Inflation : il faut maintenir les taux d’intérêt à leur niveau actuel, selon Mário Centeno
Le maintien des taux d’intérêt à leur niveau actuel sera « décisif » pour réduire l’inflation, a déclaré lundi le gouverneur de la Banque du Portugal, Mário Centeno, ajoutant qu’il considère que l’inflation est « plus injuste socialement » que les mesures visant à la combattre.
Le maintien des taux d’intérêt à leur niveau actuel sera « décisif » pour réduire l’inflation, a déclaré lundi (18 septembre) le gouverneur de la Banque du Portugal, Mário Centeno, ajoutant qu’il considère que l’inflation est « plus injuste socialement » que les mesures visant à la combattre.
La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé jeudi qu’elle augmenterait ses trois taux d’intérêt directeurs de 25 points de base, ce qui porterait le taux de dépôt au niveau le plus élevé jamais atteint dans la zone euro.
« Nous pensons que si nous maintenons [les taux d’intérêt de la BCE] à ce niveau, nous ferons quelque chose de décisif pour que l’inflation puisse converger vers 2 %, ce qui est notre objectif. La chose la plus importante pour le moment était de fournir une certaine prévisibilité afin que nous puissions nous adapter à ce qui nous attend dans les mois à venir », a confié Mário Centeno au quotidien espagnol El Pais dans une interview publiée lundi.
Mário Centeno a déclaré que « le risque d’en faire trop est toujours présent dans la politique monétaire », comme ce fut le cas en 2008 et 2011 lorsque la BCE « a dû faire marche arrière parce que l’augmentation des taux d’intérêt n’était pas compatible avec la stabilité des prix, des finances et de l’économie ». « Le risque est bien réel, et nous devons faire preuve de vigilance », a-t-il déclaré.
Concernant un éventuel arrêt immédiat des hausses de taux de la BCE, M. Centeno a répondu : « Nous ne pouvons pas nous écarter de cette voie parce que l’inflation est plus régressive et socialement injuste que les mesures que nous utilisons pour la combattre, qui sont souvent dures et nuisent à l’économie. »
« Le problème, c’est que l’inflation l’est aussi. Au sein du Conseil des gouverneurs [de la BCE], nous essayons de maintenir un équilibre difficile », a-t-il ajouté.
Pour le gouverneur de la Banque du Portugal, « la clé pour continuer à réduire l’inflation et résister à la hausse des taux d’intérêt » passe par un renforcement du marché du travail et une baisse plus importante du taux de chômage. « C’est presque une obligation pour toutes les politiques, y compris les politiques monétaires, de protéger ce nouveau “statu quo”, qui nous éloigne des stigmates de la stagflation », a-t-il déclaré.
M. Centeno a ajouté que pour éviter « une forte augmentation du chômage et des problèmes de société », « gagner en prévisibilité et coordonner les politiques » est nécessaire. Il a également reconnu que la situation n’est pas uniforme dans tous les pays de l’UE.
« La politique monétaire est unique, même si nous savons que son impact est variable. Pour cela, il y a la politique fiscale, et c’est celle-ci que nous avons maniée pendant la [pandémie de] Covid-19 et face à la hausse des prix de l’énergie », a-t-il soutenu, ajoutant que les banques centrales recommandent une « politique fiscale qui maintient un soutien sélectif aux plus vulnérables parce qu’elle a la marge de manœuvre pour le faire ».
Interrogé sur l’impact de la hausse des taux d’intérêt dans des pays comme l’Espagne et le Portugal, où une grande partie des crédits immobiliers sont assortis de taux d’intérêt variables, M. Centeno a répondu que les banques centrales comptaient sur « les capacités d’épargne préexistantes et à un ajustement de la manière dont les familles gèrent leur budget ».
« Mais nous avons conscience que cela est plus facile à faire si nous savons de quoi l’avenir sera fait. Nous devons aussi répondre aux attentes par la politique monétaire afin d’assurer notre capacité de prévisibilité. Et c’est ce que nous avons réussi à faire jeudi […] un compromis que les familles européennes méritaient. Et puis il y a le soutien public dont bénéficient presque tous les pays », a-t-il ajouté.
En ce qui concerne les importants bénéfices des banques dans ce contexte et la possibilité pour celles-ci de soutenir les familles, M. Centeno a déclaré qu’« une partie de ces bénéfices est cyclique » et que « les banques doivent conserver une partie substantielle de ces bénéfices parce qu’elles pourraient avoir à répondre à la détérioration potentielle des prêts », ce qui n’est pas le cas actuellement « parce que le marché de l’emploi est fort ».
« Le problème pour les banques est que leurs cycles ont une corrélation difficile à comprendre pour les citoyens », qui ressentent « plus de pression » lorsque « les banques se portent bien », conclut-il.