L'UE lutte pour trouver un équilibre entre austérité et croissance
Les dirigeants européens se sont fait des cheveux blancs hier (1er mars) en tentant de trouver un équilibre entre austérité budgétaire et croissance. Il s'agit du premier sommet en deux ans lors duquel la crise de la dette dans la zone euro n'a pas éclipsé tout le reste.
Les dirigeants européens se sont fait des cheveux blancs hier (1er mars) en tentant de trouver un équilibre entre austérité budgétaire et croissance. Il s'agit du premier sommet en deux ans lors duquel la crise de la dette dans la zone euro n'a pas éclipsé tout le reste.
Après que les ministres des finances ont donné leur accord provisoire à un second renflouement pour la Grèce et qu'une vague de liquidité bon marché de la Banque centrale européenne a calmé les marchés obligataires, les 27 dirigeants ont décidé de se concentrer sur des réformes économiques structurelles et sur d'autres moyens de combattre un taux de chômage record.
« La crise n'est pas terminée, mais cette réunion n'est pas une réunion de crise », a déclaré le premier ministre finlandais, Jyrki Katainen.
Les dirigeants de 25 Etats membres signeront le traité sur un pacte budgétaire initié par les Allemands ce vendredi pour mettre en application des règles plus strictes en matière de réduction du déficit et de la dette.
Mais sans un retour à la croissance, plusieurs pays européens risquent d'entrer dans la même spirale de dépression que la Grèce.
« L'Europe n'est pas seulement confrontée à une crise de la dette. Elle est face à une crise de la croissance », a affirmé devant la presse le premier ministre britannique, David Cameron, appelant à une dérégulation du marché pour stimuler le dynamisme économique.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a expliqué que l'injection massive de liquidités dans le système bancaire avait permis aux décideurs politiques européens de gagner un temps précieux et de pouvoir travailler en faveur de la compétitivité, de la croissance et de l'emploi.
« Nous devons absolument tirer parti de ce temps ou nous en arriverons à une situation où personne ne nous fait plus confiance », a-t-elle affirmé.
Le chômage dans la zone euro a atteint le taux record de 10,7 % en janvier, ont révélé des données publiées jeudi. Le secteur manufacturier s'est en outre contracté pour le septième mois consécutif en février.
Alors que le nombre de chômeurs complets continue de décliner en Allemagne, le taux de chômage a grimpé à 23,3 % en Espagne avec un jeune sur deux sans emploi. L'Italie s'en sort quant à elle un peu mieux.
« Malgré l'euphorie dans le secteur bancaire suite à l'application du programme de prêt de la BCE, l'économie réelle reste très déprimée et le facteur clé est le taux de chômage, en raison des problèmes sociaux qui en découlent et des dégâts sur la croissance », a déclaré Steen Jakobsen, économiste chez Saxobank.
Le test espagnol
L'Espagne fait figure de test pour savoir si l'Europe pourra lever le pied sur ses mesures en faveur d'un budget équilibré pour permettre de relancer la croissance qui sera cruciale pour payer la dette publique.
Madrid a annoncé cette semaine que son déficit pour 2011 avait atteint 8,5 % du produit intérieur brut, bien au-dessus de l'objectif de 6 % défini par Bruxelles. Cela implique qu'elle devra réduire son déficit de l'équivalent de quatre points de pourcentage du PIB pour atteindre l'objectif de cette année de 4,4 %, alors que l'économie devrait se contracter de 1 %.
Le nouveau gouvernement du premier ministre, Mariano Rajoy, plaide en coulisse en faveur d'objectifs plus réalistes, ce qui place la Commission européenne face à un dilemme. L'exécutif européen tente en effet de rétablir la crédibilité des règles enfreintes par le passé non seulement par la Grèce, mais aussi par l'Allemagne et la France, les deux plus grandes économies de l'Union.
« L'Espagne respectera tous ses engagements en termes d'ajustement budgétaire si l'on prend en compte le fait que la situation a changé », a déclaré le ministre de l'économie, Luis de Guindos.
« Le gouvernement précédent avait accepté de réduire le déficit à 4,4 % en se basant sur une croissance de 2,3 %, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui », a-t-il expliqué à la presse.
