Influence chinoise dans la politique occidentale : les services de renseignement allemands inquiets

Pékin chercherait à influencer la sphère politique occidentale en tentant de rallier à sa cause des responsables politiques importants, alerte l’agence allemande de renseignement intérieur après que des soupçons ont été émis concernant un eurodéputé allemand.

Euractiv.com
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L’un des hommes politiques soupçonnés d’entretenir des liens douteux avec la Chine est Maximilian Krah, un eurodéputé de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) d’extrême droite et son principal candidat désigné pour les élections européennes de 2024. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Pékin chercherait à influencer la sphère politique occidentale pour entraver les actions en sa défaveur en tentant de rallier à sa cause des responsables politiques importants, alerte l’agence allemande de renseignement intérieur après que des soupçons ont été émis concernant l’eurodéputé allemand d’extrême droite Maximilian Krah (Identité et Démocratie, ID).

Le chef de l’Office fédéral de protection de la constitution (BfV), Thomas Haldenwang, a mis en garde contre le fait que, ces dernières années, de plus en plus de responsables politiques occidentaux sont approchés par la Chine, qui cherche à obtenir leur soutien.

Interrogé par Euractiv, il a déclaré que, en Allemagne, la Chine tente de « cultiver un climat qui lui est favorable », et ce dans le but de « garder [ses activités de collecte de renseignements politiques] sous le radar ».

« Des responsables politiques […] renommés, ainsi que des chefs d’entreprise, sont approchés et courtisés [en se voyant promettre] de superbes voyages en Chine et un traitement spécial, dans l’espoir qu’ils véhiculent une image positive de la Chine », a expliqué M. Haldenwang à la presse mardi (18 octobre).

L’un des responsables politiques soupçonnés d’entretenir des liens douteux avec la Chine est Maximilian Krah, un eurodéputé allemand membre du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

M. Krah, désigné candidat tête de liste du parti pour les élections européennes de 2024, aurait effectué des voyages sponsorisés par la Chine et assisté à des évènements liés au Parti communiste chinois, rapporte le média t-online, qui révèle également ses liens étroits avec des personnes impliquées dans le trafic d’influence chinois.

En échange, il aurait a adopté des positions relativement favorables à la Chine, en se montrant admiratif de l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie ou encore en prônant des échanges commerciaux avec la Chine comme moyen de contrer l’influence américaine et de protéger l’économie de l’Allemagne.

Cependant, au vu de son manque d’expérience sur la scène politique bruxelloise, M. Krah est un choix plutôt atypique, Pékin ayant tendance à préférer des parlementaires et des chefs d’entreprise plus chevronnés et influents.

L’eurodéputé allemand a pour sa part nié ces allégations, déclarant à t-online qu’il ne voyait aucun conflit d’intérêts dans son comportement.

La Chine cible la politique européenne

Ces offensives de la Chine constituent un changement par rapport aux stratégies antérieures du pays, qui se cantonnait à l’espionnage industriel. Cette tendance à cibler davantage les milieux politiques, alors que la situation géopolitique mondiale se dégrade, a également été constatée en dehors de l’Allemagne.

Pour Ken McCallum, directeur général du service de renseignement intérieur britannique (MI5), cette stratégie s’inscrit davantage sur le long terme, puisque Pékin cherche à cultiver des relations pour manipuler l’opinion en sa faveur par la suite.

Le Times a récemment révélé que le Parti conservateur britannique avait été contraint de retirer deux candidats de sa liste pour 2021 et 2022 après que le MI5 eut signalé qu’ils pourraient être des espions.

M. Haldenwang a également souligné que la Direction générale de la sécurité intérieure française (DGSI) était elle aussi préoccupée par les répercussions des activités chinoises sur les milieux politiques.

Les agences européennes sont en contact étroit sur cette question, a-t-il déclaré, ajoutant qu’il était crucial que les cibles potentielles des offensives de la Chine prennent conscience du problème.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]