L'Espagne rejoint le « groupe de la dette »

Madrid a obtenu l'assurance de recevoir 100 milliards d'euros d'aide dans le but d'éviter des retraits massifs dans ses banques dans le cas où la crise de la dette reprendrait le dessus. Des Espagnols furieux ont toutefois accusé le premier ministre, Mariano Rajoy, de faire preuve d'un triomphalisme inopportun et de s'être rendu en Pologne pour regarder son pays jouer au football dans le cadre de l'Euro 2012.

EURACTIV.com / Reuters
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Madrid a obtenu l'assurance de recevoir 100 milliards d'euros d'aide dans le but d'éviter des retraits massifs dans ses banques dans le cas où la crise de la dette reprendrait le dessus. Des Espagnols furieux ont toutefois accusé le premier ministre, Mariano Rajoy, de faire preuve d'un triomphalisme inopportun et de s'être rendu en Pologne pour regarder son pays jouer au football dans le cadre de l'Euro 2012.

 

Après avoir martelé pendant des semaines que l'Espagne n'avait pas besoin d'aide pour recapitaliser ses banques suite à l'éclatement d'une bulle immobilière, M. Rajoy a dû faire appel à la zone euro et demander son assistance pour éviter la catastrophe, ont déclaré des fonctionnaires européens impliqués dans les négociations.

 

Les 17 pays de la zone euro ont décidé samedi de prêter à Madrid jusqu'à 100 milliards d'euros pour son fonds de sauvetage des banques, plus que nécessaire selon un récent audit. Leur objectif est donc de rassurer les investisseurs et de mettre en place un nouveau pare-feu contre la crise.

 

M. Rajoy a affirmé que les réformes qu'il avait mises en oeuvre avaient permis à l'Espagne d'éviter un sauvetage total pour sa dette publique. Cependant, les Espagnols, confus et anxieux, en veulent à leur premier ministre pour être apparu triomphant suite à l'accord de cette aide européenne.

 

Dans de nombreux blogs et forums, ils ont accusé M. Rajoy de lâcheté et ont fait part de leur étonnement quant à son départ pour la Pologne où s'est déroulé un match de football entre son pays et l'Italie dans le cadre de l'Euro 2012. Ce match du groupe C, renommé « groupe de la dette » par la presse anglo-saxonne, s'est terminé par un match nul hier (10 juin). Ce groupe comprend également la Croatie et l'Irlande. La Croatie est en tête après avoir battu l'Irlande 3-1.

 

M. Rajoy a évité d'utiliser le mot « sauvetage » pour décrire l'aide approuvée par les ministres des finances de la zone euro, car cela impliquerait le genre de conditions humiliantes et une surveillance stricte de la part des fonctionnaires européens, comme ce fut le cas pour la Grèce, l'Irlande et le Portugal. La presse ne s'est toutefois pas gênée pour utiliser le mot qui fait peur.

 

Pessimisme

 

Les conditions difficiles imposées par la zone euro depuis les renflouements de la Grèce, de l'Irlande et du Portugal pourraient bien ne pas être respectées, dans la mesure où des électeurs grecs furieux se rendront à nouveau aux urnes le 17 juin prochain. Le résultat de ce scrutin pourrait bien raviver les craintes des marchés, ce qui aurait de lourdes conséquences pour l'Espagne et l'Italie.

 

L'économiste en chef d'Unicredit, Erik Nielsen, a affirmé qu'une fois les banques recapitalisées, les trois grands problèmes du pays auraient été réglés : les banques, les régions et les faiblesses structurelles.

 

« Le poids de la recapitalisation des banques insolvables ou des acquisitions déficitaires des banques solvables retombera sur les citoyens espagnols », a déclaré Karl Whelan, économiste au University College de Dublin. « C'est pourquoi l'annonce de ce week-end pourrait bien résulter en une expulsion de l'Espagne du marché des obligations souveraines. »

 

L'Espagne, la quatrième économie de la zone euro, est frappée par la récession, le chômage et devra refinancer sa dette nationale et régionale cette année, bien qu'elle se soit déjà occupée de 58 % de ses emprunts pour 2012.

 

Le gouvernement devra encore refinancer 82,5 milliards d'euros de dette arrivant à échéance d'ici la fin de l'année, dont une bonne partie en octobre. Les régions espagnoles trop dépensières devront quant à elle rembourser 15,7 milliards d'euros supplémentaires pour des titres qui arriveront à échéance au second semestre de 2012.

 

« Nous sommes proches des obligations de pacotille et nous y arriverons », a avancé José Carlos Diez, économiste en chef chez Intermoney à Madrid, lors d'une intervention télévisée.

 

Pression internationale

 

L'Allemagne et la France, les deux grandes puissances européennes, ainsi que la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international, ont exhorté Madrid à demander une aide avant les élections grecques.

 

Un haut fonctionnaire allemand a expliqué que Berlin avait prévenu le gouvernement espagnol que s'il ne demandait pas une aide pour ses banques dès maintenant, il risquait de devoir avoir recours à un renflouement total plus tard.

 

« L'Espagne est mieux protégée ainsi », a-t-il assuré, ajoutant qu'il était crucial que tout cela se passe avant le scrutin grec.

 

La chancelière allemande, Angela Merkel, a publiquement salué les réformes budgétaires et du marché du travail entreprises par M. Rajoy et elle a affirmé que l'Espagne n'aurait pas besoin de prendre davantage de mesures d'austérité en échange de l'aide européenne.

 

Le président français, François Hollande, dans le but d'éviter une vague de panique alors qu'il tente d'obtenir une majorité parlementaire, a lui aussi essayé de faire pression sur l'Espagne.

 

La semaine dernière, le président américain, Barack Obama, a téléphoné à Mme Merkel, à M. Hollande et à d'autres dirigeants européens pour leur demander de prendre des mesures d'urgence afin d'enrayer la crise dans la zone euro qui menace la relance américaine et donc sa réélection. Le Japon, la Grande-Bretagne, le Canada et le FMI ont fait de même.

 

Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a qualifié la décision prise par l'Espagne de « mesure concrète pour une union financière, vitale pour la résilience de la zone euro ».