L'efficacité de l'aide de l'Europe au Congo remise en cause

Entre 2003 et 2011, l’UE a alloué 1,9 milliard d’euros à la République démocratique du Congo (RDC). La Cour des comptes européenne juge le résultat modeste.

EURACTIV.com
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Entre 2003 et 2011, l’UE a alloué 1,9 milliard d’euros à la République démocratique du Congo (RDC). La Cour des comptes européenne juge le résultat modeste.

Les auditeurs de la Cour des comptes européenne mettent en cause, dans un rapport, la planification, l'évaluation des risques, les objectifs trop ambitieux ainsi que le manque de coordination et de conditionnalité de l'aide que l'Europe a attribuée au Congo.

Plus de cinq millions de personnes auraient perdu la vie dans le conflit, qualifié par certains de génocide, qui dévaste la RDC depuis 1994. La république est l'un des pays les plus pauvres au monde et figure en dernière position dans le classement du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Quelque 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Une proportion équivalente est sous-alimentée. L'espérance de vie moyenne est de 48 ans.

Selon certains, l'implication de l'Europe dans l'industrie minière (les diamants, l'or, le cuivre, le cobalt et le zinc) a attisé le conflit au Congo. La Cour des comptes estime par ailleurs que l'aide de l'UE a très peu endigué la misère humaine entraînée par le conflit.

« Les progrès sont lents, variables et globalement limités. Moins de la moitié des programmes ont produit ou sont susceptibles de produire les résultats escomptés », peut-on lire dans le rapport.

Le soutien de l'UE à la RDC se concentre actuellement sur la paix, la sécurité, le soutien à la police (surtout dans la région orientale du pays), la bonne gouvernance, la réforme du secteur public, la santé, la protection de l'environnement et la stabilisation politique.  

Mais la « durabilité est une perspective irréaliste dans la plupart des cas », selon le rapport.

Les auteurs présentent une litanie de raisons à l'origine des échecs, dont l'absence de volonté politique, la dynamique des programmes dictée par les bailleurs de fonds et le manque de capacité d'absorption.

Les infrastructures routières et ferroviaires sont quasi inexistantes dans le pays et les systèmes de santé et d'éducation sont en ruines. 

Partir de zéro

Andris Piebalgs, le commissaire européen au développement, accueille favorablement le rapport de la Cour, mais fait remarquer qu'« il est trop tôt pour tirer des conclusions » des programmes de l'UE en cours, car ils pourraient en être à leurs prémices ou « partir de zéro ».

L'UE a par exemple participé au premier recensement national de la police congolaise et a mis sur pied une base de données qui fournit des informations sur le nombre de policiers recrutés, leur grade et leurs activités.

« La Cour reconnaît les “sérieux obstacles” auxquels nous sommes confrontés dans l'amélioration de la gouvernance du pays. Ces défis doivent être pris en considération lors de l’examen de nos progrès », souligne M. Piebalgs.

La Cour remet non seulement en cause les résultats de l'Europe, mais aussi la façon dont Bruxelles a fait face à ces obstacles. 

« La Commission n'a pas suffisamment tenu compte de cette situation lors de la conception des programmes de l’UE », indiquent les auteurs. « Les risques n'ont pas été suffisamment pris en considération, les objectifs des programmes sont souvent trop ambitieux, la conditionnalité a un faible effet d'incitation et le dialogue politique n'a pas été pleinement exploité ni coordonné de manière adéquate avec les États membres de l'UE. »

Mieux vaut essayer et échouer…

L'UE estime que ses efforts devraient être jugés sur le long terme. Et qu'il vaut mieux manquer des objectifs trop ambitieux, dans le domaine de la justice, de la démocratie et de la bonne gouvernance, que de n'avoir aucun objectif du tout.

« Nous ne pouvons pas viser des élections "partiellement" démocratiques par exemple », estime M. Piebalgs. Il ajoute que les risques associés à des initiatives dans des pays comme la RDC augmenteraient si l'UE mettait fin à son intervention.

Si l'Union continue à soutenir financièrement la RDC, « elle doit améliorer notablement l'efficacité de son aide », peut-on lire dans le rapport de la Cour. La Commission doit être « plus réaliste » concernant ce qui peut être obtenu et la conception des programmes de l'UE, et plus exigeante envers les autorités congolaises lors du contrôle du respect de la conditionnalité et des engagements pris.

La Cour recommande à l'UE d'améliorer sa stratégie de coopération avec la RDC, de mieux évaluer les risques susceptibles de compromettre le bon déroulement des programmes, de fixer des objectifs qui soient réalisables et de renforcer le recours à la conditionnalité et au dialogue politique.

Sophia Pickles, porte-parole de l'ONG Global Witness, demande à Bruxelles de prendre des mesures qui empêcheront les entreprises européennes de commercialiser des minéraux fournis par des seigneurs de guerre congolais.

Elle déclare : « Afin de s'assurer que les entreprises européennes ne financent pas par inadvertance le conflit au Congo, alors que l'argent des contribuables européens est utilisé pour essayer de l'éviter, la Commission européenne doit introduire une législation qui contraint les entreprises, en Europe, à vérifier leur chaîne d'approvisionnement et les conséquences des ressources naturelles qu'elles achètent. »