L’UE en faveur du « vieux texte des années 1990 » dans le prochain programme d’aide de l’ONU
Un concepteur des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies a prévenu mardi (9 avril) que l’Union européenne courait le risque de vouloir trop en faire alors qu’elle tente de définir le prochain programme international de lutte contre la pauvreté.
Un concepteur des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) des Nations unies a prévenu mardi (9 avril) que l’Union européenne courait le risque de vouloir trop en faire alors qu’elle tente de définir le prochain programme international de lutte contre la pauvreté.
Selon Jan Vandemoortele, ancien fonctionnaire de l'ONU qui a participé à la rédaction des OMD en 2011, les propositions de la Commission européenne et d'un panel indépendant d'experts risquent d'aller trop loin et de dicter [aux autres] ce qu'il faut faire avec l'argent de l'aide. Les pays avancés pourraient donc entrer en collision avec les puissances économiques émergentes.
« Tout le débat tourne autour d'un effort visant à conserver le vieux texte des années 1990 […] », a-t-il déclaré à EURACTIV mardi (9 avril). Il faisait allusion au cadre réglementaire qui arrive à terme, largement influencé par les Européens et les Américains qui ont dominé la scène mondiale après la guerre froide.
Les OMD appellent, entre autres, à la réduction de la pauvreté et de la faim ainsi qu'à l'éducation universelle. Ils arrivent à échéance en 2015. Des discussions sont actuellement en cours en vue de remplacer ces OMD.
Influence grandissante des BRICS
Depuis la création des OMD, la stagnation dans les pays avancés et l'émergence du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud (les BRICS) en tant que puissances économiques ont modifié les dynamiques mondiales. Les BRICS ont gagné en assurance lors de conférences mondiales et ont récemment annoncé qu’ils envisageaient de créer leur propre banque de développement.
Les BRICS et bon nombre du Groupe des 77 pays en développement (G77) ont contré les efforts de l'UE lors de la conférence sur le climat à Copenhague en 2009 et lors du sommet de Rio sur le développement durable en 2012. Ils ont refusé des objectifs contraignants en matière de climat et d'environnement.
M. Vandemoortele a déclaré que cette situation pourrait se répéter lors des discussions sur l'après-OMD. Il a ajouté que les BRICS et le G77 « adopteront probablement un point de vue différent sur le programme pour l'après-2015 ».
Il était membre de l'équipe de haut-niveau à l'origine des huit OMD, définis à la suite de l'adoption de la déclaration du Millénaire pour le développement en 2000.
Les commentaires de l'économiste belge surviennent après la publication du rapport européen sur le développement (RED). Ce document expose les 10 « messages principaux » que l'UE devrait présenter dans les discussions sur l'après-2015.
Ce rapport recommande le maintien du programme de lutte contre la pauvreté fixé par les OMD ainsi que le renforcement de l'aide des donateurs. Il encourage également des échanges et des investissements supplémentaires du secteur privé afin de compléter l'aide traditionnelle. Ce document appelle en outre à l'amélioration de la coordination entre donateurs afin que le financement du développement ait plus de poids.
Rédigé par un panel indépendant pour la Commission européenne, ce rapport de 278 pages a été publié cinq semaines après la communication de l'exécutif européen « Une vie décente pour tous ». Ce document expose des objectifs similaires aux positions de négociations sur le programme pour l'après-2015.
« Je me réjouis de constater que le nouveau RED, qui apporte à point nommé une contribution très pertinente, rejoint et complète à de nombreux égards le travail de la Commission », a déclaré Andris Piebalgs, le commissaire européen en charge du développement, lors de la publication du rapport mardi.
« Le rapport de cette année, avec son analyse approfondie et ses messages ambitieux, contribuera à stimuler le débat sur le programme de développement pour l’après-2015, tant au niveau de l’UE qu’à l’échelle mondiale. »
M. Piebalgs et l'un des auteurs du rapport sur le développement ont reconnu les défis posés par la rédaction d'un prochain cadre réglementaire alors que des donateurs traditionnels sont confrontés à des difficultés financières et que des nouvelles puissances font leur apparition.
« Les prochains cycles de négociations seront assez difficiles », a déclaré James Mackie, conseiller principal sur la politique de développement de l'UE au Centre européen de gestion des politiques de développement, un groupe de réflexion basé à Bruxelles.
L'UE souhaite combiner les objectifs de lutte contre la pauvreté et ceux de viabilité écologique. Il s'agira de l'un de ses combats attendus lors des négociations. « Le changement climatique n'est pas sans rapport avec la pauvreté », a déclaré M. Mackie lors d'une conférence relative à la présentation du rapport sur le développement.
Retour aux années 1990
M. Vandemoortele a cependant déclaré que l'UE risquait l'échec si elle utilisait les mêmes méthodes que dans les années 1990 dans la conception du prochain cadre réglementaire des OMD.
Il a ajouté que quelques objectifs universels étaient nécessaires dans des domaines tels que la nutrition, l'emploi des jeunes, les droits entres les hommes et les femmes et le développement durable. Ces objectifs doivent s'appliquer à tous les pays, et non à quelques nations pauvres ou émergentes. Les objectifs de nutrition pourraient s'attaquer à l'obésité dans les pays riches et émergents ainsi qu'à la faim dans les nations les plus pauvres, a poursuivi l'économiste.
L’établissement d'objectifs trop spécifiques « se heurtera toujours aux priorités nationales », a-t-il déclaré à EURACTIV.
Il a reconnu que sa tâche était plus facile il y a 12 ans. En tant que directeur du groupe sur la pauvreté pour le Programme des Nation Unies pour le développement à New York, M. Vandemoortele a participé à la rédaction des OMD. Il a passé au crible la déclaration du Millénaire sur le développement afin de définir huit objectifs réalisables et dix-huit autres, faciles à retenir et à mettre en œuvre.
La tâche sera plus ardue cette fois, car des entreprises, des gouvernements et des groupes de défenses entrent en concurrence afin d'influencer le programme pour l'après-2015.
« Je ne sais pas comment procéder cette fois », a déclaré M. Vandemoortele. Il a ajouté que plus il s'informait, plus il pensait que ce processus pourrait n’aboutir à rien et que ce serait peut-être le destin.