L’Islande fait un pas de plus vers l’Europe
Quatre chapitres de négociations ont été ouverts, mais pas ceux de la pêche et de l’agriculture, les plus sensibles.
Quatre chapitres de négociations ont été ouverts, mais pas ceux de la pêche et de l’agriculture, les plus sensibles.
Après la Croatie, l’Islande fait elle aussi un pas de plus vers son entrée dans l’Union européenne.
Lors d’une rencontre entre la délégation islandaise et les représentants des États, le 27 juin à Bruxelles, l’île s’est vue récompenser d’un bilan positif pour sa mise en oeuvre des premières exigences communautaires.
Dans la foulée, les États ont annoncé l’ouverture de quatre chapitres de négociation, portant sur les marchés publics, les médias et l’information, la science et la recherche, l’éducation et la culture.
Ils ciblent des domaines dans lesquels la législation nationale se doit d’être en conformité avec celle de l’Union européenne.
A la suite de cette rencontre, le commissaire européen à l’Elargissement Stefan Füle a déclaré que « cette première réalisation donnera l’impulsion nécessaire pour relever les défis que pose le processus d’adhésion ».
Pourtant, trois sujets pourraient contrarier le bon déroulement des négociations.
Tensions
Tout d’abord la pêche. Bastion de l’économie islandaise, elle représentait près de 10% de son PIB en 2010, contre 5% pour l’UE.
Le pays est membre depuis 1994 de l’espace économique européen et applique donc la législation commerciale en vigueur. Mais la politique de la pêche islandaise reste un compétence nationale.
Si le pays entrait dans l’UE, l’application de la politique commune de la pêche pourrait diminuer la rentabilité de ce secteur. Sa dénationalisation sera le principal point de friction dans la suite des négociations.
L’agriculture peut elle aussi faire débat. Le pays ne dispose pas d’un secteur suffisamment compétitif pour s’exposer à la concurrence européenne.
Dernière ombre au tableau, l’impopularité de l’Union européenne chez les Islandais. Stefan Füle s’était déjà dit « préoccupé par le manque de soutien public à l’heure actuelle en Islande pour l’appartenance à l’UE », lors du lancement, il y a un an, du processus de négociations.
L’Union européenne doit cette impopularité au soutien apporté, en mars 2010, au vote de la loi Icesave, du nom de l’ancienne banque en ligne du pays qui a fait faillite lors de la crise financière de 2008.
Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, principaux lieux de résidence des clients malheureux, les avaient dans un premier temps indemnisé. Avant de se retourner contre Reykjavik qui avait garanti les avoirs de la banque.
A la suite d’un référendum, le pays avait massivement rejeté (93,3%) ce remboursement de 3,9 milliards d’euros. La popularité de l’UE était alors passée de 90% d’Islandais favorables à l’adhésion (en 2008, au plus fort de la crise), à 45%.
Efforts
Pourtant, si le coeur de la population n’y est pas, le gouvernement de coalition conduit par Jóhanna Sigurðardótti semble très impliqué.
La Commission européenne a souligné, en janvier 2011, les efforts accomplis par le pays, en particulier dans le domaine juridique. « Les règles relatives à la nomination des juges ont été modifiées dans le but de renforcer encore l’indépendance du pouvoir judiciaire », peut-on lire dans sa communication sur les défis de l’élargissement 2010-2011.
L’île de 320 000 habitants a reçu le feu vert de l’UE pour sa candidature officielle en 2009. Elle a rejoint la Turquie, la Macédoine, la Croatie et le Monténégro sur les bancs des prétendants au titre d’État européen. Le pays a validé plus facilement que les autres candidats certaines exigences européennes concernant l’État de droit et la libre concurrence économique, ce qui place la suite des négociations sous de bonnes augures.
Mais la situation économique délicate de l’Islande risque de poser problème. Echaudés par les crises des trois pays de la zone euro (Grèce, Portugal et Irlande), les États pourraient se montrer plus réticents. D’autant que le ministre islandais en charge des affaires étrangères Oessur Skarphedinsson a souligné que « les Islandais souhaitaient adopter la monnaie unique, facteur de stabilité, après les évènements de 2008 ».
Les négociations ne sont pas encore prêtes d’aboutir. L’Islande doit encore intégrer une quantité importante de législation communautaire dans son droit national. Aucune date de clôture des négociations n’a été avancée.