Josep Borrell inscrit les relations commerciales UE-Israël en haut de l'agenda diplomatique

Alors que l’UE s’efforce de répondre aux éventuelles violations du droit humanitaire international par Israël et que le conflit au Moyen-Orient s’envenime, la réunion des ministres des Affaires étrangères au mois de novembre pourrait porter sur les relations commerciales avec Tel-Aviv.

EURACTIV.com
European Union Foreign Ministers Council in Brussels
Le ministre des Affaires étrangères d'Israël, Israël Katz (G), s'entretient avec le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell (D), lors d'une réunion du Conseil des affaires étrangères (CAE) au siège de l'UE à Bruxelles, en Belgique, le 22 janvier 2024. [EPA-EFE/John Thys]

Alors que l’Union européenne (UE) s’efforce de répondre aux éventuelles violations du droit humanitaire international par Israël et que le conflit au Moyen-Orient s’envenime, la réunion des ministres des Affaires étrangères au mois de novembre pourrait porter sur les relations commerciales avec Tel-Aviv.

Préoccupées par le respect des droits humains à Gaza, l’Espagne et l’Irlande ont suggéré en début d’année que l’accord de partenariat commercial entre l’UE et Israël soit réexaminé. Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères, a également insisté pour que cette question soit débattue.

« Nous avons suffisamment de preuves que le respect total du droit humanitaire [par Israël] doit être débattu. Il ne s’agit pas seulement de “demander”, mais aussi d’“évaluer si” », a annoncé Josep Borrell, lundi 14 octobre, à Luxembourg.

« Nous n’avons pas besoin d’attendre la décision de la Commission [européenne], car il ne s’agit pas d’une question économique, mais d’une question politique », a-t-il ajouté.

L’UE avait initialement espéré discuter de la détérioration de la situation à Gaza et des actions d’Israël dans le cadre du Conseil d’association de l’accord commercial UE-Israël.

Josep Borrell avait également déclaré précédemment que la Commission pourrait proposer de suspendre l’accord s’il s’avérait que Tel-Aviv n’adhérait plus à ses principes fondamentaux.

Un certain nombre d’États membres et le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères ont fait pression pour qu’Israël soit invité à une session du Conseil, en mettant l’accent sur les éventuelles violations du droit humanitaire international, qui ne sont pas compatibles avec les relations commerciales avec l’UE.

Toutefois, jusqu’à présent, la volonté d’aller en ce sens est restée limitée, car la République tchèque et la Hongrie, fervents défenseurs d’Israël, ont exprimé des réserves.

Au départ, Israël n’était pas disposé à participer à la réunion. Par la suite, Tel-Aviv et le service diplomatique de l’UE (SEAE) ont tergiversé sur l’ordre du jour des potentielles discussions, qui doit être approuvé par les deux parties afin que les pourparlers soient organisés.

La probabilité que Tel-Aviv et Bruxelles organisent une rencontre a encore diminué face à l’intensification des critiques sur les attaques israéliennes à Gaza et au Liban, a reconnu Josep Borrell.

« Si nous devons attendre que le Conseil d’association ait lieu, je crains que cela ne réponde pas aux demandes de l’Espagne, de l’Irlande et d’autres pays », a-t-il poursuivi.

« J’ai donc proposé [aux ministres des Affaires étrangères] que le Conseil [de l’UE] prenne la responsabilité et tente de donner une suite à cette demande, d’évaluer la situation, de discuter et de décider de ce qu’il faut faire », a-t-il indiqué.

Le chef de la diplomatie de l’UE a donc annoncé son intention de mettre la question à l’ordre du jour de la réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 à Bruxelles le mois prochain. Il estime en effet que le statut du droit humanitaire international au Liban et à Gaza est « très préoccupant ».

« D’après nos conseils juridiques, s’il s’agissait d’une question commerciale, elle relèverait de la [Commission européenne] », a expliqué Josep Borrell. « Mais comme il s’agit d’une question liée au respect des obligations en matière de droits humains et d’autres aspects de la partie politique de l’Accord d’association, cela relève du Conseil [de l’UE]. »

La réunion habituelle des ministres des Affaires étrangères de novembre sera probablement la dernière chapeautée par Josep Borrell avant que sa successeure, Kaja Kallas, ne prenne le relais après la confirmation de la nouvelle Commission européenne en décembre.

Selon un diplomate de l’UE, « il est clair que Josep Borrell veut déployer un dernier effort pour inciter les États membres à réagir à la situation, mais cette idée n’est pas entièrement partagée par tous les États membres ».

« Et il est peu probable que nous acceptions soudainement de sanctionner Israël, car nous aurions besoin de l’unanimité pour cela », a-t-il complété.

Au cours des derniers mois, même les déclarations de l’UE condamnant les tensions croissantes au Moyen-Orient ont été laborieuses, puisque leur formulation était âprement débattue par certains partisans d’Israël.

Le dernier exemple en date est la déclaration de l’UE de dimanche 13 octobre sur la condamnation des attaques d’Israël contre les forces de maintien de la paix de l’ONU au Liban, qui a été momentanément menacée en raison de l’opposition tchèque à la signer, selon des diplomates de l’UE.

« Il serait bon d’au moins essayer de trouver un moyen de pression sur Israël, mais cela pourrait créer de nouvelles divisions entre eux plutôt que de déboucher sur une réelle solution », a conclu un diplomate de l’UE.

[Édité par Anna Martino]