Jyrki Katainen mis en difficulté pour ses positions sur l'austérité
Les eurodéputés ont montré du doigt les ambiguïtés de l'ancien premier ministre finlandais. Intransigeant sur les politiques d'austérité et les plans de sauvetage durant la crise financière, Jyrki Katainen propose aujourd'hui un programme européen de relance de la croissance de 300 milliards d'euros.
Les eurodéputés ont montré du doigt les ambiguïtés de l’ancien premier ministre finlandais. Intransigeant sur les politiques d’austérité et les plans de sauvetage durant la crise financière, Jyrki Katainen propose aujourd’hui un programme européen de relance de la croissance de 300 milliards d’euros.
Jyrki Katainen, qui a été ministre des Finances puis Premier ministre de son pays, a été choisi par Jean-Claude Juncker pour occuper la vice-président pour l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité.
Si la nouvelle équipe de Jean-Claude Juncker est approuvée par les eurodéputés, il assurera entre autres la coordination des commissaires chargés des services financiers, des affaires économique et monétaire, de l’industrie et de l’entrepreneuriat.
Les eurodéputés de gauche estiment que son nouvel engouement pour la croissance est peu cohérent avec sa défense de l’austérité et des coupes budgétaires. Ils ont également demandé des clarification sur le programme d’investissement promis par le président de la Commission européenne.
Jyrki Katainen a déclaré ne pas pouvoir apporter beaucoup plus d’informations sur ce sujet étant donné que la nouvelle Commission n’existe pas encore et qu’il n’avait pas eu l’occasion de rencontrer les autres commissaires.
Changement de cap pour le commissaire
Selon Jyrki Katainen, l’attitude de la Finlande lors de la crise reflète les vues du parti social-démocrate, membre de la coalition gouvernementale, ainsi que de l’opinion publique. Le pays avait en effet exigé un plan de sauvetage draconien pour le renflouement de la Grèce, à hauteur de 110 milliards d’euros, ainsi que pour les autres États membres touchés par la crise, comme l’Espagne, le Portugal et l’Irlande.
« Votre attitude moraliste était que les pécheurs doivent racheter leurs péchés, a asséné la socialiste portugaise Elisa Ferreira. La Grèce a dû s’endetter pour satisfaire vos exigences. »
Elle a demandé pourquoi la Finlande, qui imposait l’austérité hier, propose aujourd’hui de relancer l’économie. « D’où vient l’argent ? »
Le commissaire désigné a répondu que les concepts d’austérité et de croissance n’étaient pas antinomiques, et que la confiance constituait une condition à l’investissement et à la croissance.
« Il faut réduire la dette pour générer de la croissance, affirme-t-il. Les gouvernements, qui se battaient pour défendre leur crédibilité et regagner confiance, étaient dans une position très difficile »
À ses yeux, la confiance est rétablie et il faut à présent investir, ajoutant que l’Europe avait besoin à la fois d’une politique financière responsable et de croissance.
En réponse à d’autres questions des eurodéputés grecs et portugais, Jyrki Katainen a souligné qu’il avait d’ailleurs soutenu le sauvetage, à hauteur de cent milliards d’euros, de ces pays, un choix souvent mal vu en Finlande.
« Je me suis toujours assuré, en tant que premier ministre et en tant que ministre des Finances, que mon pays participait à ces plans de sauvetage.
Il est temps de cesser de ressasser le passer et de se tourner vers l’avenir, » a-t-il déclaré.
Nombre d’eurodéputés n’étaient cependant prêts ni à oublier ni à pardonner une politique d’austérité qu’ils considèrent comme « défaillante ».
« Réduire les salaires n’a pas rétabli la compétitivité, commente Eva Kaili, une socialiste grecque.
>> Lire : La gauche de braque contre le nouveau commissaire à l’emploi
Les 300 milliards d’investissement en question
« Nous aurons besoin d’une mobilisation sans précédent des secteurs privé et public, de la Commission, de la Banque européenne d’investissement et des États membres pour mettre en place ce programme d’investissement de 300 milliards d’euros », explique Jyrki Katainen.
Il faut donner un nouvel élan à l’emploi, à la croissance et aux investissements, tout en évitant de créer une nouvelle dette et concevoir dans ce but une méthode innovante en vue de mobiliser l’argent public et privé, » considère-t-il.
Une grande partie des détails de ce projet doivent encore être précisée et le commissaire désigné a indiqué qu’il rencontrerait le commissaire chargé de ce secteur afin de discuter des priorités et des différents plans d’action.
Le Finlandais a ajouté que la teneur de certains des instruments financiers envisagés à ce stade ne pouvait être abordée lors d’une audition publique. Il s’agit en effet de questions sensibles au regard des marchés, s’est-il justifié.
Il a cependant mentionné des partenariats entre les secteurs public et privé, une plus grande capacité de prêt pour la Banque européenne d’investissement et d’autres organismes de prêt de l’UE, ainsi que plus d’investissements de la part des États membres dans les domaines des infrastructures et du marché unique.
Ces mesures, couplées à une gestion intelligente du budget de l’UE – à savoir l’utilisation des ressources publiques pour des projets pourtant méritants, mais qui n’attirent pas d’investissements privés – permettraient à l’Europe d’améliorer sa compétitivité et de réduire son taux élevé de chômage.
Le socialiste allemand, Udo Bullman, assure que le Parlement européen se prononcerait en faveur de ce programme à la condition que Jyrki Katainen s’engage à se présenter de nouveau devant la commission parlementaire avant la fin de l’année. Ce que le Finlandais ne compte pas faire.
Le Belge Philippe Lamberts, coprésident des Verts a concédé que le commissaire désigné n’était pas obligé de présenter un projet fini dès maintenant, mais a critiqué son incapacité à discuter avec précision des sujets abordés.
Le Belge a confié à EURACTIV que la décision définitive de savoir si la confirmation de Jyrki Katainen à son poste serait sujette à un vote, comme ça a été le cas pour Jonathan Hill, n’avait pas encore été prise.
La deuxième audition de Jonathan Hill aura lieu le 8 octobre. Les eurodéputés devraient se prononcer sur le Jyrki Katainen ce soir. Certains commentateurs ont par ailleurs jugé que le Finlandais avait réalisé une très bonne performance.
Jyrki Katainen pourra compter sur le soutien du groupe du Parti populaire européen, premier groupe en termes de sièges, dont il est membre.
>> Lire : Rentrée précoce pour Jyrki Katainen à la Commission