Italie : le débat télévisé entre Elly Schlein et Giorgia Meloni annulé pour des raisons d’égalité de traitement des partis
Le débat télévisé entre Elly Schlein, cheffe du Parti démocrate, et Giorgia Meloni, dirigeante de Fratelli d’Italia, a été annulé après que d’autres groupes politiques ont émis des craintes concernant l’égalité de traitement des partis de la scène politique italienne.
Le débat télévisé entre Elly Schlein, cheffe du principal parti d’opposition, le Parti démocrate (S&D), et la Première ministre italienne Giorgia Meloni, dirigeante de Fratelli d’Italia (CRE), a été annulé après que d’autres groupes politiques, tant dans l’opposition que dans la coalition, ont émis des craintes concernant l’égalité de traitement des partis de la scène politique italienne. Ils proposent plutôt organiser un débat auquel participeraient tous les leaders des partis.
Le face-à-face entre les deux femmes politiques devait avoir lieu le 23 mai, dans le cadre de la populaire émission politique Porta a Porta sur la première chaîne du radiodiffuseur public italien Radiotelevisione Italiana (Rai).
Toutefois, la chaîne publique a décidé d’annuler le débat suite aux critiques, des analystes et d’autres groupes politiques s’étant interrogés sur l’équité de cette décision vis-à-vis des autres chefs de parti.
Mercredi (15 mai), l’autorité italienne de surveillance des communications (AGCOM) avait fait savoir à la Rai que, pour respecter l’égalité de traitement des partis, elle devait offrir une visibilité similaire aux autres partis ou demander l’accord de la majorité des partis présents au parlement pour la tenue du débat Meloni-Schlein, selon Le Monde.
La Rai a justifié sa décision de ne pas organiser le débat en déclarant que seuls quatre des huit partis avaient accepté son invitation à un débat entre les dirigeants, ce qui est inférieur à la majorité requise par l’AGCOM.
En effet, si Fratelli d’Italia, le Parti démocrate, la Lega (ID) et Italia Viva (Renew) ont accepté l’invitation, le Mouvement cinq étoiles (M5S, NI), Forza Italia (PPE), Azione (Renew) et Alleanza Verdi-Sinistra (AVS, NI) l’ont déclinée.
Bruno Vespa, qui devait animer le débat, a immédiatement réagi en exprimant sa déception face à l’annulation de la confrontation historique entre les deux dirigeantes et s’est demandé s’il s’agissait vraiment d’une victoire pour la démocratie.
Le chef du parti populiste M5S, Giuseppe Conte, avait de son côté affirmé qu’un débat entre les dirigeantes de deux partis seulement aurait mené à « une polarisation du vote » aux dépens de « toutes les autres propositions politiques » et était une tentative de « piéger les électeurs ».
À la suite de l’annonce de la RAI, l’ancien Premier ministre italien a mis Giorgia Meloni au défi de participer à un autre débat télévisé avec lui et tous les autres dirigeants, que La7, un radiodiffuseur indépendant, a proposé de tenir.
Une invitation que Giorgia Meloni a déclinée. Dans un communiqué, le parti de la Première ministre « confirme la disponibilité à une confrontation à travers ses représentants politiques », mais pas Mme Meloni.
Interrogée sur sa participation au débat de La7, Mme Schlein a déclaré : « J’ai toujours dit que je serais disponible pour un débat avec la Première ministre, n’importe où et n’importe quand. Je lui ai laissé le soin de se rendre disponible, et c’est ainsi que les choses se sont passées. Nous poursuivrons notre chemin quoi qu’il arrive ».
Le contexte médiatique italien
L’annulation du débat intervient dans un climat tendu pour la presse italienne, les journalistes de la Rai ayant fait grève il y a seulement une dizaine de jours pour protester contre le manque de personnel, les coupes budgétaires et le refus d’accorder des contrats équitables à ceux qui travaillent sur les programmes d’information de la chaîne, ou encore ce qu’ils qualifient de « contrôle étouffant » du gouvernement.
L’influence du pouvoir politique sur la Rai est un problème de longue date dans le pays, les membres de son conseil d’administration étant nommés par le parlement et le gouvernement, et choisis en fonction de leur appartenance à un parti.
La grève intervenait également quelques jours seulement après que Reporters sans frontières (RSF) a revu à la baisse le classement de l’Italie en matière de liberté de la presse, plaçant le pays dans la catégorie « problématique » aux côtés d’autres membres de l’Union européenne tels que la Pologne et la Hongrie.
La raison principale de cette chute dans le classement est une récente réforme de la Rai imposée par le gouvernement Meloni, qui prévoit notamment que les membres du gouvernement ne seront pas soumis à la limitation du temps de parole lors des débats électoraux, contrairement aux membres d’autres partis politiques.
Dans le cadre de cette réforme, le gouvernement autorisera également la diffusion de messages gouvernementaux sans médiation journalistique sur la chaîne Rai News 24.
L’ensemble de la réforme pose question, alors que les élections européennes de juin approchent et que la campagne électorale commence à s’intensifier en Italie.
Une autre des raisons ayant porté préjudice à Rome dans le classement RSF est le projet de rachat de la deuxième agence de presse italienne, AGI, par Antonio Angelucci, un député d’extrême droite qui contrôle déjà trois quotidiens conservateurs et est membre de la Lega de Matteo Salvini, qui appartient à la coalition tripartite au pouvoir.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]