L'idée de Nicolas Sarkozy sur une taxe carbone à nouveau sur la table en France
Arnaud Montebourg, le nouveau ministre français du redressement productif qui s'est bâti une réputation pour ses attaques contre la mondialisation, a promis de remettre sur la table le projet de Nicolas Sarkozy pour une taxe carbone aux frontières de l'UE. Cette idée avait précédemment été qualifiée de protectionniste et donc rejetée par les partenaires européens de la France.
Arnaud Montebourg, le nouveau ministre français du redressement productif qui s'est bâti une réputation pour ses attaques contre la mondialisation, a promis de remettre sur la table le projet de Nicolas Sarkozy pour une taxe carbone aux frontières de l'UE. Cette idée avait précédemment été qualifiée de protectionniste et donc rejetée par les partenaires européens de la France.
« Nous devons demander la réciprocité », a déclaré M. Montebourg à la télévision publique française lors de sa première interview en tant que ministre. Il a affirmé qu'il remettrait sur la table le projet d'une taxe carbone aux frontières de l'UE pour protéger l'industrie locale de la concurrence déloyale.
« C'est une taxe extérieure », a-t-il expliqué lorsque le journaliste lui a demandé s'il s'agissait de taxer des produits importés de Chine où l'industrie n'est pas sujette à des plafonds d'émission de CO2.
Ce projet était déjà au programme de la Commission européenne, a-t-il ajouté.
Une idée ancienne et controversée
En réalité, Bruxelles a émis cette idée en 2008 lors de la présentation de son train de mesures énergétiques et de lutte contre le changement climatique. José Manuel Barroso, le président de la Commission, avait affirmé que la Chine et d'autres pays exportateurs aux politiques climatiques laxistes pourraient être obligés d'acheter des permis de polluer pour pouvoir commercer avec l'Europe.
Mais cette idée n'a rassemblé que peu de partisans. Les fonctionnaires britanniques ont immédiatement rétorqué qu'ils s'élèveraient contre toute tentative d'imposer une taxe carbone sur les importations en provenance de pays tiers à l'UE.
Seule l'Italie soutient officiellement cette idée. L'Allemagne, qui la soutenait au début, s'est par la suite montrée plus hésitante par peur d'une guerre commerciale qui pourrait porter atteinte à son économie dépendante de l'exportation. Matthias Machnig, ancien ministre allemand de l'environnement, a qualifié cette idée française d'« impérialisme écologique ».
La Commission est depuis revenue sur ses projets. Le commissaire au commerce, Karel De Gucht, a adopté une position ferme contre la taxe carbone au motif qu'elle pourrait déclencher une guerre commerciale avec la Chine, une crainte relayée par la commissaire à l'action climatique, Connie Hedegaard.
Cette idée n'est vraiment pas nouvelle. L'ancien président français, Nicolas Sarkozy, avait fait campagne pour que des moyens soient mis en oeuvre afin d'empêcher les industries nationales de se délocaliser en raison des règles climatiques strictes de l'UE. Il avait réclamé l'introduction d'une taxe carbone aux frontières de l'UE en 2009, en amont du sommet de Copenhague.
La Suède, qui exerçait alors la présidence tournante de l'UE, avait rejeté cette proposition, affirmant qu'elle affaiblirait la position de l'Europe à la table des négociations à Copenhague.
Mécanisme d'inclusion carbone
La France a tenté de remettre cette question au programme après l'échec du sommet climatique de Copenhague, affirmant que cette mesure pourrait n'être utilisée qu'en dernier ressort et servir de levier pour pousser les économies émergentes telles que la Chine, l'Inde et le Brésil à se remettre à la table des négociations.
Exceptionnellement, la représentation permanente de la France auprès de l'UE à Bruxelles a fait circuler une note détaillée sur le fonctionnement d'un tel mécanisme.
Rebaptisé « mécanisme d'inclusion carbone », ce système obligerait les importateurs de biens manufacturés en dehors de l'Europe à acheter des permis de polluer dans le cadre du système d'échange de quotas d'émission (ETS).
Les économies émergentes se verraient offrir un partenariat couvrant des secteurs industriels tels que la sidérurgie, l'aluminium et le ciment qui souffrent le plus de la concurrence étrangère en lien avec les règles environnementales de l'UE. Ceux qui signeraient l'accord auraient accès à des technologies faibles en carbone et seraient exempts de l'ETS. Ceux qui refuseraient devraient payer l'équivalent des permis de polluer de l'UE.
Pour prouver que cette proposition n'était pas protectionniste, Paris a même affirmé que cet argent servirait à financer des technologies faibles en carbone dans les pays en développement.
Changement de mentalité ?
Reste à voir si M. Montebourg aura plus de succès que Nicolas Sarkozy pour faire approuver ses idées à l'échelle de l'UE.
Lors de son entretien télévisé, le nouveau ministre s'est dit confiant et que les mentalités changeaient en Europe en raison de la crise financière et de la dette souveraine.
La Commission européenne a en effet semblé plier face à la pression des Français en proposant cette année de réclamer la « réciprocité » dans les accords commerciaux avec des pays étrangers comme la Chine.
L'Union européenne devra réviser sa doctrine libérale qui veut qu'il est interdit de favoriser l'industrie locale, a déclaré M. Montebourg.