L’euro fort, victime et bourreau pour Herman Van Rompuy
L’euro fort a caché la crise, explique Herman Van Rompuy au Financial Times, quelques jours avant le Conseil européen.
L’euro fort a caché la crise, explique Herman Van Rompuy au Financial Times, quelques jours avant le Conseil européen.
Alors que la situation de l’euro focalise l’attention médiatique, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy estime que c’est justement la parité forte de la monnaie européenne qui a rendu la zone euro aveugle à ses problèmes fiscaux sous-jacents.
Devenu « une monnaie forte avec de très faibles taux d’intérêt », l’euro a agi comme « une espèce de somnifère, une espèce de drogue », berçant ainsi les pays de la zone euro, « victime de (leur) succès », explique-t-il au Financial Times.
A cela s’ajoute le rôle négatif joué par les marchés financiers, soumis aux « rumeurs et préjugés ». Si ceux-ci « sanctionnent les mauvaises politiques » et ont permis d’identifier les faiblesses de la gouvernance économique au sein de la zone euro depuis la crise grecque, reconnaît le président du conseil européen, leur tolérance à l’égard de « gouvernements fiscalement irresponsables » et leur réaction excessive par la suite ont entraîné la zone monétaire au bord de la rupture.
Selon Herman Van Rompuy, favorable à une régulation plus forte, notamment des agences de notation et des produits dérivés, le plus gros défi de l’Europe est de réformer le champ budgétaire et de renforcer la compétitivité de l’UE notamment en transformant les marchés du travail et en modifiant l’âge de départ à la retraite.
Malgré la difficulté de la tâche, le président du conseil européen estime que les dirigeants sont prêts « à prendre des risques énormes car ils savent ce qui est en jeu pour la zone euro ».
Un changement de traité pas impossible
Interrogé sur la possibilité que l’UE adopte un nouveau traité pour entériner les décisions de sortie de crise, Herman Van Rompuy se déclare opposé à cette option. Il explique néanmoins qu’il sera favorable à une réforme, si un consensus se dégage, reconnaissant qu’ »exclure certaines solutions ne serait pas sage ».
Cette hypothèse serait inévitable dans le cas où des mesures comme l’expulsion de la zone euro d’un État membre ne respectant pas les règles budgétaires seraient adoptées.
La proposition de couper dans les fonds européens régionaux de ces pays soulève l’inquiétude des États membres d’Europe centrale et de l’est. Une préoccupation à laquelle Herman Van Rompuy se dit lui même sensible.
Selon lui, la mise en place de systèmes évaluant les performances nationales et pointant du doigt les manquements des États membres serait une meilleure option que la « consolidation fiscale » et constituerait « une contribution majeure pour renforcer la croissance économique ».