L'Allemagne choquée par des meurtres xénophobes
Une série d'actualités révélant les meurtres de neuf immigrés d'origine turque et grecque entre 2000 et 2006 a choqué l'Allemagne et déclenché une vague de ressentiment en Turquie. EURACTIV Turquie a contribué à cet article.
Une série d'actualités révélant les meurtres de neuf immigrés d'origine turque et grecque entre 2000 et 2006 a choqué l'Allemagne et déclenché une vague de ressentiment en Turquie. EURACTIV Turquie a contribué à cet article.
Les meurtres de sang froid de neuf commerçants immigrés par des néo-nazis sont des « crimes inconcevables » et une honte pour l'Allemagne, a déclaré hier (14 novembre) la chancelière allemande, Angela Merkel.
Les corps de deux suspects dans l'affaire des « meurtres kébabs » ont été retrouvés la semaine dernière dans une caravane en flamme en Allemagne de l'Est. Toutes les victimes étaient propriétaires de stands de kébabs.
Uwe Böhnhardt et Uwe Mundlo, soupçonnés d'avoir participé à un braquage de banque avant d'être suspectés pour cette affaire de meurtres, se seraient tués par balle, a déclaré la police.
Les officiers de police ont affirmé que les deux individus avaient demandé à leur complice, Beate Zschäpe, de détruire des preuves potentielles avant de se suicider. Mme Zschäpe s'est rendue à la police le 11 novembre.
La police a trouvé un pistolet identifié comme l'arme du crime, ainsi que des DVD, dont un film de 15 minutes réalisé par un groupe du nom de « Clandestinité nationale-socialiste » (NSU), dans lequel les réalisateurs s'arrêtent sur les lieux des neuf meurtres. Le corps de l'une des victimes apparaît aussi sur les images.
Ces néo-nazis ont également revendiqué une explosion en 2004 à Cologne lors de laquelle 22 personnes, pour la plupart d'origine turque, ont été blessées. La bombe présumée est montrée sur les images avant la détonation.
La musique de ce film, visionné par des journalistes du quotidien Der Spiegel, est celle du dessin animé La Panthère Rose, dans ce qui est qualifié de « mélange effrayant de caractéristiques infantiles et fascistes ».
Lutte contre la terreur véhiculée par l'extrême droite
Suite à plusieurs réclamations exigeant de son gouvernement qu'il tente à nouveau de déclarer illégal le parti NPD d'extrême droite afin de l'empêcher de recevoir des fonds de la poche des contribuables allemands pour ses campagnes électorales, Mme Merkel a promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour lutter contre la terreur véhiculée par l'extrême droite.
« Nous sommes face à une situation inconcevable, nous suspectons des extrémistes de droite d'être responsables de ces horribles actes de violence et de la terreur véhiculée. C'est une honte et une humiliation pour l'Allemagne ; nous ferons tout ce que nous pourrons pour élucider cette affaire. Nous le devons aux victimes », a affirmé Mme Merkel, citée par Reuters.
Le NPD détient des sièges dans deux assemblées régionales. Il a reçu 1,06 million d'euros de financements de la part des contribuables en 2010. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe avait rejeté une précédente demande du gouvernement d'interdire ce parti, car les preuves utilisées avaient été fournies par des informateurs rémunérés et donc considérées comme non valables.
La situation pourrait devenir encore plus embarrassante si les liens supposés entre la NSU et le BfV, le service allemand de renseignements, étaient confirmés. Le quotidien allemand Bild a affirmé que les passeports retrouvés dans la maison en cendres étaient du type de ceux émis pour les membres du BfV.
Le Bild a également cité un ancien agent du BfV affirmant : « ce genre de cellule n'aurait pas pu rester secrète. Les agences de renseignement devaient connaître son existence depuis longtemps. »
Les Allemands ont été choqués que l'éventualité d'un lien entre cette affaire et une cellule néo-nazie n'ait pas été envisagée lors de l'enquête, a rapporté EURACTIV Allemagne. Nombreux sont ceux qui accusent la police, et surtout le BfV, de ne pas être parvenus à résoudre l'enquête. Les responsables politiques ont promis de faire toute la lumière sur les erreurs commises par les services de renseignements.
Indignation de la Turquie
Ahmet Külahç? a écrit dans l'édition allemande du quotidien turc Hurriyet qu'il ne serait pas surprenant que ce groupe extrémiste et le BfV aient été en relation. M. Külahç? a également écrit que la vraie raison pour laquelle la Cour constitutionnelle fédérale avait refusé d'interdire le NPD était que les services de renseignements y avaient infiltré des espions.
Le gouvernement turc exige qu'une enquête soit menée.
« Il est clair que notre pays et nos citoyens vivant en Allemagne avaient raison de parler d'actes et de tendances extrémistes, racistes et xénophobes », a déclaré le ministère turc des affaires étrangères dans un communiqué écrit, ajoutant qu'il espérait que les autorités allemandes prendraient des mesures pour contrer ces tendances.
Le Hurriyet a également cité le coprésident du parti vert allemand, Cem Özdemir : « J'ai été choqué d'apprendre qu'un groupe d'extrême droite était derrière l’affaire des « meurtres kébabs ». Si ces meurtres ont été perpétrés par une cellule terroriste de droite à Thüringen, nous sommes à un tout autre niveau de terrorisme qui menace sérieusement l'Allemagne. »
Le Hurriyet a ensuite cité le directeur de la Communauté turque d'Allemagne, Kenan Kolat : « Ils sont mieux organisés à présent et la menace terroriste est sérieuse. Le racisme prend de l'ampleur et si des mesures ne sont pas prises, les conséquences seront graves. Le danger est devant nous. »
Les Turcs veulent que la relation entre ces meurtres et l'« Etat profond » d'Allemagne soit révélée, a écrit Kerem Çal??kan, le rédacteur en chef d'EURACTIV Turquie, dans un commentaire.