L’Eurogroupe se réunit, la pression monte
Les ministres des finances de la zone euro devraient s’accorder aujourd’hui (29 novembre) sur les détails du renforcement de leur fonds de sauvetage destiné à empêcher la propagation de la crise sur les marchés obligataires. Les Etats-Unis et les agences de notation leur mettent la pression pour qu'ils tentent d'enrayer une crise de la dette qui dure depuis deux ans.
Les ministres des finances de la zone euro devraient s’accorder aujourd’hui (29 novembre) sur les détails du renforcement de leur fonds de sauvetage destiné à empêcher la propagation de la crise sur les marchés obligataires. Les Etats-Unis et les agences de notation leur mettent la pression pour qu'ils tentent d'enrayer une crise de la dette qui dure depuis deux ans.
Les documents obtenus par Reuters dimanche ont révélé que des orientations détaillées pour le Fonds européen de stabilité financière (FESF) étaient prêtes à être approuvées par l'Eurogroupe (voir « Contexte »), ouvrant ainsi la voie à de nouvelles opérations et à l'augmentation de la capacité du fonds.
Ces documents contiennent des règles concernant l'intervention du FESF sur les marchés obligataires primaires et secondaires, l'octroi de lignes de crédit de précaution aux gouvernements, le renforcement de la puissance de feu du Fonds, ainsi que de ses stratégies d'investissement et de financement.
« Je pense que nous serons en mesure d'approuver ces orientations au niveau politique », a déclaré une source de la zone euro impliquée dans la préparation de la réunion des ministres.
L'approbation de ces orientations permettra à ce mécanisme de 440 milliards d'euros d'attirer des investisseurs privés et publics au cours des prochaines semaines.
Le rôle de la BCE
La Banque centrale européenne (BCE), qui achète en ce moment des obligations espagnoles et italiennes sur le marché pour empêcher leurs coûts d'emprunt de s'envoler vers des niveaux insoutenables, a demandé aux ministres de la zone euro de finaliser rapidement leur travail technique sur le FESF.
Des fonctionnaires ont confié à Reuters que les mécanismes de levier pourraient être opérationnels dès janvier, mais il pourrait déjà être trop tard.
L'Allemagne étant fermement opposée à l'idée que la BCE apporte des liquidités au FESF ou agisse comme un prêteur en dernier ressort, la zone euro doit trouver un moyen de calmer rapidement les marchés, où les rendements obligataires de l'Espagne, de l'Italie et de la France ont atteint des niveaux record depuis la création de l'euro.
Le groupe de réflexion économique des pays riches, l'OCDE, a déclaré lundi que la BCE devrait réduire les taux d'intérêt et accepter d'acheter davantage d'obligations souveraines pour restaurer la confiance dans la zone euro.
La BCE ne semble pour le moment pas prête à agir en ce sens. Elle a acheté 8,5 milliards d'euros de dette souveraine de la zone la semaine dernière, comme elle l'a déjà fait précédemment, mais cette intervention reste bien modeste par rapport à celle qui, selon les économistes, serait nécessaire pour renverser la situation sur les marchés.
Le message de Barack Obama à l'UE
Certaines sources ont affirmé que l'administration Obama avait également demandé à l'Europe de permettre à la BCE d'agir comme un prêteur en dernier ressort comme le fait la Réserve fédérale américaine.
Lors d'un sommet UE-USA à Washington lundi, le président américain, Barack Obama, a demandé à Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, et à José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, d'agir rapidement et de manière décisive pour résoudre la crise de la dette souveraine qui, selon la Maison-Blanche, pèse sur l'économie américaine.
Le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, a affirmé que le message de M. Obama aux responsables européens avait officieusement été celui-ci à Washington : « L'Europe doit prendre des mesures décisives et concrètes pour résoudre ce problème, et elle a les moyens de le faire. »
L'espoir que les dirigeants européens s’apprêtent à présenter des mesures visant à réduire la pression a soulagé les marchés ce lundi, mais les investisseurs se sont montrés moins enthousiastes dès mardi en Asie, où les actions et l'euro sont restés stables.
Projet franco-allemand d'Union de stabilité
L'Allemagne et la France ont passé la vitesse supérieure lundi en envisageant des pouvoirs coercitifs visant à éjecter les membres de la zone euro qui ne respecteraient pas les règles de l'UE, ce qui a inquiété certains petits pays qui craignent que cela n'aille à l'encontre d'une égalité de traitement.
Berlin et Paris devraient présenter leurs propositions pour une union budgétaire en amont du sommet de l'UE du 9 décembre. Ce sommet est considéré par beaucoup d'investisseurs comme la dernière chance de la zone pour éviter un effondrement de la monnaie unique.
« Nous travaillons d'arrache-pied à la création d'une Union de stabilité », a déclaré le ministère allemand des finances dans un communiqué. « C'est ce que nous souhaitons accomplir via la modification des traités. Nous proposons que les budgets des Etats membres observent des limites d'endettement. »
Contamination de la France
Les rumeurs quant à la dégradation de la note de la France, qui circulent depuis plusieurs mois, illustrent la manière dont la crise se propage inexorablement des nations périphériques comme la Grèce et le Portugal au cœur de l'Europe.
Le quotidien économique et financier La Tribune a rapporté sur son site Internet que S&P's s'apprêtait à modifier ses perspectives sur la note souveraine de la France de « stables » à « négatives ».
« Cela pourrait intervenir sous une semaine, ou peut-être dix jours », a affirmé une source citée dans ce quotidien.
Cette nouvelle coïncide avec l'avertissement de Moody's sur la dette subordonnée. L'agence de notation a affirmé que la plupart des notes qui seraient revues seraient situées en Espagne, en Italie, en Autriche et en France. L'euro a perdu un tiers de centime suite à cette annonce, avant de remonter.
« Moody's estime qu'un soutien systémique à la dette subordonnée en Europe devient de plus en plus incertain, en raison de changements anticipés des politiques menées, conjugués à des restrictions financières » a déclaré l'agence dans un rapport.
Une agence concurrente, Standard & Poor's, pourrait revoir à la baisse ses perspectives sur la note AAA de la France au cours des dix prochains jours, ce qui pourrait ouvrir la voie à une dégradation, apprend-on dans un autre quotidien.
Les rendements italiens atteignent des records
Mario Monti, le premier ministre et ministre des finances italien, participera à une réunion ce mardi et y exposera les réformes que son pays prévoit de mettre en oeuvre pour regagner la confiance des marchés.
Ecrasée par une dette représentant 120 % de son PIB et des coûts d'emprunt en forte hausse, l'Italie lutte pour éviter une catastrophe financière qui, selon les analystes, mettrait en danger toute la zone euro.
Comme pour renforcer le sentiment de stress intense qui plane sur les marchés, les rendements italiens à court terme ont dépassé ceux des titres à plus longue échéance. Ils dépassent tous deux les 7 %, un niveau considéré comme insoutenable pour les finances publiques du pays.
Cette pression devrait se ressentir mardi, lorsque les investisseurs réclameront sans doute un taux supérieur à 7 % lors d'une adjudication de titres italiens à trois et dix ans.
Soulignant la menace qui pèse sur les économies chancelantes de l'Union, Moody's a prévenu mardi qu'elle pourrait abaisser la note attachée à la dette subordonnée de 87 banques dans 15 pays de l'UE, craignant que les gouvernements manquent de liquidités pour les renflouer le cas échéant.