L’Allemagne doit accepter les eurobonds, selon l’économiste en chef du FMI

Olivier Blanchard ne voit plus de raisons pour justifier le refus de l’Allemagne d’accepter l’émission d’obligations d’État communes en Europe. Les responsables politiques allemands restent divisés.

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Olivier Blanchard ne voit plus de raisons pour justifier le refus de l’Allemagne d’accepter l’émission d’obligations d’État communes en Europe. Les responsables politiques allemands restent divisés.

L’Allemagne doit soutenir l’introduction des « eurobonds ». L’appel vient de l’économiste en chef du FMI Oliver Blanchard.

« Tant que nous ne n’avions pas eu de pacte budgétaire et d’autres instruments pour garantir la discipline budgétaire, les Allemands avaient des bonnes raisons de ne pas vouloir être responsables des décisions budgétaires irresponsables des autres États », a-t-il expliqué au quotidien Financial Times Deutschland lundi 23 avril. Après l’adoption du pacte budgétaire, les Allemands devraient maintenant accepter que la zone euro s’oriente vers la création des eurobonds.

« Je ne propose pas de créer un marché d’emprunts d’État d’un jour à l’autre », a expliqué M. Blanchard. Mais il a y des propositions, qui seraient « plus restreintes, qui n’incitent pas les États à se comporter de manière irresponsable. Si nous allons vers plus de discipline commune, nous pouvons aussi aller vers plus de responsabilité commune. »

Olivier Blanchard propose de commencer par les emprunts d’État avec une maturité de moins d’un an. Les avantages par rapport aux « eurobonds » sont évidents, estime-t-il. « Ils évitent que nous ne nous trouvions dans la même situation qu’en automne dernier. Un pays a un problème, les investisseurs demandent des primes de risque plus élevées et le pays entre dans un cercle vicieux car il n’est plus capable de les payer. »

Critiques 

Le président du groupe CSU (conservateurs bavarois membre de la coalition au pouvoir) au Parlement européen Markus Ferber a réagi vivement à la proposition de M. Blanchard. « Chaque pays doit endosser ses dettes tout seul ». Il est exclu que des pays forts de la zone euro comme l’Allemagne paient pour les pays qui ont creusé leurs dettes, estime-t-il. 

Les eurobonds rendraient la lutte contre l’endettement excessif de certains pays de la zone euro encore plus difficile, estime l’expert en finances publiques de la CSU. Selon lui, les eurobonds encouragent les États déficitaires à mener une « politique budgétaire laxiste ». 

>>> Sur le sujet des eurobonds, lire l’interview d’EURACTIV.fr avec l’économiste allemand Hans-Werner Sinn

M. Ferber ajoute que les eurobonds signeraient la fin de la clause de non-renflouement. « Ceux qui demandent à l’Allemagne d’accepter enfin des obligations d’État communs, doivent être conscients que notre pays devrait ainsi quitter la zone euro selon une décision de la Cour constitutionnelle. Les adeptes des eurobonds n’en sont apparemment pas conscients. »

En théorie, les obligations d’État communes fonctionnent seulement si la politique budgétaire et fiscale est menée au niveau européen. « Mais cela ne se fera pas avec l’Allemagne, et pas avec la CSU. »

Conséquence logique

Toutefois, l’imagination de certains homologues du député allemand au sein de son propre groupe va plus loin. Pour eux, les eurobonds seront introduits. Seul le moment approprié fait encore débat. « Je n’ai rien du tout contre les eurobonds », a déclaré Andreas Schockenhoff, vice président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag lundi 23 avril à Berlin.

Pour lui, les eurobonds ne sont pas un substitut, mais la « conséquence logique » d’une politique axée sur la stabilité financière. 

L’opposition allemande est également plus modérée sur la mutualisation d’une partie de la dette des États européens. Les sociaux-démocrates se sont prononcés en faveur d’un concept développé par les « Sages de l’économie », un comité de cinq économistes qui conseille le gouvernement.

Il prévoit l’instauration d’un fonds de rédemption pour la partie de la dette au-delà des 60% du PIB autorisée selon les critères de Maastricht. Les verts allemands sont tout simplement pour l’introduction des eurobonds.