L’UE se méfie de la nouvelle politique climatique d’Obama

L’UE a réagi froidement à la spéculation sur l’éventualité d’une nouvelle direction de la politique climatique américaine au cours du second mandat du président Barack Obama.

EURACTIV.com
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L’UE a réagi froidement à la spéculation sur l’éventualité d’une nouvelle direction de la politique climatique américaine au cours du second mandat du président Barack Obama.

 

Selon des défenseurs de l'environnement, Barack Obama envisage un sommet sur le changement climatique à la Maison-Blanche. EURACTIV a cru comprendre que des fonctionnaires du département d'État américain s'attendaient à une déclaration importante et imminente sur le changement climatique.

 

Cette déclaration pourrait être prononcée par M. Obama, lors de son discours sur l'état de l'Union au début du mois de février, ou par le candidat au poste de secrétaire d'État, John Kerry, lors de son discours de confirmation un peu plus tôt.

 

Un haut responsable de l'UE a toutefois déclaré que Bruxelles « observerait attentivement [le contenu] de ces déclarations ».

 

« Il est évident que les événements de New York, et le fait que l'année dernière a été la plus chaude jamais enregistrée aux États-Unis, alimenteront les discussions sur le changement climatique et donneront un nouvel élan au débat. Nous verrons toutefois comment cela se traduit dans la politique. »

 

Des décideurs politiques européens se méfient des intentions de M. Obama après les progrès limités du sommet des Nations unies sur le climat à Doha en décembre 2012 et la réaction dédaigneuse du président à la suspension des projets d'inclusion des compagnies aériennes internationales dans le système d'échange de quotas d'émission (ETS) de l'UE.

 

« Rappelez-vous que l'ouragan Katrina a également mené à de grandes discussions [sur le changement climatique], donc seul le temps permettra de savoir », a déclaré une source de l'UE. « Une hirondelle ne fait pas le printemps. »

 

Le changement climatique était à peine présent dans la récente campagne électorale américaine. Le président a toutefois soulevé l'espoir d'un mouvement politique lors d'un discours de victoire le soir du scrutin. Il a manifesté son désir de protéger les générations futures du « pouvoir destructeur d'une planète qui se réchauffe ».

 

Barack Obama est confronté à une Chambre des représentants dominée par les républicains qui bloquent constamment les tentatives de renforcement de l'action pour le climat, ainsi qu'aux intérêts puissants des industries énergivores opposées à la législation sur l'environnement.

 

John Kerry, nommé au poste de secrétaire d’État aux affaires étrangères, est connu pour sa position favorable à une action pour le climat. Il a tenté en vain de faire adopter une loi établissant un marché du carbone « de plafonnement et d'échange » au Sénat, mais l'élan en faveur d'une action pour le climat est réel.

 

Coalition politique élargie

 

Le 5 janvier, Todd Stern, l'envoyé spécial des États-Unis sur le changement climatique, a déclaré que Barack Obama envisageait une coalition politique élargie capable de faire naître un sentiment en faveur de l'environnement, créé par le passage désastreux de l'ouragan Sandy à New York en octobre dernier.

 

« Vous ne pouvez pas faire grand-chose sans [le soutien de] l'opinion publique, mais si le public est de votre côté, vous pouvez presque tout faire. C'est également le cas pour le changement climatique », a-t-il indiqué.

 

Lors d'une conférence au printemps 2012, il aurait été prévu d'étudier des manières d'utiliser « des fonds publics limités » afin de lever des centaines de milliards de dollars du secteur privé pour l'aide climatique.

 

L'équipe de M. Obama estime qu'un changement de la politique climatique est impossible sans la pression d'une coalition politique mobilisée en dehors de Washington sur le Congrès américain, a cru comprendre EURACTIV.

 

Étant donné que le président ne doit pas se présenter à une réélection, c’est l’occasion pour M. Obama d’aboutir à un consensus.

 

Création d'une coalition

 

« Le gouvernement Obama doit créer une coalition politique aux États-Unis afin de déterminer ce qu'il est politiquement possible de faire sur le climat, parce qu'il ne se passera rien au Congrès sans soutien politique », a déclaré un diplomate basé à Bruxelles. Il a ajouté qu'un consensus parallèle adapté à une opinion en faveur de la croissance des pays en développement était également nécessaire.

 

La scène internationale considère toujours que les États-Unis sont en phase transitoire entre le rejet du protocole de Kyoto des années Bush et le consensus mondial qui va beaucoup plus loin. 

