L’investissement et l’aide étrangère vers l’Afrique sapés par la fuite illicite de capitaux

Un rapport de la Banque Africaine de développement et du Global Financial Integrity a calculé la différence entre les entrées et les sorties de capitaux licites comme illicites, issus du continent africain. L'Afrique serait "en situation de créancier".

EURACTIV.fr

Un rapport de la Banque Africaine de développement et du Global Financial Integrity a calculé la différence entre les entrées et les sorties de capitaux licites comme illicites, issus du continent africain. L’Afrique serait « en situation de créancier ».

Une étude qui tombe à point nommé, alors que les Etats occidentaux s’activent contre l’évasion fiscale.

La Banque africaine de développement (BAD) et l’ONG Global Financial Integrity (GFI) ont publié, mercredi 29 mai, une rapport sur les transferts de ressources vers et hors d’Afrique, entre 1980 et 2009.

Sur ces trente dernières années, les flux financiers illicites, issus d’activités délictueuses ou non-déclarés, ont atteint au moins 1 200 milliards de dollars. Un chiffre toutefois sous-estimé, précisent la BAD et cette organisation de lutte contre la délinquance financière dans les pays en développement.

Les capitaux fuitent principalement de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Notamment du Nigéria, de l’Egypte et de l’Afrique du Sud.

Afrique « créditeur du monde »

Cette masse d’argent illicite transforme l’Afrique en « créditeur » : « Le continent a été un net pourvoyeur de ressources au monde avec une valeur estimée (…) entre 597 et 1400 milliards de dollars », selon les auteurs du rapport.

Et même en excluant les fuites illicites de capitaux des comptes, l’Afrique aurait davantage tendance à donner plus qu’à recevoir.

Car les transferts enregistrés nets, présumés licites, en faveur de l’Afrique ont chuté depuis les années 1980 et 1990, d’une moyenne annuelle de 27 milliards de dollars à 8,7 milliards de dollars pendant la décennie 2000.

Un résultat qui reste positif, mais qui doit être nuancé : il résulte principalement par les transferts financiers de la diaspora, les annulations de dette et les déductions fiscales, relativisent les auteurs du rapport.

Recommandations

Face à cette situation, le rapport présente une série de recommandations.

La Banque des règlements internationaux (BRI) pourrait récolter « les données détaillées sur les dépôts par secteur, leur maturité, ainsi que le pays d’origine des déposants », issus des établissements financiers offshore.

Afin d’éviter la captation des profits en provenance de l’exploitation des ressources naturelles, des structures « de bonne gouvernance » seraient nécessaires. 

Au contraire, dans les pays pauvres en ressources, la priorité est de lutter contre les pratiques de fausse facturation qui alimentent le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale. Une autorité nationale de régulation et de gestion des approvisionnements publics devrait contrôler les contrats de marchés publics, selon les auteurs. 

Les récentes conclusions du Conseil européen sur la lutte contre la fraude fiscale devraient être étendues aux pays en développement, relève Global Financial Integrity dans un communiqué.