L’Europe prévoit un embargo sur le pétrole iranien
Les pays de l’UE intensifient leurs efforts pour convenir d’un embargo sur le pétrole et de sanctions financières importantes à l’encontre de l’Iran, qui envisage en retour la fermeture du détroit d’Ormuz.
Les pays de l’UE intensifient leurs efforts pour convenir d’un embargo sur le pétrole et de sanctions financières importantes à l’encontre de l’Iran, qui envisage en retour la fermeture du détroit d’Ormuz.
Les ministres européens des affaires étrangères devraient se réunir le 23 janvier pour convenir du délai d'un embargo sur le pétrole iranien et de sanctions possibles à l'encontre des membres du Corps des gardiens de la révolution et des institutions liées au secteur financier de Téhéran.
Le débat place cependant des pays comme l'Espagne, l'Italie et la Grèce, qui représentent 68 % des importations européennes de pétrole iranien, contre des États de l'UE plus riches comme l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne.
« On constate une division claire au Conseil entre les États membres qui proposent un délai de trois mois et ceux qui souhaitaient que ce délai soit de 12 mois. Nous tentons toutefois de trouver un compromis, un juste milieu, et nous sommes en bonne voie », a déclaré à EURACTIV un diplomate européen.
La France souhaiterait que l'embargo soit mis en place dans les trois prochains mois, mais le porte-parole européen Michael Mann a seulement indiqué que les termes précis des nouvelles sanctions faisaient actuellement débat parmi les 27 États membres et devraient être décidés à l'unanimité.
D'autres sources de l'UE se sont toutefois montrées plus négatives. « Comment peut-on reporter une mesure qui n'a pas encore été introduite ? », a demandé l'une d'entre elles. « Cela n'a aucun sens. Les sanctions américaines entreront en vigueur en juillet. Elles ne sont pas instantanées. Certains devraient essayer d'avoir le sens de la perspective et de la réalité ».
La discussion attendue lors de la réunion du Conseil des affaires étrangères du 23 janvier fera suite aux sanctions américaines qui seront imposées le 31 janvier sur les institutions financières en relation avec la banque centrale iranienne. Ces sanctions ont été décidées au moment où le programme nucléaire de l'Iran s'intensifiait.
Tensions sur le détroit d'Ormuz
L'Iran a répondu à ces initiatives en menaçant de fermer le détroit d'Ormuz, par lequel transitent près de 35 % du pétrole brut mondial et 20 % des exportations mondiales de pétrole.
Les États-Unis ont déclaré que toute perturbation des voies navigables « ne serait pas tolérée ».
Les tensions se sont intensifiées en janvier, lorsque l'Iran a annoncé une série d'essais de missiles de longue portée et a commencé à enrichir de l'uranium à 20 % dans un bunker souterrain, alors qu'un scientifique nucléaire iranien a été assassiné à Téhéran.
Cependant, les Européens se concentraient surtout sur le choc pétrolier désastreux qui pourrait se produire en cas de fermeture du détroit d'Ormuz. Cette opération semblait tellement dangereuse pour l'économie iranienne que l'on considérait que seule une attaque américaine ou israélienne à grande échelle aurait pu entraîner une telle décision.
« Il s'agit toujours d'une possibilité et nous travaillons sur des plans d'intervention », a confirmé un diplomate européen. « Il serait invraisemblable d'imaginer que les États membres ne se sont pas penchés sur des plans de secours ».
En cas de fermeture du détroit, « de nombreuses mesures ont été proposées pour rassurer les marchés », a-t-il ajouté.
Les prix du pétrole
Le 16 janvier, le prix du baril a grimpé à 111 dollars en raison des craintes de fermeture des voies navigables.
La fermeture d'Ormuz pourrait entraîner « l'envolée des prix et une grave récession économique », a déclaré à EURACTIV l'analyste pétrolier Stephen Schork. Il a ajouté que le prix du baril pourrait atteindre 150 dollars, le prix atteint en 2008 lorsque la récession mondiale a commencé.
« Je ne pense pas que l'UE soit prête pour cette fermeture, en raison de sa faible croissance », a-t-il expliqué depuis New York.
« L'EU a beau faire clairement comprendre qu'elle ne reculera pas, elle reste vulnérable en raison de la crise actuelle et du fait que le Portugal, l'Italie, la Grèce et l'Espagne dépendent beaucoup du pétrole iranien.
Le premier ministre italien, Mario Monti, a récemment déclaré que les sanctions devraient être introduites progressivement, peut-être sur une période de six mois, afin d'avoir le temps de mettre en place de nouveaux approvisionnements. Pour M. Schork, ce commentaire prouve aux marchés que « l'Europe manque de cohérence ».
« L'UE montre des signes de faiblesse dans cette affaire », a-t-il déclaré.
L'Italie reçoit 13 % du pétrole brut importé d'Iran (contre 3 % pour la France) et demande une dérogation aux sanctions pour sa compagnie pétrolière ENI SpA.
Selon des sources de l'UE, les participants aux négociations tentent actuellement de clarifier si l'application des contrats en cours sur l'importation de pétrole devrait prendre fin dans un, deux ou douze mois, avant la décision de sanctions.
Toutefois, même si un embargo sur le pétrole était imposé, certains analystes pensent que d'autres pays comme la Chine, la Russie ou la Turquie pourraient décider de ne pas le respecter.
Les pays de l'UE achètent environ 450 000 des 2,6 millions de barils par jour (bpj) exportés par l'Iran. L'Union européenne arrive donc à la deuxième place, après la Chine, dans le classement des plus gros acheteurs de pétrole iranien