 

« J'aimerais laisser un peu plus de temps à M. Obama pour apporter plus de précisions sur sa politique climatique », a déclaré Bo Kjellén, l'ancien envoyé spécial de la Suède sur le changement climatique. « Vous ne pouvez pas commander le progrès ». « Vous ne pouvez pas commander le progrès ».

 

« Le problème de l'objectif de 2 °C est que nous ne savons pas de combien de temps nous disposons », a-t-il expliqué à EURACTIV.

 

Indicateurs à long terme

 

Des indicateurs à long terme laissent penser qu'un changement profond du mode de pensée transatlantique est en cours. Le département d'État et l'armée américaine considèrent désormais le changement climatique comme une question de sécurité nationale.

 

Des groupes de réflexion républicains ont également récemment commencé à préconiser une taxe sur le carbone, même si elle devrait être contrebalancée par d'autres réductions des impôts pour les revenus élevés.

 

Lors de négociations internationales, Washington continue pourtant de faire pression en faveur d'un protocole « flexible » pour remplacer celui de Kyoto, qualifié d'approche « impraticable » qui s'appuie sur des réductions contraignantes des émissions des pays les plus responsables historiquement selon les États-Unis.

 

Le gouvernement américain propose au contraire de permettre à tous les pays de s'engager volontairement en faveur d'un objectif convenu, tel que le maintien des concentrations de CO2 dans l'atmosphère en dessous de 450 parties par millions (ppm), le seuil qui entraînera une hausse de 2°degrés. Les parties par millions sont actuellement au nombre de 391 et augmentent d'environ 3 ppm par an.

 

Des diplomates américains espèrent qu'un « menu d'options » ressortira du Forum des économies majeures (FEM), qui rassemble les 20 plus grands pays émetteurs. Ces options pourraient ensuite être incluses dans le processus de la CCNUCC.

 

Une grande partie du gouvernement de Barack Obama pourrait penser que cette position est la plus acceptable à l'échelle nationale, même si elle tombe en dessous du minimum acceptable pour de nombreux pays en développement.

 

« M. Obama doit profiter de la sensibilisation au changement climatique la plus importante de ces dernières années. Il doit transformer les États-Unis en un facilitateur d'une action renforcée pour le climat au lieu d'entraîner le reste du monde dans une course aux ambitions les plus faibles », a déclaré Lies Craeynest, conseillère pour la politique climatique chez Oxfam, à EURACTIV.

 

Élections législatives de mi-mandat

 

Certains analystes espèrent que les élections de mi-mandat de la Chambre et du Sénat modifieront l'équilibre des pouvoirs à Washington, mais des sources de l'UE préviennent qu'il n'existe aucune garantie.

 

Selon elles, l'attention devrait plutôt rester concentrée sur la date butoir de 2015, convenue lors du sommet sur le climat à Doha en décembre dernier, pour un nouveau cadre législatif afin d'inaugurer un deuxième cycle des réductions d'émissions en 2020.

 

« Nous devons entamer les négociations sérieuses cette année, non seulement avec les États-Unis, mais également avec les économies émergentes et d'autres pays industrialisés, a déclaré un fonctionnaire de l'UE. « Nous ne pouvons pas attendre les élections de mi-mandat pour commencer à discuter de l'accord de 2015. »

 

Dans le même temps, des défenseurs de l'environnement sont sur les charbons ardents en amont de l'évaluation des incidences sur l'environnement du département d'État sur le blocage du gazoduc Keystone XL. Ce gazoduc permettrait d'acheminer du sable bitumineux du Canada vers les États-Unis.

 

Ce document devrait être publié d'ici quelques mois et la décision de M. Kerry sur l'approbation du projet constituera un autre signe de la nouvelle direction du ministère de l'environnement.

 

M. Kjellén a déclaré qu'il espérait avant tout entendre une déclaration sur l'importance d'une politique climatique mondiale active lors du discours de Barack Obama sur l'état de l'Union, qui créerait éventuellement des incitations supplémentaires pour les investissements en matière d'énergie renouvelable.

 

Se faisant écho de M. Stern, il a souligné l'importance grandissante des forces en dehors de Washington pour contribuer aux efforts dans la lutte contre le changement climatique.

 

« Il est indispensable que des ONG, des chercheurs et quiconque engagés dans la question climatique continuent à faire pression », a-t-il ajouté.