L’Espagne dégradée par Fitch aurait besoin d'un sauvetage d’au moins 40 milliards d’euros
Sans attendre le sauvetage probable de l’Espagne par l’UE, l’agence de notation Fitch a dégradé la note souveraine du pays de A à BBB avec une perspective négative. Selon l’agence, Madrid est particulièrement vulnérable face à l’aggravation de la crise dans la zone euro.
Sans attendre le sauvetage probable de l’Espagne par l’UE, l’agence de notation Fitch a dégradé la note souveraine du pays de A à BBB avec une perspective négative. Selon l’agence, Madrid est particulièrement vulnérable face à l’aggravation de la crise dans la zone euro.
Le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a déclaré qu'il attendrait les résultats d'audits indépendants de son système bancaire avant de discuter avec l'Europe sur la manière de recapitaliser ses banques en difficulté.
Le ministre des finances, Luis de Guindos, a affirmé mercredi (6 juin) que l'Espagne prendrait une décision sous 15 jours, avant le début du sommet européen prévu le 28 juin, lors duquel les dirigeants devraient approuver une feuille de route pour une intégration économique renforcée.
Un rapport du Fonds monétaire international attendu lundi prochain devrait révéler que les banques espagnoles auront besoin d'au moins 40 milliards d'euros, selon des sources du monde des finances.
Fitch a estimé que les prêteurs espagnols auraient besoin de 50 à 60 milliards d'euros de capitaux selon le scénario de base actualisé. Les banques pourraient cependant avoir besoin d'une somme bien plus importante, jusqu'à 100 milliards d'euros ou 9 % du PIB, si un scénario plus extrême similaire à l'effondrement des banques irlandaises venait à se réaliser.
L'Allemagne est prête
A l'issue d'une réunion à Berlin avec le premier ministre britannique, David Cameron, qui a appelé à agir rapidement pour enrayer la crise de la dette, la chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré que l'Allemagne serait prête à faire ce qui s'avérerait nécessaire, tout comme les 16 autres membres de la zone euro.
« Il est important de rappeler que nous avons mis en place des instruments pour soutenir la zone euro et que l'Allemagne est prête à utiliser ces instruments si nécessaire », a-t-elle affirmé en référence au fonds de sauvetage temporaire de la zone euro, le FESF, et à son successeur permanent, le MES.
Si l'Espagne décide de demander de l'aide pour recapitaliser ses banques accablées par des créances immobilières pourries et d'autres crédits de mauvaise qualité, elle se tournera sans doute vers le FESF de 440 milliards d'euros ou le MES de 500 milliards d’euros qui devrait être opérationnel à partir de juillet.
Approche minimaliste
Un haut fonctionnaire européen a indiqué que l'Espagne pourrait adopter une approche minimaliste pour la recapitalisation de quatre ou cinq institutions en difficulté (30-40 milliards d'euros) ou au contraire choisir l'option « maximaliste » en requérant jusqu'à 100 milliards d'euros.
« Les décideurs politiques optent généralement pour le moins de contraintes possible, donc dans le cas de l'Espagne, l'approche minimaliste sera sans doute choisie », a-t-il précisé.
Jusqu'à présent, l'Espagne n'a pas encore demandé l'aide de l'UE et les fonctionnaires affirment que le pays est bien décidé à ne pas subir les conditions humiliantes et les inspections intrusives de l'UE et du FMI auxquelles ont dû se plier la Grèce, l'Irlande et le Portugal.
Bien qu'un prêt de sauvetage pourrait être présenté pour des raisons politiques comme un prêt au fonds de sauvetage espagnol, FROB, sur le plan juridique, les organes européens ne peuvent prêter qu'aux Etats, martèlent les fonctionnaires européens. Cette situation soulève la question des conditions politiques et des contrôles qui seraient assortis à cette aide.
Conformément aux règles du FESF, utilisé pour renflouer l'Irlande et le Portugal, des pays peuvent recevoir de l'aide pour leurs banques sans devoir se soumettre aux mêmes conditions strictes que dans le cadre d'un programme de renflouement.
Emission d'obligations
Malgré la pression occasionnée par la dégradation de sa note, l'Espagne a prouvé qu'elle pouvait toujours accéder aux marchés du crédit en levant tous les fonds dont elle avait besoin, à un coût plus élevé cependant. Madrid a émis 2,1 milliards d'euros d'obligations, avec un taux d'un peu plus de 6 % sur les titres à 10 ans, contre 5,74 % le mois dernier, le taux le plus élevé enregistré depuis 1998.
Cette émission a permis, du moins pour l'instant, d'apaiser les craintes du ministre du trésor, Cristobal Montoro, qui avait annoncé mardi que l'Espagne n'avait plus accès aux marchés du crédit.
En plein coeur du cyclone, l'Espagne a nommé un nouveau gouverneur pour sa banque centrale, Luis Maria Linde, dans le but de restaurer la crédibilité de la Banque d'Espagne critiquée pour sa gestion de la crise bancaire. Il a été préféré au membre sortant du directoire de la Banque centrale européenne, Jose Manuel Gonzalez-Paramo.