Industrie automobile : La France presse l’Europe d’agir

Lors des États généraux de l’automobile, le gouvernement français et les constructeurs automobiles ont lancé un appel à la Commission et à leurs partenaires européens pour qu’une action coordonnée d’aide à ce secteur en crise soit mise en place dans les plus brefs délais.

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Lors des États généraux de l’automobile, le gouvernement français et les constructeurs automobiles ont lancé un appel à la Commission et à leurs partenaires européens pour qu’une action coordonnée d’aide à ce secteur en crise soit mise en place dans les plus brefs délais.

Mobilisation générale. Que ce soit le premier ministre François Fillon, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Bruno Le Maire, la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, ou encore le président de Renault, Carlos Ghosn, tous n’avaient qu’un seul mot à la bouche, mardi 20 janvier, aux États Généraux de l’Automobile  : il faut agir vite pour sauver l’industrie automobile française et européenne gravement touchée par la crise économique. « On ne va pas attendre trois mois », a déclaré un peu exaspéré François Fillon en se tournant vers le commissaire européen à l’industrie, Günter Verheugen. « On ne va pas reproduire ce qui s’est passé sur le plan de financement des banques. Quand il y a un incendie, il faut agir vite », a ajouté le premier ministre.

A l’époque, la France avait reproché à la Commission européenne de mettre trop de temps pour valider les plans de sauvetage des banques proposés par les États membres. « Une seconde solution serait que la Banque européenne d’investissement fasse la même chose que ce que font les États-Unis. On me dit que ce n’est pas possible. Très bien, dans ce cas ce sont les États qui vont le faire », a également déclaré le premier ministre français.

5 à 6 milliards d’euros

En France, le gouvernement a décidé d’agir immédiatement. Anticipant sur le plan de soutien de la filière automobile, attendu début février, François Fillon a annoncé une aide du gouvernement français comprise entre 5 et 6 milliards d’euros.  Mais elle ne sera pas sans contrepartie. « Il n’est pas question que l’État vienne en aide à un constructeur qui déciderait de fermer purement et simplement un ou des sites de production en France », a ajouté François Fillon.

Réagissant aux propositions françaises, Günter Verheugen a déclaré que l’intervention du secteur public était « justifiée et même indispensable ». « Mais il faut s’assurer que les mesures prises par un gouvernement ne donnent pas d’avantage compétitif à ce pays par rapport aux autres », a-t-il ajouté.

« Il va falloir justifier ces aides »

Ces décisions françaises pourraient en effet ne pas être du goût de nos partenaires, en particulier des Allemands. « Prendre des mesures de sauvetage des constructeurs peut poser problème. Il va falloir justifier ces aides », a déclaré le secrétaire d’État allemand chargé de l’Industrie, Jochen Homann, également présent lors de cette journée. « Il faut que nous respections les règles du jeu, il ne faut pas prendre des mesures discriminatoires par rapport à un secteur et il faut que tout le monde soit sur un pied d’égalité », a pour sa part ajouté le secrétaire d’État tchèque chargé de l’Industrie et du commerce, Milan Hovorka.

Les Européens, aussi  bien les États que les constructeurs, semblent en revanche tous d’accord sur la nécessité de coordonner leurs actions pour venir en aide à ce secteur, qui représente 10% de la population active de l’UE. « Nous raisonnons dans tous les sens de manière peu coordonnée. Or l’Europe est à la fois capable d’aider l’industrie et de raisonner en termes globaux », a déclaré le secrétaire d’État à l’industrie allemand.

S’exprimant au nom de son entreprise, mais également en tant que président de l’Association des constructeurs européens de l’automobile (ACEA), Carlos Ghosn a martelé la nécessité pour les constructeurs de voir l’Europe les aider très rapidement.

Renforcer les prêts à taux bonifiés

Priorité numéro un, selon le Français, aider les entreprises à avoir accès aux liquidités suffisantes à leur fonctionnement. « Les constructeurs automobiles sont fortement consommateurs de crédit, 2/3 des entreprises européennes étant vendues à crédit », a expliqué Carlos Ghosn en plaidant pour le renforcement des prêts à taux bonifiés, à l’instar de ce que font les États-Unis. Il a également insisté sur l’importance de l’harmonisation fiscale au sein de l’UE et de la nécessité de limiter les coûts « liés à l’accumulation règlementaire ». A cette fin, il a demandé au gouvernement français la suspension de la taxe professionnelle, estimant que les entreprises françaises étaient pénalisées de 1000 euros par véhicule par rapport à leurs homologues européens.

Dans le même sens, la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, a indiqué dans l’après midi avoir demandé au président de la Banque européenne d’investissement (BEI), Philippe Maystadt, présent à la réunion du Conseil Affaires économiques et financières (ECOFIN) du 20 janvier de « réexaminer son business plan ». En clair la France souhaite que la BEI augmente l’enveloppe totale des prêts accordés au secteur et fluidifie les examens de dossiers, constructeur par constructeur. « Ceci est relayé par les Espagnols, les Suédois, les Anglais, qui souhaitent que ces questions soient traitées le plus rapidement possible à l’ordre du jour du Conseil d’administration de la BEI », a ajouté Christine Lagarde.

Ces demandes seront examinées lors du prochain Conseil d’administration de la banque, a répondu Philippe Maystadt, c’est-à-dire le 3 février prochain. Il a en outre ajouté que la banque disposait d’une réserve de 3 milliards d’euros qu’elle pourrait réserver spécifiquement au secteur automobile.