Incendies : après un été dévastateur, les eurodéputés réclament plus de prévention
Après un été dévastateur dans le sud de l’Europe, les experts européens et les eurodéputés veulent renforcer la prévention, alors que les moyens de lutte s’avèrent désormais insuffisants.
Après un été dévastateur dans le sud de l’Europe, les experts européens et les eurodéputés veulent renforcer la prévention, alors que les moyens de lutte s’avèrent désormais insuffisants.
Un été dévastateur pour les pays du sud de l’Europe. Si les incendies ont relativement épargné les pays du nord et de l’ouest, contrairement à l’année dernière, ce ne fut pas le cas sur le pourtour méditerranéen. Tout particulièrement en Grèce, le pays ayant subi l’incendie le plus violent de son histoire et de celle de l’UE.
Lors d’un bilan organisé par la commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI) au Parlement européen jeudi 31 août, les élus ont tenu à remercier et féliciter les pompiers européens qui ont bravé les flammes ces dernières semaines, dans le cadre du mécanisme de protection européen RescUE activé 7 fois dans l’été.
Plus fréquents, plus forts, plus étalés dans le temps
Bien que la Commission européenne ait annoncé cet été l’élargissement de sa flotte de Canadair, cela reste insuffisant pour beaucoup de députés.
« Le mécanisme de protection civile européen doit avoir plus de moyens, plus de ressources financières », note Gilles Lebreton (ID). D’autres ont insisté sur la nécessité d’améliorer le matériel des pompiers et d’encourager le volontariat.
Mais passé les moyens de lutte, les efforts doivent porter davantage sur la prévention, selon le représentant du système européen d’information sur les incendies de forêt (EFFIS), venu présenter et analyser les derniers chiffres de l’observatoire.
« Ce n’est pas un manque de moyens. Les incendies ont une intensité qui est environ 10 fois supérieure à celle qui peut être combattue par des moyens aériens », souligne le scientifique Jesús San-Miguel-Ayanz, à la tête de l’EFFIS.
Plus puissants – on parle désormais de « méga-incendies » -, mais aussi plus fréquents et plus étalés sur l’année. Selon l’observatoire européen de la Terre Copernicus, les départs de feux ont été plus nombreux en 2023 que sur la moyenne de la période 2006-2022. Ils devraient se multiplier dans l’avenir.
Gestion forestière
Face à ce constat, les élus ont tour à tour demandé à la Commission européenne de renforcer la prévention.
« 90 % du budget de l’UE est destiné à des actions d’extinction des feux, 10 % pour la prévention. Il faut que les choses changent ! », a réagi l’eurodéputée allemande Anna Deparnay-Grunenberg (Verts/ALE).
La Commission européenne a déjà publié le 27 juillet dernier des lignes directrices pour améliorer la gestion durable des forêts, qui découlent de la stratégie de l’UE pour la biodiversité à l’horizon 2030. Celles-ci visent une gestion « plus proche de la nature », en favorisant des forêts plus diversifiées pour renforcer leur résilience et l’adaptation aux perturbations climatiques.
Mais pour M. Lebreton et nombre de ses collègues, cela « ne suffit pas », « il faut aller plus loin », et notamment s’inspirer de la loi française votée le 10 juillet dernier en réaction aux violents incendies de 2022.
La loi oblige notamment les propriétaires à débroussailler leur forêt, et crée un droit de préemption des terres par les communes en cas d’absence de gestion.
Pour les scientifiques européens, la gestion forestière est en effet un axe « essentiel ». Limiter le déclenchement des feux et leur propagation passe par la réduction du combustible, c’est-à-dire la matière organique au sol, en défrichant et en créant des espaces pour la circulation des secours en forêt.
Les eurodéputés ont également insisté sur l’intégration de nouvelles espèces plus résistantes, tandis que les Verts ont pointé du doigt la « foresterie productive », ces monocultures d’espèces hautement inflammables. « Au Portugal et en Espagne, on a planté rapidement beaucoup d’eucalyptus pour des raisons de productivité, cela ne fait qu’augmenter le problème », note Martin Häusling (Verts/ALE).
Pour Irène Tolleret (Renew), les éleveurs ont un rôle important à jouer dans cette prévention : le pâturage réduit les broussailles et les déjections des animaux limitent la propagation du feu. « Les agriculteurs sont au premier plan dans la prévention », souligne l’eurodéputée française.
Sensibilisation
« Nous devons trouver un équilibre. Il est clair que 90 % du budget ne peut pas aller à la prévention, mais il doit y avoir plus d’actions dans ce domaine. Et l’un des principaux points à cet égard est la sensibilisation », insiste Jesús San-Miguel-Ayanz.
D’après les chiffres de l’EFFI, 96 % des incendies sont déclenchés par l’homme. La moitié du temps d’origine criminelle, l’autre moitié pour cause de négligence.
La sensibilisation concerne les professionnels – agriculteurs, forestiers – mais aussi la population générale. La loi française renforce par exemple les sanctions contre les pyromanes et interdit de fumer dans les bois et forêts et jusqu’à une distance de 200 mètres. Une journée nationale de la résilience (JNR) a aussi été créée le 13 octobre.
Pour le scientifique, « les gens doivent savoir que le risque d’incendie est critique, extrême, qu’ils ne peuvent pas faire de barbecue, jeter des cigarettes, allumer des feux dans la nature, car ce sont les causes des incendies que nous connaissons ».
Le projet européen FirEUrisk (2021-2025) travaille actuellement sur la sensibilisation et la prévention à l’échelle européenne et régionale, en mettant en collaboration des chercheurs, des experts, des citoyens pour diminuer les risques liés aux incendies. Un budget de 10 millions d’euros a été attribué par l’UE dans le cadre du programme de recherche Horizon 2020.
« Nous étions en Catalogne cet été, et nous avons vu des petits propriétaires qui n’entretenaient pas leur forêt. La prévention a démarré dans le cadre d’Horizon 2020, mais il faut faire beaucoup plus et de façon plus globale », martèle l’eurodéputée Ulrike Müller (Renew).