L'horloge tourne pour la demande d'adhésion à l'UE de la Serbie

La Serbie ne devrait pas se voir octroyer le statut de candidat lors du sommet de l'UE le 9 décembre, « à moins d'un retournement de situation très improbable », ont déclaré à EURACTIV des diplomates de l'UE proche du dossier.

/ EURACTIV.fr
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La Serbie ne devrait pas se voir octroyer le statut de candidat lors du sommet de l'UE le 9 décembre, « à moins d'un retournement de situation très improbable », ont déclaré à EURACTIV des diplomates de l'UE proche du dossier.

Malgré les récentes avancées dans les négociations entre la Serbie et le Kosovo (voir « Contexte »), aucune décision n'a encore été mise en pratique, ce qui ne laisse à Belgrade qu'une semaine pour aboutir à la résolution du conflit qui l'empêche d'obtenir le statut de candidat.

« Tout est possible, mais ça ne sent pas bon », a confié à EURACTIV une source de l'UE proche des discussions.

La Commission européenne a recommandé l'octroi du statut de candidat à la Serbie. Le pays devrait en théorie obtenir ce statut lors du sommet des 8 et 9 décembre à Bruxelles. Toutefois, plusieurs Etats membres souhaiteraient que Belgrade s'engage clairement à normaliser ses relations avec son ancienne province, le Kosovo, qui a unilatéralement déclaré son indépendance en février 2008.

Tous espéraient que le huitième cycle de négociations entre Belgrade et Priština, qui s'est terminé hier soir (30 novembre) à Bruxelles, donnerait des résultats. Des fonctionnaires du Conseil européen ont annoncé que les discussions avaient bien progressé sur la « gestion commune » des postes frontière, un sujet tendu. Les discussions devraient se poursuivre.

« Personne ne s'attend à ce que les Serbes sortent d'une réunion du Conseil Affaires générales en disant qu'ils reconnaissent le Kosovo. Mais je pense qu'il s'agit pour la Serbie de montrer son souhait politique d'honorer ses engagements, de les mettre en oeuvre et de normaliser ses relations avec le Kosovo », a expliqué à Euractiv un haut diplomate de l'UE.

Le chef de l'équipe de négociateurs de Belgrade, Borislav Stefanovi?, a affirmé que sa délégation ferait tout ce qui était en son pouvoir pour aboutir à un accord avec Priština, selon l'agence Beta, partenaire d'EURACTIV.

« Une longue journée nous attend, mais nous ferons tout ce que nous pouvons pour surmonter nos énormes différends », a-t-il déclaré avant le début de la nouvelle série de discussions.

Les Serbes sont encore loin de se montrer rassurants quant à ce qu’il serait possible de faire pour améliorer le dialogue avec le Kosovo.

« Je ne pense pas que quiconque dans l'UE ait envie d'accueillir un pays qui a de graves problèmes avec son voisin. Je pense que nous avons appris nos leçons et que cela n'arrivera pas », a ajouté le diplomate européen.

Ce diplomate a semblé démentir le fait que seule l'Allemagne était opposée à l'adhésion de la Serbie. « Il est de notre responsabilité à tous de nous assurer que l'élargissement reste crédible », a-t-il expliqué.

Pas de mise en oeuvre

Le président serbe pro-européen, Boris Tadi?, a demandé que les barricades levées aux frontières entre la Serbie et le Kosovo soient enlevées le mois dernier (voir « Contexte »), mais cela n'a toujours pas été fait. « C'est trop peu, trop tard », a avancé une autre source à l'UE. « Les choses vont dans la bonne direction, mais à part des discussions, rien n'est mis en oeuvre. »

M. Tadi? a fait allusion aux changements de politique en Serbie sur la question du Kosovo lors d'une intervention au London Institute for Strategic Studies. Il a appelé à une « solution essentielle, durable et définitive », trouvée via la discussion, à condition que les deux pays expriment le souhait commun de trouver un terrain d'entente.

Il a également déclaré qu'il souhaitait que le Kosovo participe aux forums régionaux. Cette initiative n'a toutefois pas non plus été mise en oeuvre, dans la mesure où en pratique, la Serbie refuse toujours de participer aux réunions régionales auxquelles le Kosovo est invité, car elle ne reconnaît pas le statut international de la région. La Serbie ne souhaite pas non plus que des représentants du Kosovo participent à ce type de réunions.  

Des conditions politiques favorables doivent être mises en place pour que ces mesures puissent être mises en place, et il est peu probable que cela n'arrive avant les prochaines élections. M. Tadi? ne jouit pas du soutien de tous les partis de la coalition au pouvoir s'agissant de prendre des initiatives pour mettre un terme au conflit de son pays avec le Kosovo.

« Si M. Tadi? remportait les élections avec une nouvelle plateforme, il devrait certainement essuyer des critiques féroces de la part de l'opposition. On s'attend donc à ce qu'il adopte une position modérée jusqu'aux élections, du moins dans son pays, en évitant de faire de grands changements dans la politique appliquée face au Kosovo », a rapporté Beta

Le Parti progressiste serbe et le Parti démocratique de Serbie, tous deux au sein de l'opposition conservatrice, jouissent d'une forte influence sur les autorités au nord du Kosovo, ce qui entrave les efforts de M Tadi? pour appliquer les changements demandés par l'UE.

Le nord du Kosovo n'est pas la seule pierre d'achoppement pour M. Tadi?. Le fait que Belgrade n'ait pas mis en oeuvre les accords conclus jusqu'à présent, impliquant par exemple de fournir aux autorités kosovares des copies de certificats de naissance, montre que la Serbie n'est pas tout à fait prête à avancer dans les négociations, selon Beta.

Les Serbes savent que cette situation ne joue pas en faveur de leur adhésion à l'UE, a expliqué un fonctionnaire. « Je ne sais pas ce qu'ils comptent faire. Il leur reste encore quelques jours », a-t-il déclaré.