L’équipe Barroso II investie mais critiquée

Le Parlement européen a approuvé à une large majorité la nouvelle Commission européenne dont le mandat s’achèvera en octobre 2014.

EURACTIV.fr
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Le Parlement européen a approuvé à une large majorité la nouvelle Commission européenne dont le mandat s’achèvera en octobre 2014.

Top départ pour la Commission Barroso II. Malgré les critiques des groupes parlementaires (lire la partie positions), le nouvel exécutif européen a finalement été investi par les eurodéputés à une large majorité, mardi 9 février, avec 488 voix pour, 137 contre et 72 abstentions. Le mandat officiel de la nouvelle Commission a débuté le même jour à minuit.

Globalement, le PPE, le S&D (à l’exception des socialistes français), et l’ADLE (à l’exception du MoDem) ont voté pour, les Verts et la GUE contre.

Avant le vote, le président de la Commission européenne a réitéré les grandes lignes de son programme pour les cinq années à venir.

« Les grandes priorités sont claires  : sortir de la crise de manière positive ; être un leader en matière de changement climatique et d’efficacité énergétique ; renforcer les nouvelles sources de croissance et de cohésion sociale et rénover notre économie sociale de marché », a déclaré José Manuel Barroso. 

Pour son second mandat, le président de la Commission veut placer le retour de la croissance économique au cœur de son action. La nouvelle stratégie de l’UE, qui viendra remplacer la stratégie de Lisbonne très critiquée, s’intitule UE 2020. Ses grands principes devront être approuvés par les États membres au Conseil européen de juin 2010.

Mais M. Barroso a indiqué qu’il en présenterait d’ores et déjà les grandes lignes aux chefs d’État et de gouvernement lors du Conseil européen extraordinaire le 11 février.

Au Parlement européen certains estiment que les attributions de portefeuille faites par le Portugais vont mener à un chevauchement sans précédent des responsabilités, et constitueront un risque pour les années à venir.

L’un des trois portefeuilles les plus importants sera entre les mains du Français Michel Barnier, commissaire au Marché intérieur et aux services financiers. Les Affaires économiques et monétaires, sous la responsabilité du Finlandais Olli Rehn, tout comme le portefeuille de la Concurrence, détenu par Joaquin Almunia seront cruciaux dans les cinq années à venir.

Outre l’investiture de la Commission, les parlementaires ont approuvé l’accord-cadre qui pose les bases de la coopération entre l’assemblée européenne et la Commission. Le texte précise les relations entre les deux institutions, et notamment les responsabilités politiques, et la circulation des informations et de la coordination législative.

A l’avenir, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, pourra assister à la réunion hebdomadaire de la Commission et le président Barroso sera présent à la conférence des présidents des groupes politiques du Parlement, tous les quinze jours.

Ces situations interviendront lorsque des sujets d’intérêts mutuels seront en jeux, notamment en ce qui concerne les affaires budgétaires. « C’est une modification potentiellement sismique et certaines rumeurs disent que des fonctionnaires seniors à la Commission européenne estiment que la situation ne sera plus jamais la même et que cet accord représente un gain de pouvoir réel pour le Parlement », ont indiqué des sources à EURACTIV.com.

Une nouvelle heure de questions avec les commissaires, y compris le ministre pour les Affaires étrangères de l’UE, Catherine Ashton, sera introduite pendant les sessions plénières du Parlement. De plus, si les députés demandent au président de la Commission de retirer la confiance à un membre individuel du collège, José Manuel Barroso devra envisager la démission du commissaire ou expliquera son refus de s’en séparer devant le Parlement lors de la session suivante.

POSITIONS  :

La responsabilisation envers le Parlement est « d’une importance cruciale pour la légitimité démocratique de la Commission », a souligné le président de la Commission, José Manuel Barroso. La période actuelle exceptionnelle, avec la crise économique, le changement climatique et les questions de sécurité énergétique, implique désormais « un temps de l’audace ». Nous avons besoin « d’institutions européennes fortes » pour s’attaquer à ces défis, a-t-il insisté. « La Commission et le Parlement doivent agir ensemble pour s’assurer que l’UE représente davantage que la somme de ses parties ».

