Intensité carbone de l’industrie : la France et l’Allemagne au coude à coude, selon un rapport

Les industries françaises et allemandes ont des intensités carbone similaires, malgré un mix électrique bien plus décarboné pour l’Hexagone, souligne un rapport publié le 5 septembre, alors que l’électrification est considérée comme essentielle pour décarboner les activités industrielles.

EURACTIV
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Selon les chiffres 2021 d'Eurostat, en euro de valeur ajouté par quantité de CO2 émise, l'industrie française est plus intensive en carbone que son homologue allemande : 380 grammes de CO2 dans l'atmosphère côté français, contre 290 gramme côté allemand.  [zhaojiankang / Getty Images]

Les industries françaises et allemandes ont des intensités carbone similaires, malgré un mix électrique bien plus décarboné pour l’Hexagone, souligne un rapport publié jeudi 5 septembre. Des conclusions qui interviennent alors que l’électrification est considérée comme essentielle pour décarboner les activités industrielles.

Selon les chiffres 2021 d’Eurostat, en euro de valeur ajoutée par quantité de gaz à effet de serre en équivalent CO2 émise, l’industrie française est plus intensive en carbone que son homologue allemande : 380 grammes de CO2 dans l’atmosphère côté français, contre 290 grammes côté allemand.

Il y a toutefois un hic : ces chiffres officiels ne prennent en compte que les émissions dites de « scope 1 ». Or, si l’on considère également celles dites de « scope 2 », qui englobent les émissions du réseau électrique d’un pays, l’industrie française est légèrement moins intensive en carbone que l’industrie allemande, selon les conclusions d’un rapport du think tank industriel français La Fabrique de l’industrie, en collaboration avec le cabinet de consulting McKinsey, publié jeudi 5 septembre.

Deux scopes, deux ambiances

Le « scope 1 » couvre les émissions directes de gaz à effet de serre d’une industrie, issues de la consommation d’énergie et de la production. Selon cette mesure, l’industrie française est beaucoup plus polluante que l’industrie allemande, pour chaque euro de valeur créée.

Pour plus des trois quarts, cette différence s’explique par une concentration de la valeur ajoutée (21%) de l’industrie française dans les segments les plus émissifs, comme la métallurgie ou la chimie, contre 15,5 % en Allemagne, avance le rapport. 

En se limitant cette fois-ci aux émissions du « scope 2 », l’industrie française émet cinq fois moins que l’industrie allemande. Car bien que l’électricité occupe une part similaire d’environ 35 % dans le bouquet énergétique des deux pays, l’électricité produite et consommée dans l’Hexagone est beaucoup moins intensive en carbone grâce au parc nucléaire français et à l’énergie hydroélectrique.

Les différences s’annulent

En fin de compte, si l’on considère les scope 1 et 2, la différence d’intensité carbone entre les industries françaises et allemandes est largement annulée.

Le rapport invite toutefois à la prudence. Le suivi des émissions n’est pas encore totalement harmonisé dans l’Union européenne (UE), ce qui rend complexes les comparaisons transfrontalières. Raison pour laquelle l’économiste en charge de l’étude, David Lolo, préfère ne pas prendre en compte les émissions de « scope 3 », en amont et en aval de la chaîne de valeur, qui échappent au contrôle direct de l’entreprise et peuvent faire l’objet de doubles comptages.

Il y a également des biais, car l’industrie allemande crée davantage de valeur économique ajoutée par unité de production (biais de gamme). Aussi, « à tissus industriels identiques, l’intensité carbone de l’industrie allemande atteindrait presque le niveau observé en France » (biais de composition sectorielle), explique le chercheur.

Électrifier les processus industriels

Au total, l’industrie représente plus de 20 % des émissions de gaz à effet de serre de l’UE. Pour la décarboner, le rapport recommande avant tout l’électrification des processus industriels.

La France et l’Allemagne se sont déjà engagées dans cette voie. En avril dernier, la Commission européenne a approuvé une aide d’État de 2,2 milliards d’euros pour soutenir la décarbonation des processus industriels allemands par l’électrification et grâce à l’hydrogène « vert ». En mai, c’est au tour de la France d’avoir obtenu l’autorisation d’une aide d’État de quatre milliards d’euros pour l’électrification de son tissu manufacturier.

« À court terme, un changement de positionnement sectoriel est difficilement envisageable pour réduire le différentiel de scope 1 », note une analyse parallèle au rapport, rédigée par trois consultants de McKinsey. Mais à moyen terme, la France pourrait avoir plus de facilité à décarboner son industrie grâce à l’électrification, alors que l’Allemagne doit simultanément électrifier plusieurs segments industriels et décarboner massivement son approvisionnement en électricité.

Développer l’électricité bas carbone

David Lolo recommande également d’atteindre rapidement un prix européen du carbone suffisamment élevé pour rendre la décarbonation industrielle plus attrayante que le statu quo.

À cette fin, le chercheur milite pour un élargissement du périmètre du marché du carbone et du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui, pour l’heure, ne taxe qu’une poignée de produits carbonés entrant sur le marché européen.

Enfin, David Lolo recommande d’utiliser les outils contractuels (contrats bi-directionnels, CfD, accords d’achat d’électricité, PPA) autorisés par la réforme du marché européen de l’électricité pour stabiliser le prix de l’électricité bas carbone et motiver son développement.

[Édité par Laurent Geslin]