Kosovo : dernière négociation avant l’indépendance ?
Les discussions concernant l’avenir de la province serbe du Kosovo ont repris à l’ONU. Serbes et Kosovars étant toujours incapables de trouver un compromis, ces négociations sont peut-être celles de la dernière chance, avant une déclaration unilatérale d’indépendance par le Kosovo et en toile de fond le spectre de l’éclatement d’une nouvelle guerre dans les Balkans.
Les discussions concernant l’avenir de la province serbe du Kosovo ont repris à l’ONU. Serbes et Kosovars étant toujours incapables de trouver un compromis, ces négociations sont peut-être celles de la dernière chance, avant une déclaration unilatérale d’indépendance par le Kosovo et en toile de fond le spectre de l’éclatement d’une nouvelle guerre dans les Balkans.
Contexte :
La troïka (États-Unis, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, France et Russie) discute à nouveau à l’ONU, depuis jeudi 27 septembre, avec Serbes et Kosovars de l’avenir de la province du Kosovo. C’est une « phase décisive », a reconnu le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.
A l’issue de la première réunion, le chef de la diplomatie britannique David Miliband a, au nom du groupe, appelé les deux parties à négocier de « manière constructive ».
Le travail de la troïka doit normalement se terminer le 10 décembre, date à laquelle le groupe des six rendra un rapport au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.
Enjeux :
Les Serbes prêts à faire des concessions
Bien que sous administration de l’ONU depuis l’intervention de l’OTAN en 1999, le Kosovo fait toujours officiellement parti de la République de Serbie. Très soucieux de conserver son intégrité territoriale, Belgrade a indiqué être prêt à accorder au Kosovo « la plus grande autonomie du monde, avec des éléments de pays souverains ».
Cette province est, aux yeux des Serbes, le berceau de leur civilisation. Même si 90% de la population est aujourd’hui albanophone.
Des Kosovars intransigeants
Ces bonnes intentions semblent toutefois compromises. Le président kosovar, Fatmir Sejdiu, a prévenu, jeudi 27 septembre : « la partie serbe peut présenter des idées, elles seront pour nous inacceptables. Nous serons très clairs et très décidés. Nous n’avons pas d’autre solution que l’indépendance ».
Le Kosovo menace depuis le début de l’été dernier de déclarer son indépendance de façon unilatérale, le 28 novembre prochain, si les négociations n’avancent pas.
Si tel était le cas, le risque de voir la stabilité de la région voler en éclat serait grand. Encore majoritairement peuplé de Serbes, le nord du Kosovo pourrait alors faire sécession pour rejoindre la Serbie. Les 30% de Serbes qui vivent en Bosnie-Herzégovine pourraient, en outre, également demander leur rattachement à Belgrade, même si cette requête leur a déjà été refusée par la communauté internationale en 1995.
Tensions sur le terrain
L’explosion d’une bombe en plein cœur de Pristina, le 24 septembre dernier, a fait trois morts et 11 blessés et ravivé les tensions entre les deux communautés, même si la police privilégie un règlement de compte entre milieux mafieux.
Dans un article daté du 28 septembre, le Courrier des Balkans fait enfin état du rappel par l’armée serbe de nombreux réservistes dans les régions proches de la frontière avec le Kosovo. Des mouvements officiellement justifiés par une réorganisation de l’armée pour se conformer aux structures de l’OTAN.
Craignant une mobilisation en vue d’une guerre prochaine, de nombreux réservistes refusent toutefois de se présenter aux bureaux militaires. Beaucoup de ces hommes sont des vétérans des guerres de Bosnie, de Croatie et du Kosovo.
Positions :
La Russie et la Serbie mettent en garde le Kosovo contre une déclaration d’indépendance unilatérale qui créerait une « jurisprudence » donnant le droit à une minorité de se déclarer indépendante. Selon le président serbe, Boris Tadic, « l’ordre international ne serait plus jamais le même ».
L’Union européenne et les Américains souhaitent quant à eux une indépendance de la province, sous assistance internationale.
Cependant, au sein même de l’UE, les positions divergent. La France et le Royaume-Uni sont réellement favorables à l’indépendance. Mais des pays comme l’Espagne, la Grèce ou Chypre, qui connaissent eux aussi des mouvements séparatistes, y sont opposés, redoutant justement le précédent juridique.
Le 29 septembre, le Premier ministre Serbe, Vojislav Kostunica, a fait savoir son agacement par rapport à l’attitude des États-Unis : « Certains pays, notamment celui qui a le plus d’influence (les États-Unis), déclarent que d’une manière ou d’une autre les pourparlers déboucheront sur l’indépendance du Kosovo : cela remet en question tout le processus de négociations ».
Le Président serbe, Boris Tadic, a fait de même : « Il n’y a pas de doute que la Serbie a la volonté de coopérer avec les États-Unis, mais elle s’attend à ce que Washington change sa position envers la Serbie et le Kosovo ».