L'Europe court à la catastrophe
La zone euro risque une catastrophe économique à moins que ses Etats les plus forts sur le plan financier et sa banque centrale ne s'engagent à assumer une plus grande part du fardeau de la dette, ont expliqué d'éminents économistes, dont deux conseillers du gouvernement allemand.
La zone euro risque une catastrophe économique à moins que ses Etats les plus forts sur le plan financier et sa banque centrale ne s'engagent à assumer une plus grande part du fardeau de la dette, ont expliqué d'éminents économistes, dont deux conseillers du gouvernement allemand.
« Nous pensons que […] l'Europe avance les yeux fermés vers une catastrophe aux proportions incalculables […] Un changement de direction doit s’opérer dans cette crise sans fin avec des dominos tombant les uns après les autres », a écrit l'Institute for New Economic Thinking (INET) dans un rapport soutenu par George Soros.
Les décideurs politiques doivent s'attaquer séparément à deux problèmes : composer avec les coûts du « système mal conçu dès l'origine » de la zone euro et réparer la structure de l'union monétaire.
Parmi leurs recommandations, les économistes ont appelé à une mutualisation partielle de la dette de la zone euro, ce que l'Allemagne refuse d'envisager pour l'instant, et à la création à terme d'un organisme supranational de surveillance financière qui aurait autorité sur les régulateurs nationaux.
Ils ont également exhorté la Banque centrale européenne à jouer le rôle de prêteur en dernier ressort sur le plus long terme pour les Etats qui respectent leurs objectifs budgétaires ou à permettre que le MES joue ce rôle et dispose d'une licence bancaire.
Jusqu'à présent, la BCE rejette fermement ces deux options, bien qu'Ewald Nowotny, membre du Conseil des gouverneurs, ait déclaré mercredi que certains arguments plaidaient en faveur de l'octroi d'une licence bancaire au MES pour accroître sa puissance de feu. Les propos de M. Nowotny ont renforcé le sentiment que la zone euro était entrée dans une nouvelle phase dangereuse avec l'Espagne qui se dirige vers un renflouement souverain et la Grèce qui peine à respecter les objectifs de son programme de sauvetage, ce qui pourrait entraîner sa sortie de la zone euro.
L'INET, un organisme basé à New York, a fait savoir que même si les dirigeants européens reconnaissaient la nécessité d'une réponse collective, les pays excédentaires et déficitaires n'étaient pas encore parvenus à se mettre d'accord sur un plan qui convaincrait les marchés et répondrait aux besoins de la population. Les mesures prises lors du sommet de juin n'ont pas été suffisamment loin.
Mesures d'urgence
« Résoudre la crise actuelle […] est crucial pour les créanciers et les pays débiteurs […], mais le manque de confiance entre les créanciers et les débiteurs les empêchent d'aboutir à des solutions qui conviennent à tous », peut-on encore lire dans ce rapport.
Les 17 économistes qui ont rédigé cette étude, dont Lars Feld et Peter Bofinger du groupe des « sages » qui a conseillé Berlin sur sa politique, ont recommandé des mesures à court terme.
Outre une mutualisation partielle et temporaire de la dette dans le cadre de laquelle la BCE devrait s'engager à acheter plus de titres de dette souveraine, les pays excédentaires devraient également renforcer la demande dans l'ensemble de la zone euro.
Toute avancée vers le partage du fardeau de la dette sera freinée par Berlin qui est le pays qui a le plus contribué aux programmes de renflouement de la zone euro et risque d'être frappée de plein fout si Athènes n'honore pas ses dettes.
Selon les estimations de l'institut économique allemand Ifo, si la Grèce devient insolvable et quitte la zone euro, l'Allemagne devrait perdre jusqu'à 82 milliards d'euros et si la Grèce, insolvable, restait au sein de l'union monétaire, Berlin perdrait 89 milliards d'euros.