M. Katainen, le premier ministre finlandais, à l'affût du moindre écart en termes de déficit, a expliqué qu'il ne serait pas judicieux de laisser plus de marge de manœuvre aux pays s'agissant d'atteindre leurs objectifs.
M. de Guindos a affirmé qu'il ne s'attendait pas à une décision de la part de l'UE avant le mois de mai, mais une source à Madrid a révélé que le gouvernement définirait une limite pour les dépenses de 2012 ce vendredi en se basant sur un objectif de déficit oscillant entre 5,3 et 5,5 %, tenant ainsi tête à la Commission.
Report de la décision sur le renforcement du pare-feu financier
Sur l'insistance de Mme Merkel, l'augmentation de la capacité du fonds de sauvetage de la zone euro n'a pas été mise au programme, mais ses partenaires voudront obtenir de la chancelière des garanties que Berlin changera d'avis sur la question plus tard ce mois-ci.
La population allemande apparaît de plus en plus hostile à l'idée de consentir à des renflouements supplémentaires et une révolte au sein de la coalition de centre-droit de Mme Merkel pourrait l'empêcher d'obtenir le soutien nécessaire au parlement pour l'augmentation de la capacité du fonds de sauvetage.
Des fonctionnaires allemands ont affirmé que comme les tensions s'apaisaient sur le marché obligataire, il n'était pas nécessaire de fusionner tout de suite le fonds de sauvetage existant avec le Mécanisme européen de stabilité permanent de 500 milliards d'euros pour mettre sur pied un pare-feu plus solide.
Les grandes économies du G20 ont fait savoir aux Européens le week-end dernier qu'elles n'alloueraient pas d'argent supplémentaire au Fonds monétaire international pour gérer les retombées de la crise dans la zone euro, à moins que l'Europe ne renforce son bouclier financier.
Le plafond de prêt des deux fonds de sauvetage de l'UE, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et son successeur dès juillet prochain, le Mécanisme européen de stabilité (MES), sera réévalué d'ici la fin du mois de mars, ont affirmé les dirigeants dans un communiqué.
L'injection de liquidités de la BCE permet de gagner du temps
Un jour après que la BCE a injecté 530 milliards d'euros de liquidités bon marché à trois ans dans le système bancaire européen, les rendements obligataires italiens à 10 ans ont chuté en dessous de la barre des 5 % pour la première fois depuis le mois d'août dernier. Les rendements espagnols ont également chuté et les futures sur le Bund allemand, des valeurs refuges, ont enregistré un repli, ce qui montre que les investisseurs ont à nouveau l'appétit du risque.
L'organisme qui détermine le moment où les détenteurs d'obligations peuvent encaisser les assurances crédits (CDS) a déclaré que les récentes préparations à une restructuration de la dette ne constituaient jusqu'à présent pas un évènement de crédit qui déclencherait le règlement des CDS.
Les économistes ont expliqué que l'injection massive de liquidités opérée par la BCE avait permis de faire gagner du temps à la zone euro, mais qu'elle ne résoudrait pas les problèmes de l'Union. Pour ce faire, les Etats membres périphériques devront revenir à la croissance et stimuler leur compétitivité et il faudra retrouver l'équilibre entre les Etats forts et ceux malheureusement plus faibles.
Obstacles pour le traité sur le pacte budgétaire
Dans le même temps, le traité sur le pacte budgétaire que Mme Merkel a exigé avant de consentir à soutenir financièrement les pays de la zone euro, est face à deux pierres d'achoppement.
L'Irlande a annoncé cette semaine qu'elle soumettrait ce traité à un référendum, alors que le pays souffre d'une contraction économique difficile et qu'il est sous le coup d'un programme de renflouement de l'UE et du FMI.
La France fait sans doute l'objet de doutes encore plus importants. En effet, le candidat socialiste aux présidentielles, François Hollande, a promis de renégocier le traité pour y ajouter des mesures en faveur de la croissance si, comme les sondages le laissent penser, il vainc le président conservateur Nicolas Sarkozy, lors du scrutin en mai prochain.
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a déclaré dans un document préparé en amont du sommet que les pays dans la ligne de mire des marchés devraient poursuivre leurs mesures de consolidation budgétaire, mais que les autres devraient utiliser la marge de manœuvre dont ils disposent sur le plan budgétaire pour stimuler la demande et lutter contre la stagnation économique.