L’UE et l’OTAN gardent les pays de l’Est à distance [FR]
Hier 3 décembre, les responsables de l’OTAN ont réaffirmé que l’Ukraine et la Géorgie finiraient par rejoindre l’alliance militaire, mais ils se sont toutefois retenus de leur offrir une feuille de route concrète en vue de l’adhésion. De son côté, la Commission européenne a proposé un nouveau « partenariat » avec ses voisins de l’Est, sans pour autant formuler d’engagement d’adhésion pour l’instant.
Hier 3 décembre, les responsables de l’OTAN ont réaffirmé que l’Ukraine et la Géorgie finiraient par rejoindre l’alliance militaire, mais ils se sont toutefois retenus de leur offrir une feuille de route concrète en vue de l’adhésion. De son côté, la Commission européenne a proposé un nouveau « partenariat » avec ses voisins de l’Est, sans pour autant formuler d’engagement d’adhésion pour l’instant.
La proposition de partenariat oriental formulée par la Commission européenne a en fait été largement éclipsée par la réunion ministérielle parallèle qui s’est tenue à l’OTAN. Celle-ci a été suivie de bien plus près par les médias géorgiens, ukrainiens et occidentaux.
Selon des sources diplomatiques, les Etats-Unis avaient mené une offensive diplomatique parmi les capitales des pays membres européens de l’OTAN, exhortant leurs alliés à offrir à la Géorgie et à l’Ukraine une adhésion facilitée à l’Alliance.
La Russie crie victoire
Même si cette tentative n’a pas été un succès total, les ministres de l’OTAN ont décidé de relancer les commissions OTAN-Ukraine et OTAN-Géorgie existantes. Dans ces deux pays, la démarche a été saluée comme un plan d’action de facto pour rejoindre l’Alliance.
De son côté, la Russie pourrait elle aussi crier victoire. Dmitri Rogozine, l’ambassadeur russe auprès de l’OTAN, a indiqué hier qu’il y a une fracture ouverte au sein de l’OTAN, et que celle-ci s’aggravera si l’OTAN essaie de poursuivre son élargissement.
Mardi soir, les ministres de l’OTAN ont décidé de reprendre le dialogue dans le cadre des formules UE-Russie établies. Les pourparlers avaient en effet été interrompus suite à la crise géorgienne. Quelques heures plus tôt, l’UE a décidé de reprendre les négociations avec Moscou sur un nouveau traité fondamental en dépit de la confirmation de l’opposition lituanienne à ce propos (EURACTIV 11/11/08).
Ce qui se cache derrière un nom
Le Premier ministre géorgien Grigol Mgaloblishvili a déclaré lundi à Bruxelles que certains parents dans son pays avaient même appelé leur enfant « MAP », d’après le Plan d’action pour l’adhésion (MAP en anglais) à l’OTAN si prisé. L’Ukraine et la Géorgie s’étaient vu refuser le statut de MAP lors du dernier sommet de l’OTAN à Bucarest (EURACTIV 02/04/08) suite à l’opposition des poids lourds européens comme l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique.
Un diplomate européen de haut rang présent lors de l’événement s’est étonné du fait qu’aucun couple géorgien ne semblait envisager d’appeler son enfant « PEV » (Politique européenne de voisinage). Mais ce sont précisément les défauts de la PEV qui ont poussé l’UE à soutenir le partenariat oriental présenté hier par la Commission sur ordre du sommet européen de juin.
Le document de 15 pages, accompagnés de 12 pages supplémentaires d’initiatives et de sujets de travail potentiels, offre des liens plus étroits avec l’UE à l’Ukraine, à la Géorgie, à la Moldavie, à la Biélorussie, à l’Arménie et à l’Azerbaïdjan.
Selon ce document, il est temps d’effectuer un revirement dans les relations avec ces partenaires sans porter préjudice aux aspirations de chaque pays en vue d’une relation future avec l’UE.
Fait révélateur, l’initiative se dénomme « partenariat oriental », et non « partenariat de l’Europe de l’Est », comme l’auraient souhaité les pays de la région (EURACTIV 07/11/08). En effet, la Commission s’efforce de se distancer des accords d’association européens avec les pays d’Europe centrale et orientale, qui renfermaient des perspectives d’adhésion à l’UE.
Les avantages du partenariat oriental
Bien qu’il ait pu contrecarrer ses objectifs par rapport au message principal, le partenariat oriental englobe plusieurs dimensions nouvelles en comparaison de la PEV.
Dr Sabine Fisher de l’Institut d’études de sécurité (Paris) a confié à EURACTIV que le partenariat oriental dépasse la PEV sur plusieurs aspects :
- il se présente explicitement comme un message politique de solidarité européenne, contrairement aux documents antérieurs de la PEV, qui étaient plutôt techniques ;
- il suggère que les accords de partenariat et de coopération soit remplacés par des accords d’association (suivant le modèle ukrainien) ;
- il suggère la mise en place d’un nouvel instrument, le programme global de renforcement des institutions, sur une voie bilatérale ;
- il fournit des procédures détaillées pour l’instauration de vastes zones de libre échange et pour l’assouplissement du régime des visas avec ses voisins de la PEV ; cette zone est liée à la dimension régionale par le biais de la Communauté économique de voisinage ;
- il fournit en outre des suggestions claires et détaillées sur les modalités d’approfondissement de la coopération énergétique avec les pays orientaux de la PEV ;
- le cadre régional/multilatéral est sensiblement plus politique que dans les documents existants de la PEV (il soulève l’idée de réunions régulières entre experts de haut rang et chefs d’Etat et de gouvernement afin d’aborder des thématiques spécifiques et éminemment politiques) ;
- enfin et surtout, il appelle à l’allocation de nouveaux fonds aux nouvelles initiatives. 350 millions d’euros d’aide supplémentaire serviront à renforcer les institutions gouvernementales, le contrôle aux frontières et l’aide aux petites entreprises, en plus des fonds consentis auparavant.
La Biélorussie, qui est dirigée par Alexander Loukachenko, considéré par de nombreux observateurs comme « le dernier dictateur d’Europe », doit entamer des réformes démocratiques avant d’être autorisée à prendre part au plan d’aide de l’UE. En octobre, suite à la libération de prisonniers politiques, l’Union a provisoirement levé l’interdiction de quitter le territoire infligée à M. Loukachenko.
Cette décision sera révisée en mars prochain et, si elle est confirmée, le président biélorusse figurera au nombre des dirigeants des six pays participant au sommet de Prague entre l’UE et ses partenaires de l’Est. Ce sommet doit se tenir au cours du premier semestre 2009, sous la présidence tchèque de l’UE.