« J’ai dû fermer ma deuxième boutique » : le Brexit continue de plomber les PME britanniques

« Après le Brexit, j’ai dû fermer ma deuxième boutique pour limiter mes pertes », se désole Diego Alfonso, copropriétaire du glacier artisanal et familial Bertotti, à l’ouest de Londres. « Tout est devenu plus cher et difficile. »

EURACTIV France avec AFP
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Bertotti est loin d’être un cas isolé. Rivet & Hide, un distributeur de vêtements pour homme haut de gamme, a par exemple vu son chiffre d’affaires avec l’UE « chuter de 50 % depuis » l’entrée en vigueur du Brexit. [Shutterstock/JessicaGirvan]

« Après le Brexit, j’ai dû fermer ma deuxième boutique pour limiter mes pertes », se désole Diego Alfonso, copropriétaire du glacier artisanal et familial Bertotti, à l’ouest de Londres. « Tout est devenu plus cher et difficile. »

Comme beaucoup de petites et moyennes entreprises (PME), huit ans après le vote du Brexit, l’entrepreneur de 37 ans et son épouse se débattent encore avec les conséquences de la sortie britannique de l’Union européenne (UE). D’autant qu’entre-temps la pandémie a également frappé.

Bertotti, cofondé en 2012 par M. Alfonso et sa femme Suzana, qui a donné son nom de famille à la petite entreprise, est spécialisé dans les glaces artisanales de tradition italienne.

« Ces fruits viennent d’Europe, et la machine est italienne », désigne avec un sourire désabusé Diego Alfonso, tout en préparant un bac de glace à la fraise dans son ancienne boutique, transformée en atelier et entrepôt.

Outre les fruits et pistaches, certains conservateurs viennent aussi d’Europe. Beaucoup de prix d’achat à l’importation ont bondi de 20 à 30 %, le coût des cônes, également importés d’Europe, a triplé.

Pour absorber ces surcoûts, le couple a augmenté ses prix de détail : la boule de glace est passée de 2,75 à 3,90 livres (de 3,25 à 4,60 euros environ). Mais il y a des limites à ce que les gens sont prêts à payer pour une gourmandise et la PME doit amortir une partie de l’inflation, ce qui mange largement ses bénéfices.

Sans parler des nouveaux contrôles aux frontières qui entraînent des retards de livraison importants et d’autres surcoûts, ou encore les difficultés à embaucher, dans un Royaume-Uni où les jeunes saisonniers européens arrivaient jadis par dizaines de milliers et se font rares depuis qu’il leur faut un permis de travail.

Du coup, Suzana et son époux n’ont plus qu’un employé, contre quatre à cinq avant le Brexit. Ils travaillent désormais six jours par semaine, voire sept pendant l’été, confectionnant les glaces, les servant, assurant la comptabilité, dans une boutique qu’ils ont eux-mêmes entièrement rénovée et décorée.

Tout juste rentables

« Pour le moment nous sommes tout juste rentables. C’est loin de ce que nous gagnions avant » le Brexit et la Covid-19, déplore le glacier. Mais il explore de nouveaux débouchés : la vente aux restaurants, les festivals, etc.

« Ça n’a pas été facile et parfois nous nous sommes demandés si ça valait la peine de continuer », admet ce Colombien d’origine (sa femme est brésilienne), tout en affirmant vouloir continuer parce que « c’est ma passion, c’est mon entreprise, et ma famille ».

Le centre de réflexion The UK in a Changing Europe évalue le coût des nouvelles déclarations en douanes pour les entreprises britanniques à quelque 15 milliards de livres par an — un paradoxe alors que les politiciens avaient promis que le Brexit servirait à réduire « la paperasserie ».

Sans parler des changements à la marge mais qui affectent toute la chaîne d’approvisionnement, comme les réglementations sur les permis de conduire pour les chauffeurs de poids lourds, eux-mêmes en nombres insuffisants sans les milliers d’Européens repartis vivre dans leur pays d’origine après le Brexit.

Bertotti est loin d’être un cas isolé. Rivet & Hide, un distributeur de vêtements pour homme haut de gamme, a par exemple vu son chiffre d’affaires avec l’UE « chuter de 50 % depuis » l’entrée en vigueur du Brexit.

Son propriétaire Danny Hodgson doit dorénavant payer des taxes d’importation sur des produits achetés dans l’UE, notamment en cuir, ou des frais d’exportation. Et lui aussi augmenter ses prix.

Si les milieux d’affaires étaient largement opposés au Brexit, des secteurs qui l’avaient soutenu comme la pêche affirment désormais que la sortie de l’UE n’a pas porté les fruits qu’on leur avait promis.

Le centre de réflexion Institute for Fiscal Studies, l’organisme officiel OBR, et d’autres économistes, estiment le Brexit responsable d’une perte de productivité à long terme de 4 %.

Aucun des deux principaux partis en lice pour le scrutin du 4 juillet n’envisage de réintégrer l’UE, même si les travaillistes, en tête dans les sondages, disent vouloir améliorer la relation commerciale avec l’UE.