles M. Lollobrigida fait référence concernent le secteur du travail, où, selon la ministre, l’entrée d’une « main-d’œuvre » en provenance d’autres pays se justifie face à une offre d’emploi élevée et à une demande intérieure faible.

« Il faut préciser que le premier ennemi de l’immigration régulière, réalisée par des flux organisés, s’appelle l’immigration illégale et clandestine, et c’est une voie qui a été empruntée jusqu’à présent et que nous essayons de changer », a-t-il précisé.

La secrétaire du Parti démocrate (Partito democratico, PD/S&D), Elly Schlein, a qualifié les propos de M. Lollobrigida de « dégoûtants » et « inacceptables ».

« Ils nous ramènent aux années 1930, ce sont des mots qui ont la saveur de la suprématie blanche », a déclaré Mme Schlein. « J’espère que Giorgia Meloni et le gouvernement prendront leurs distances avec ces déclarations », a-t-elle commenté.

En 2017, FdI organisait de nombreuses manifestations contre la loi ius soli, (le droit du sol, en latin), une proposition de loi jamais adoptée qui aurait octroyé la nationalité italienne à toute personne née sur le sol italien. Lors d’un de ces sit-ins, Giorgia Meloni, qui n’était pas encore Première ministre,  avait déclaré : « Nous sommes la nation qui, l’année dernière, a fait fuir 100 000 Italiens à l’étranger et qui a fait venir 500  000 immigrants demandeurs d’asile en Italie en trois ans. Je pense qu’il y a un projet de remplacement ethnique en Italie ».

Ce que M. Lollobrigida a affirmé a été confirmé par écrit par le ministère de l’Économie, dirigé par le ministre de la Ligue Giancarlo Giorgetti, dans le Def (Document de l’économie et des finances) — le principal document de planification économique du gouvernement — où il est indiqué que l’immigration étrangère en âge de travailler pourrait améliorer le ratio dette-PIB.

« Compte tenu de la structure démographique des migrants entrant en Italie, l’effet est significatif sur la population résidente en âge de travailler et donc sur l’offre de main-d’œuvre », peut-on lire dans le document.

[Édité par Anna Martino]