L’Europe de l’Est s’évertue à rapatrier ses travailleurs [FR]
Les pénuries de travailleurs qualifiés incitent les gouvernements des derniers Etats membres à l’est de l’UE à développer des stratégies visant à rappeler leurs ressortissants expatriés dans les pays occidentaux plus riches. Mais les salaires qui leur sont proposés dans leur pays restent souvent bien inférieurs aux attentes des travailleurs. Le réseau EURACTIV des partenaires média de l’Est rapporte la situation dans la région.
Les pénuries de travailleurs qualifiés incitent les gouvernements des derniers Etats membres à l’est de l’UE à développer des stratégies visant à rappeler leurs ressortissants expatriés dans les pays occidentaux plus riches. Mais les salaires qui leur sont proposés dans leur pays restent souvent bien inférieurs aux attentes des travailleurs. Le réseau EURACTIV des partenaires média de l’Est rapporte la situation dans la région.
Malgré les limitations actuelles de main d’œuvre dans un certain nombre des plus vieux membres de l’UE, les ressortissants bulgares et roumains trouvent des perspectives d’emploi dans l’Union, souvent sur le marché noir.
D’après les économistes, l’argent que ces travailleurs renvoient dans leur pays équivaut au montant des investissements étrangers directs entrant dans leurs pays au cours de la même période. Cependant, les deux pays ont désormais besoin du retour de leurs immigrants si ces travailleurs doivent faire fonctionner leurs économies plutôt que d’aider uniquement leurs familles à survivre.
Bourses à l’emploi en Italie pour les travailleurs roumains
Le ministère roumain du Travail organise des bourses de l’emploi en Italie et en Espagne afin de convaincre les travailleurs roumains de retourner dans leurs pays. Le prochain événement de ce type doit avoir lieu le 21 juin à Torino en Italie. En février dernier, une bourse similaire a attiré quelque 800 Roumains travaillant en Italie et, d’après les rapports de presse, quelque 100 Roumains sont rentrés travailler dans leurs pays d’origine par la suite.
Ce succès plutôt modeste peut s’expliquer par le fait que les entreprises présentes à la bourse proposent des salaires mensuels compris entre 600 et 700 euros aux futurs rapatriés, des montants inférieurs aux attentes des travailleurs migrants. Certains ont affirmé qu’ils ne rentreraient pas dans leurs pays à moins de se voir proposer 1000 euros par mois.
Les salaires en Roumanie atteignent néanmoins des niveaux attractifs pour les ingénieurs hautement qualifiés capables de gérer des projets, notamment dans le domaine de la construction routière. Le directeur de l’entreprise Colas SA Stefan Hanganu a été mentionné par l’hebdomadaire Financiarul, déclarant que ces spécialistes hautement qualifiés gagnent déjà jusqu’à 2000 à 3000 euros par mois.
Cependant, il est difficile de trouver un tel personnel. Une récente étude de Manpower Inc., une entreprise spécialisée dans le secteur des services de recrutement, a révélé que la Roumanie est actuellement l’endroit le plus difficile au monde pour recruter du personnel hautement qualifié (EURACTIV 25/04/08).
La plupart des Roumains veulent rentrer dans leur pays, mais beaucoup attendent que les perspectives d’emploi s’améliorent. Une étude du gouvernement roumain montre qu’un tiers des Roumains vivant en Italie souhaitent revenir chez eux pour de bon dans les deux prochaines années. 31% espèrent construire une maison en Roumanie, 23% y commencer une activité commerciale et seuls 21% espèrent rester en Italie pour une durée supérieure à deux ans. Presque tous restent très étroitement liés avec leur pays d’origine, trois quart d’entre eux se rendent dans leur pays au moins une fois par an. La situation est identique pour les Bulgares vivant à l’étranger, la plupart d’entre eux espèrent rentrer après avoir réuni un petit capital.
Des salaires doublés pour les infirmières et les médecins bulgares
La migration de la main d’œuvre affecte même davantage la Bulgarie dans la mesure où son marché du travail est trois fois plus petit que celui de la Roumanie. Un représentant de la Commission a même récemment prévenu que la migration de la main d’œuvre rendra la situation difficile pour la Bulgarie afin de profiter des fonds structurels de l’UE. L’importante pénurie des travailleurs provoque des retards et met en péril les projets infrastructurels, a-t-il déclaré, cité par le quotidien Dnevnik.
Les salaires en Bulgarie sont également inférieurs à ceux de la Roumanie. En 2006, le salaire horaire en Bulgarie était le plus faible (1,65 euro) des 27 Etats membres, d’après Eurostat. Le premier pays a été la Suède avec un taux vingt fois plus élevé (32,16 euros). D’après les mêmes statistiques, en Roumanie le salaire horaire était de 2,68 euros.
Certains se préoccupent particulièrement du fait que les faibles niveaux de rémunération provoquent un exode du personnel médical en Bulgarie. 29 000 infirmières ont déjà quitté leur pays –environ la moitié de ce chiffre estimé est nécessaire pour assurer le bon fonctionnement des hôpitaux. En effet, la pénurie des infirmières est souvent accusée d’être à l’origine de la mortalité dans les hôpitaux, mais celles-ci ont néanmoins choisi de travailler au noir à l’étranger, en soignant les personnes âgées, notamment en Grèce et en Italie.
