L’UE est priée de maintenir son aide à la santé en Afrique

Les gouvernements africains dépensent plus de fonds propres pour lutter contre des maladies, telles que le sida et le paludisme. Un haut responsable d’une organisation mondiale indique que la prévention de maladies infectieuses pourrait ralentir si l’UE et d’autres donateurs diminuent leur aide.

EURACTIV.com
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Les gouvernements africains dépensent plus de fonds propres pour lutter contre des maladies, telles que le sida et le paludisme. Un haut responsable d’une organisation mondiale indique que la prévention de maladies infectieuses pourrait ralentir si l’UE et d’autres donateurs diminuent leur aide.

L'Afrique a progressé dans la lutte contre la tuberculose (TB) et le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Avec le paludisme, ces maladies sont les plus mortelles dans la région subsaharienne, selon un nouveau rapport du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) et de l'Union africaine (UA).

 

Même si les taux de VIH et de TB ont chuté, le rapport révèle que les décès dus au paludisme continuent d'augmenter dans certains pays. Cette maladie véhiculée par des insectes fait de nombreuses victimes parmi les femmes et les enfants.

 

Ce document est publié douze ans après que les dirigeants africains se sont engagés à Abuja (Nigeria) à allouer au moins 15 % de leur budget national à la santé et à améliorer la prévention du VIH, de la TB et du paludisme. Un mois après la Déclaration d'Abuja, l'UE a lancé un programme d'action pour lutter contre les maladies infectieuses afin de soutenir les actions de l'Afrique.

 

Depuis lors, les budgets nationaux consacrés à la santé dans les 54 États membres de l'UA ont quadruplé. Ils sont passés de 14 milliards de dollars (10 milliards d'euros) à 52 milliards de dollars, soit 40 milliards d'euros au taux de change actuel. Les financements privés ont cependant dépassé les dépenses publiques. Ils ont grimpé de 17 milliards de dollars en 2001 à 55 milliards de dollars en 2011 (de 13 à 42 milliards d'euros). Seuls six États membres de l'UA ont atteint l'objectif d'Abuja, selon des données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) reprises dans le rapport.

 

Les taux de la TB et du VIH sont en baisse depuis une dizaine d'années. Mais le succès de la lutte contre le paludisme est plus mitigé. Cette maladie tue un nombre démesuré de femmes enceintes et d'enfants de moins de cinq ans, selon le document publié le 15 juillet.

 

Le revers de la médaille

 

Les gouvernements africains et les donateurs internationaux ont accordé plus d'attention aux crises sanitaires, mais une réduction des dépenses pourrait interrompre, voire freiner, ces améliorations en matière de lutte contre les maladies infectieuses.

 

Mark Dybul, directeur depuis novembre 2012 du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, basé à Genève, a exhorté l'UE et d'autres donateurs à maintenir leurs engagements en faveur de la lutte contre les maladies infectieuses malgré leurs propres défis budgétaires.

 

« Aujourd'hui, nous pouvons dire ce que nous n'aurions pas pu il y a deux ans : nous disposons d'avancées dans la science et l'épidémiologie ainsi que d'une vaste expérience afin de comprendre la mise en œuvre de programmes. [Cette expérience a été] acquise grâce aux investissements importants de l'Union européenne et de ses États membres au cours des dix dernières années », a-t-il déclaré à la commission parlementaire du développement le 9 juillet. « Nous pouvons dire aujourd'hui que nous avons les connaissances et les capacités pour vaincre ces trois maladies et contrôler complètement ces menaces pour la santé publique. »

 

« Malheureusement, le revers de la médaille, c'est que si nous n'agissons pas maintenant, il serait raisonnable et compréhensible d'attendre plusieurs années avant de lutter contre ces maladies de façon prononcée étant donné la reprise économique. Mais les maladies infectieuses ne prennent pas en compte les crises financières et les cycles budgétaires », a-t-il précisé.

 

Selon un rapport publié en avril par le Fonds mondial, 87 milliards de dollars (67 milliards d'euros) sont nécessaires pour le financement de programmes dans 151 pays d'ici 2016. Quelque 58 milliards de dollars (44,4 milliards d'euros) sont destinés au VIH et au sida, 15 milliards de dollars (11,4 milliards d'euros) à la tuberculose et 14 milliards de dollars (10,6 milliards d'euros) au paludisme.

 

Des donateurs existants, des gouvernements bénéficiaires et des donateurs privés devraient fournir environ 72 milliards de dollars (54,7 milliards d'euros), selon ce rapport.

 

M. Dybul a demandé les 15 milliards de dollars supplémentaires (11,4 milliards d'euros) à l'UE et à d’autres contributeurs. Cette somme sera utilisée dans le financement de « reconstitution » afin d’éviter des écarts dans le traitement et la prévention entre des cycles budgétaires différents dans les pays donateurs.

 

Le Fonds mondial estime que 87 milliards de dollars (66 milliards d'euros) permettraient de traiter 17 millions de patients atteints de la TB, de fournir des traitements antirétroviraux à 18 millions de personnes atteintes du VIH d'éviter 196 000 décès dus au paludisme.

 

Il a déjà estimé que les financements des plus grands contributeurs, dont la Commission européenne, les États membres de l'UE, les États-Unis et le Japon, diminueront légèrement entre 2012 et 2013.

 

La région subsaharienne

 

La TB, le paludisme et le VIH touchent de manière disproportionnée l'Afrique et notamment sa région subsaharienne. Quelque 69 % des 34 millions de cas de VIH dans le monde sont dépistés en Afrique et 90 % des personnes infectées sont des femmes enceintes et des enfants.

 

Un quart des cas de TB sont enregistrés en Afrique. Ce chiffre pourrait même être beaucoup plus élevé. L'ONUSIDA et l'UA estiment dans leur rapport qu'un cas sur quatre dans la région n'est pas déclaré.

 

Le rapport mentionne toutefois des progrès constants dans la lutte contre ces infections. Le nombre de décès dus au sida a chuté de 32 % entre 2005 et 2011. Les nouvelles infections parmi les enfants ont chuté d'au moins 50 % dans certains des pays les plus avancés du continent, dont l'Afrique du Sud, le Botswana et le Ghana. Les traitements antirétroviraux sont devenus de plus en plus accessibles sur le continent.

 

L'incidence de la TB a diminué de 10 % entre 2009 et 2011, car les tests de diagnostic et les traitements étaient plus disponibles qu’auparavant, selon ce rapport.

 

Le paludisme reste la maladie mortelle principale avec 600 000 décès en 2010 et 174 millions de cas en Afrique, soit 17 % de la population.

 

Les recommandations

 

L'ONUSIDA et l'UA recommandent plusieurs mesures pour répondre aux besoins sanitaires des Africains :

 

  • améliorer la qualité de l'éducation sanitaire et former davantage de professionnels ;
  • encourager la coopération entre les pays africains et en leur sein ;
  • renforcer la protection sociale pour les populations les plus vulnérables ;
  • créer une organisation de l'UA compétente dans les affaires sanitaires afin de parler d'une seule voie dans les négociations avec les donateurs et les organisations internationales.