L’UE prête à débourser jusqu’à 700 millions d’euros pour aider l’Egypte
L’Union européenne a offert à l’Egypte une aide économique pouvant grimper jusqu’à 700 millions d’euros aujourd’hui (13 septembre), une initiative qui démontre que les gouvernements européens tentent de nouer des liens avec les dirigeants islamistes arrivés au pouvoir à l'issue des premières élections libres du pays.
L’Union européenne a offert à l’Egypte une aide économique pouvant grimper jusqu’à 700 millions d’euros aujourd’hui (13 septembre), une initiative qui démontre que les gouvernements européens tentent de nouer des liens avec les dirigeants islamistes arrivés au pouvoir à l'issue des premières élections libres du pays.
Cette décision a été prise lors du premier voyage en Europe du président égyptien, Mohamed Morsi, depuis son arrivée au pouvoir en juin. L'objectif de M. Morsi était de rassurer l'UE quant à ses intentions démocratiques et d'obtenir une aide financière dans le but de relancer la croissance économique de son pays.
Il a été élu grâce au parti des Frères musulmans auquel il est affilié. Ce parti s'oppose à Israël et n'entretient des relations officielles avec Washington que depuis l'année dernière. M. Morsi s'est dit favorable aux manifestations pacifiques, mais il a condamné les attaques des ambassades comme celle survenue suite à la colère provoquée par la sortie d'un film jugé insultant contre le prophète Mahomet. Pour rappel, des Égyptiens ont escaladé l'ambassade américaine au Caire et déchiré le drapeau américain.
L'Europe souhaitait que l'Égypte reste un proche allié de l'Occident après la chute du régime autoritaire d'Hosni Mubarak l'année dernière, et elle espère aujourd'hui faire du Caire un exemple dans cette région du monde qui a subi des bouleversements depuis le début du printemps arabe en 2011.
« L'Égypte est un pays clé dans cette région si proche et si importante pour l'Europe », a déclaré Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen qui représente les gouvernements de l'UE. « Le succès de l'Égypte aurait des répercussions positives sur l'ensemble de la région. »
José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a déclaré que l'UE avait offert à l'Égypte une aide macroéconomie de 550 millions d'euros, à condition que le pays conclue un accord avec le Fonds monétaire international sur une aide financière. L'Union a également promis 150 à 200 millions d'euros pour le financement d'un plan de relance économique.
Ces engagements viennent s'ajouter aux 449 millions d'euros déjà accordés à l'Égypte par l'UE entre 2011 et 2013, dans le but de soutenir des programmes comme l'accès à la formation professionnelle pour les jeunes.
L'UE a des projets ambitieux pour la démocratie dans les pays d'Afrique du Nord, qu'elle appelle ses « voisins du Sud ». Un fonctionnaire de l'UE a d'ailleurs précisé que l'Union voulait établir un lien clair entre l'aide financière et les réformes démocratiques.
Les négociations à Bruxelles ont notamment posé la question de la création d'une constitution démocratique pour l'Égypte, une idée qui a soulevé des interrogations quant au rôle de l'Islam dans le droit.
« Le contexte politique de cette visite est très important », a déclaré un fonctionnaire de l'UE mercredi. « L'Égypte débat actuellement de sa future constitution, qui sera un élément clé pour le pays […] et, nous l'espérons, un exemple à suivre pour les autres pays arabes. »
Lutte d'influence
L'UE est le premier partenaire commercial de l'Égypte, avec des échanges quatre fois plus importants en 2010 que ceux effectués avec les États-Unis, le second partenaire commercial du Caire.
L'Union est pourtant aux prises avec une lutte d'influence. Pour son premier voyage hors de la région arabe et d'Afrique depuis son élection, M. Morsi a en effet choisi Beijing, le troisième partenaire commercial de son pays. Les Etats-Unis, quant à eux, financent depuis des dizaines d'années l'armée égyptienne, ce qui donne un pouvoir certain à Washington.
Jusqu'à présent, les Américains ont décidé de faire preuve de prudence face au gouvernement islamiste de M. Morsi. Quant à savoir si l'Égypte était toujours un allié des États-Unis, le président Barack Obama a déclaré à la télévision mercredi que le pays n'était ni allié ni ennemi. Lorsque le pays était sous le régime M. Moubarak, les États-Unis le qualifiaient souvent d'allié stratégique.
Les dirigeants de l'UE, en revanche, se sont montrés catégoriques.
M. Barroso a déclaré : « Nous sommes tout à fait satisfaits des déclarations du président Morsi quant à l'engagement inébranlable de l'Égypte en faveur de la démocratie et de l'État de droit. »
De son côté, M. Van Rompuy a déclaré à Mohamed Morsi que l'UE serait du côté du peuple égyptien « en tant qu'ami, voisin et partenaire ».
L'aide financière évoquée est cruciale pour le jeune gouvernement de M. Morsi. La révolution de l'année dernière a porté atteinte au tourisme et aux investissements étrangers. Le pays tente encore de reconstruire son unité et son économie dévastée.
L’Égypte a déjà réclamé un prêt de 4,8 milliards de dollars (3,7 milliards d'euros) auprès du FMI dans l'espoir de voir un accord se conclure avant la fin de l'année. Elle a également demandé 500 millions d'euros à la Commission européenne.
Mais il est probable que ces sommes ne suffisent pas. Un haut fonctionnaire de l'UE a déclaré mercredi que le pays aurait peut-être besoin de 10 milliards de dollars (7,7 milliards d'euros) pour renforcer le budget de l'État et regagner la confiance des investisseurs après 18 mois d'instabilité politique.