L’Espagne à deux doigts du renflouement
L’économie espagnole s’est enfoncée un peu plus dans la récession au second trimestre, a rapporté sa banque centrale. Effrayés par une crise de financement dans les régions espagnoles, les investisseurs poussent le pays vers le renflouement. Moody’s a par ailleurs dégradé les perspectives de l’Allemagne, en raison des inquiétudes sur la durée de la crise dans la zone euro.
L’économie espagnole s’est enfoncée un peu plus dans la récession au second trimestre, a rapporté sa banque centrale. Effrayés par une crise de financement dans les régions espagnoles, les investisseurs poussent le pays vers le renflouement. Moody’s a par ailleurs dégradé les perspectives de l’Allemagne, en raison des inquiétudes sur la durée de la crise dans la zone euro.
L'économie s'est contractée de 0,4 % entre avril et juin, après avoir enregistré une contraction de 0,3 % au premier trimestre, a annoncé la Banque d'Espagne dans son rapport mensuel lundi (23 juillet).
Le ministre de l'économie, Luis de Guindos, a exclu l'idée d'un programme de renflouement généralisé en plus des 100 milliards d'euros déjà alloués au sauvetage des banques du pays, mais les rendements obligataires espagnols restent à des niveaux dangereux.
Contrairement à M. de Guindos, qui a déclaré aux législateurs que l'Espagne ne pouvait pas faire grand-chose d'autre pour apaiser les tensions après avoir lancé un programme d'austérité de 65 milliards d'euros la semaine dernière, le gouverneur adjoint de la banque centrale a jugé que de nouvelles mesures étaient nécessaires.
La tension des marchés « reflète les problèmes en Espagne comme dans la zone euro », a déclaré Fernando Restoy à l'issue d'une conférence à Madrid.
« Nous devons continuer dans la même direction. Nous avons besoin de nouvelles coupes budgétaires, de plus de réformes pour restaurer la confiance des marchés et de mécanismes qui renforceront l'union monétaire. »
Plusieurs médias avaient auparavant laissé entendre qu'une demi-douzaine de régions s'apprêtaient à emboîter le pas à la Communauté de Valence et à demander une aide financière à Madrid.
En raison de coûts de refinancement extrêmement élevés, les 17 régions ont quasiment perdu tout accès aux marchés de la dette internationaux, ce qui a forcé les plus touchées d'entre elles à demander un prêt au gouvernement central pour honorer leurs échéances.
Le rendement de l'obligation d'Etat espagnole à 10 ans a atteint 7,5 % lundi, bien au-dessus du seuil des 7 % au-delà duquel l'envolée des coûts de financement avait conduit d'autres pays de la zone euro à demander un renflouement.
Alors que les gros joueurs de la zone euro se rendent de plus en plus compte de la nécessité de protéger l'Espagne, le ministre de l'économie, M. de Guindos, devrait se rendre à Berlin aujourd'hui pour rencontrer son homologue allemand, Wolfgang Schäuble.
« Nous pensons que les réformes déjà entamées en Espagne contribueront à apaiser les marchés », a déclaré à Berlin la porte-parole de M. Schäuble, Marianne Kothe, ajoutant que les problèmes de financement des régions n'avaient rien à voir avec l'accord de sauvetage des banques du pays.
L'Allemagne n'est pas au courant de projets concernant un renflouement à plus grande échelle, a-t-elle affirmé.
Perspective négative
Le plus grand contributeur de l'UE est toutefois confronté à ses propres problèmes. Lundi, Moody's Investors Service a revu à la baisse sa perspective pour l'Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg de stable à négative, évoquant les retombées éventuelles de la crise de la dette sur les pays les mieux notés de la zone.
Moody's a cité la probabilité croissante que la Grèce quitte la zone euro, ce qui « déclencherait une série de chocs dans le secteur financier […] que les responsables politiques ne pourront amortir qu’à un coût très élevé ».
L'agence a également prévenu que l'Allemagne et d'autres pays notés Aaa pourraient devoir soutenir davantage les Etats en difficulté comme l'Espagne et l'Italie qui peinent à financer leurs déficits.
Le fardeau de ce soutien retomberait surtout sur les pays les mieux notés de la zone euro, a-t-elle expliqué.
Elle a confirmé la notation Aaa et la perspective stable de la Finlande, mais elle a déclaré que les quatre pays étaient affectés par l'incertitude quant à l'issue de la crise de la dette.
Moody's a annoncé qu'elle évaluerait par ailleurs l'impact de la situation sur l'Autriche et la France (notées Aaa). Les perspectives de ces pays ont été revues à la baisse et sont passées dans la catégorie négative en février dernier. Moody's envisage à présent d'évaluer d'ici la fin du troisième trimestre si ces perspectives sont toujours appropriées ou si une révision plus approfondie des notes sera nécessaire.
L'agence concurrente Standard & Poor's a conservé la perspective stable de l'Allemagne, mais également la perspective négative du Luxembourg, des Pays-Bas et de la Finlande. Tous ces pays sont notés AAA.
Fitch Ratings leur attribue une note AAA et des perspectives stables.
Standard & Poor's note la France AA-plus avec une perspective négative ; Fitch note la France AAA avec une perspective négative également.
Standard & Poor's note l'Autriche AA-plus avec une perspective négative ; Fitch note l'Autriche AAA avec une perspective stable.