L'UE honore sa promesse climatique en amont de Durban

Les ministres européens des finances ont promis de financer 7,2 milliards d'euros de fonds à court terme pour aider les pays pauvres à gérer les effets du changement climatique, peut-on lire dans un document publié par l'Ecofin.

EURACTIV.com
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Les ministres européens des finances ont promis de financer 7,2 milliards d'euros de fonds à court terme pour aider les pays pauvres à gérer les effets du changement climatique, peut-on lire dans un document publié par l'Ecofin.

« Malgré la récession économique grave et les fortes contraintes budgétaires de l'Europe, nous avons également mobilisé 2,34 milliards d'euros en 2011», a déclaré Connie Hedegaard, la commissaire européenne à l'action pour le climat.

« Ces chiffres prouvent l'engagement clair de l'Europe pour soutenir des initiatives de réduction d'émissions et d'adaptation au changement climatique dans les pays en développement. Après la première année de financement, il est très encourageant de constater des résultats concrets dans de nombreux pays en développement. »

Cette année, les 2,34 milliards d'euros de financement à mise en œuvre rapide viendront s'ajouter aux 2,34 milliards d'euros levés en 2010 et permettront à l'UE d'atteindre son objectif de participation de 7,2 milliards d'euros à un fonds de 30 milliards de dollars (21,7 milliards d'euros). Cet engagement avait été pris lors du sommet sur le changement climatique à Copenhague.

Les ONG affirment cependant qu'une grande partie du budget promis dans le document de conclusions de l'Ecofin provient en fait d'autres fonds d'aide antérieurs.

« La plus grande part de cet argent n'est pas nouvelle », a déclaré à EURACTIV Lies Craeynest, conseillère pour le changement climatique chez Oxfam.

« Selon nos recherches, sur la somme totale de 7,2 milliards d'euros, seuls 870 millions à 1,4 milliard d'euros seraient de nouveaux fonds. Cela signifie qu'une part importante de cet engagement financier proviendra en fait de budgets d'aide existants », a ajoutée Mme Craeynest.

Le Fonds vert pour le climat

Cet argent devrait être alloué à un Fonds vert pour le climat de 100 milliards de dollars (72,5 milliards d'euros) par an, « une somme d'argent astronomique », d'après l'un des négociateurs présents à Copenhague.

« Pour gérer un tel montant, il faut mettre en place des infrastructures et des processus, mais avant tout, il faut que le public sache d'où provient cet argent », a-t-il déclaré à EURACTIV.

Les pays en développement avancent que le Fonds vert pour le climat devrait surtout être financé par le secteur public.

« Le secteur privé ne sera pas en mesure de fournir ce dont les pays les plus pauvres et les plus vulnérables ont besoin, en particulier en matière d'adaptation, un domaine sans but lucratif », a poursuivi Mme Craeynest.  

« Se fier au secteur privé pour financer l'adaptation est une stratégie très dangereuse, et les pays les plus pauvres en souffriront », a-t-elle ajouté.

Tout comme certains pays européens, tels que la France et l'Allemagne, Oxfam propose plutôt d'instaurer un système de taxe carbone prélevée sur les transports maritimes, ou une taxe sur les transactions financières, de façon à lever des fonds pour le climat tout en réduisant les émissions de C02.

« Une taxe sur les transactions financières et une taxe carbone sur les transports maritimes seraient très bénéfiques », a déclaré à EURACTIV Stephan Singer, le dirigeant de l'équipe en charge des changements climatiques et de l'énergie du World Wildlife Fund. 

« Ces taxes pourraient fournir des sommes d'argent conséquentes avec très peu de frais, et seraient plus faciles à réguler financièrement pour l'adaptation et la minimisation des effets du changement climatique. »

Justice climatique

L'argument sous-jacent de la « justice climatique » avancé par les pays en développement est qu'il serait injuste de leur demander d'entrer en concurrence avec le monde industriel qui a brûlé des carburants fossiles pendant un siècle, et d'opérer une réduction d'émission de CO2 du même ordre.  

Une analyse technique concernant les pays du groupe BASIC (le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Inde et la Chine) propose d'autoriser les pays en développement à continuer d'émettre du carbone et que les pays en développement deviennent des « absorbeurs nets » de ces émissions.  

En outre, les recherches détaillées présentées dans un récent rapport de l'Initiative pour des politiques climatiques révèlent qu'au moins 97 milliards de dollars (70,6 milliards d'euros) seraient déjà alloués au « soutien du développement à faible émission de carbone et du développement résilient au changement climatique ».

Ces fonds sont pour la plupart antérieurs aux engagements pris lors du sommet de Copenhague, même si une partie de cet argent a été versée par les pays en développement, peut-on lire dans ce rapport.

En l'état, la question de savoir si les fonds promis existants sont « nouveaux » ou « additionnels », comme l'indique le rapport de l'Initiative, pourrait être primordiale lors des négociations à Durban et au sein de l'UE.  

« L'un des plus grands défis au niveau européen est qu'il n'existe aucune référence commune pour les Etats, qui fournissent tous des financements différents dans le domaine de la lutte contre le changement climatique », a commenté Mme Craeysnest.

« La Commission étudie elle aussi les différentes définitions de l'« additionnalité » données par les Etats membres, et il est clair qu'il existe bel et bien 27 définitions distinctes », a-t-elle ajouté.