Le président du groupe PPE, Joseph Daul (PPE, FR) a souligné la nécessité de transmettre aux citoyens un « message clair » sur la façon dont l’UE va parvenir à réaliser ses objectifs. L’UE doit « incarner une présence et une ambition conformes à ce qu’est l’Union : premier PIB de la planète, premier marché du monde, plus grand contributeur à l’aide internationale ». Or, « d’Haïti à l’Iran, de l’Afghanistan au Yémen, de Cuba aux relations transatlantiques, (…) la voix européenne n’a pas été, à ce stade, à la hauteur de nos espérances », a-t-il estimé, appelant à un « programme ambitieux » pour y remédier.

Le président du groupe S&D, Martin Schulz (S&D, DE) a critiqué le « vœu de silence » des commissaires désignés lors des auditions imposées par le président Barroso, en vue d’éviter des déclarations erronées. Ceux qui se sont engagés dans un véritable dialogue avec le Parlement européen, comme Michel Barnier, Joaquin Almunia ou Kristalina Georgieva, ont vu leur réputation renforcée. La Commission a besoin de travailler en tant que collège et ne doit pas être gérée comme un système « présidentiel », a-t-il ajouté.

Le président du groupe ADLE, Guy Verhofstadt (ADLE, BE) a déclaré que son groupe était « un groupe responsable » et voterait en faveur de la nouvelle Commission, même si le soutien du groupe serait « conditionnel ». Il s’attend à ce que la nouvelle Commission devienne une force motrice pour l’Europe, ce qui n’a pas été le cas lors des cinq dernières années ». « N’écoutez pas autant les États membres », a-t-il conclu.

Dans une intervention forte et remarquée, le co-président du groupe des Verts/ALE, Daniel Cohn-Bendit, a estimé qu’il était en présence d’ »une coalition d’hypocrites », de nombreux députés s’apprêtant à voter pour une Commission qu’ils ne soutiennent pas vraiment. La plupart des commissaires désignés n’ont pas fait preuve, selon lui, de vision et de suffisamment d’ambition lors des auditions. Daniel Cohn-Bendit a déclaré que son groupe ne voterait pas en faveur de la Commission, mais a ajouté : « Ne dites pas que ceux qui ne votent pas pour sont contre l’Europe ». Il a promis à la Commission le soutien de son groupe si diverses actions valables étaient entreprises dans des domaines comme le changement climatique ou  la régulation des marchés financiers.

Côté français, le Parti socialiste avait déjà déploré la faiblesse des ambitions lors des auditions des futurs commissaires. Il constate aujourd’hui que l’objectif d’une Commission forte n’a pas été partagé par les autres acteurs européens», a indiqué le secrétaire national à l’Europe et à l’international, Jean-Christophe Cambadélis, dans un communiqué. Les socialistes français, membre de la S&D, ont voté contre la Commission Barroso II.

« Le doute s’est instillé dès décembre lors de la Conférence sur le changement climatique à Copenhague où l’Europe s’est montrée incapable de parler d’une seule voix, celle de la Commission et de son Président, alors même que l’Union européenne avait une position commune parfaitement définie, validée depuis de longs mois par le Conseil et le Parlement. (…). Enfin le doute n’est plus permis en ce mois de février au moment où  un membre de la zone euro, la Grèce, est attaqué par des spéculateurs, sans que la Commission ne soit capable de présenter le moindre plan de sauvetage crédible », a indiqué le Modem dans un communiqué. Les députés Modem, membres de l’ADLE, ont voté contre la Commission Barroso II.

« La reconduction de José Manuel Barroso, après un premier mandat unanimement considéré comme médiocre, reflète la préférence des gouvernements pour une Commission faible. Cette impression est confirmée par l’étude du parcours des nouveaux commissaires : on trouve parmi eux peu de grandes figures reconnues et davantage de  profils à dominante technocratique que dans la Commission « Barroso I ». Le rôle des affiliations politiques dans les nominations est certes beaucoup plus affirmé qu’il y a encore quelques années. Mais tandis que la première Commission Barroso comptait 80% d’élus issus du suffrage universel, le collège « Barroso II » n’en compte plus que deux tiers », estime la Fondation Terra Nova dans une note intitulée « Barroso II, une Commission trop faible pour une Europe fragile ».