La semaine dernière, le gouvernement bulgare a augmenté les salaires du personnel médical de 90 à 100%. La décision a été très controversée dans la mesure où elle suscite les attentes des autres catégories d’employés qui souhaitent bénéficier d’un traitement similaire. Mais les médecins recevront toujours un salaire très modeste selon les critères occidentaux : un médecin confirmé qui travaille pour un hôpital public ne gagnera pas plus que 500 euros par mois.
Une stratégie gouvernementale concernant la migration et l’intégration propose que la priorité devrait être donnée à la main d’œuvre étrangère d’origine bulgare. Avec 700 000 Bulgares ayant quitté leur pays depuis 1989 et plusieurs centaines de milliers de Bulgares ethniques vivant traditionnellement en Macédoine, Serbie, Ukraine, Russie et Moldavie, l’idée semble attirante à première vue. Mais une fois encore, offrir des offres d’emploi attractives reste très problématique étant donné que les salaires moyens dans les pays mentionnés sont souvent plus élevés qu’en Bulgarie.
Les ONG en Bulgarie et en Roumanie recommandent d’impliquer les couches fragiles de la population, comme les Roms, en abordant le problème de la pénurie de main d’œuvre. Cependant, ceci ne peut être qu’un objectif à long terme, dans la mesure où les entreprises considèrent que les Roms sont incapables de travailler. Une première étape serait d’améliorer l’éducation et la formation des Roms. Les programmes sont en cours, reste à voir quels seront les résultats.
Les travailleurs asiatiques pour répondre aux besoins
Des entrepreneurs bulgares ont accompagné le ministre du Travail lors d’une récente visite au Vietnam pour étudier les conditions nécessaires afin d’embaucher les travailleurs vietnamiens dans le secteur de la construction. Quelque 2 000 emplois sont immédiatement disponibles, selon Ivan Boykov, président de la Chambre de la construction de la Bulgarie. Il revient désormais aux gouvernements de négocier tout en tenant compte des mauvaises expériences passées. En effet, dans les années 1980, la Bulgarie comptait déjà des milliers de travailleurs vietnamiens. Mais au moment de l’effondrement économique quand le pays n’a plus eu besoin d’eux, ils n’ont pas voulu partir. Le processus de rapatriement a été un effort considérable pour les gouvernements des deux pays.
Le retour des Polonais dans leur pays
Alors que des études montrent que le nombre de Roumains souhaitant travailler à l’étranger est en augmentation, en Pologne, on commence à assister à la tendance inverse. Le nombre total de travailleurs polonais expatriés serait supérieur à celui des ressortissants des neuf pays de l’Europe orientale restants réunis. Ils sont particulièrement nombreux au Royaume-Uni, exerçant pour la plupart ce qu’un quotidien britannique a appelé « le job à 100 £ par jour que les travailleurs locaux refuseront de faire ». Mais face au développement économique régulier de la Pologne, les Polonais commencent à rentrer chez eux. L’une des principales raisons est que de nombreux Polonais qui avaient été obligés d’accepter des emplois sous qualifiés à l’étranger se voient désormais offrir des postes hautement qualifiés dans leur pays. Les salaires sont peut-être inférieurs à ceux proposés à l’Ouest, mais le coût de la vie y est meilleur marché.
Le fait qu’il y ait moins de ressortissants de la République tchèque, de Slovaquie ou de Hongrie travaillant à l’étranger est généralement considéré comme un signe que leurs économies proposent des offres d’emploi compétitives. D’après les statistiques officielles, 76 400 citoyens tchèques seulement travaillent dans les pays de l’UE, même si en réalité ils pourraient être encore moins nombreux étant donné que de beaucoup de Tchèques ont terminé leur contrat dans des pays comme le Royaume-Uni, mais n’ont pas encore signalé leur départ auprès du registre public. Bien que la migration de la main d’œuvre ne soit pas un problème sensible dans ces pays, des responsables d’entreprise expérimentés ont déclaré à EURACTIV République tchèque que ce pays a un besoin urgent de travailleurs qualifiés, comme des ingénieurs, des constructeurs et des artisans.
La barrière de la langue
Des éléments comme les barrières linguistiques sont également considérés comme des facteurs qui découragent la migration de la main d’oeuvre. Peu de Hongrois travaillent à l’étranger – environ 70 000 et 80 000 d’entre eux ont quitté leur pays pour l’Europe occidentale. Selon la presse, la plupart d’entre eux sont confrontés à des problèmes linguistiques durant leurs entretiens d’embauche. Beaucoup rentrent déjà en Hongrie ou travaillent dans des régions voisines et utilisent quotidiennement les transports en commun. Etant donné leur position géographique, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie profitent davantage du déplacement transfrontalier vers les pays voisins et des perspectives économiques transfrontalières que la Roumanie et la Bulgarie.